La foi authentique au dire de tous les mystiques dépasse le doute : il faut avoir douter pour atteindre le foi, c’est à dire l’adhésion fusionnelle et extatique avec l’absolu. Dans le foi le doute est aboli. Le doute renforce la foi dans la mesure même où il est dépassé dans et pas cette adhésion fusionnelle (on se renforce en s’opposant) à une vérité subjective devenu, par l’épreuve du doute, incontestable (sacré).
La raison s’oppose à la foi en cela qu’elle maintient toujours l’exigence critique et rationnelle comme essentielle à l’obtention d’une vérité relative en mouvement et qu’elle révoque l’idée même d’une vérité définitive et absolue. Elle refuse la révélation mystique de l’absolument vrai. ceci dit lorsque l’absolu est délivré par la révélation la raison peut se faire la servante de la foi, mais alors elle abandonne toute exigence critique vis-à-vis des dogmes de la foi (lire mes interventions antérieures). Sur la plan des dogmes la raison abandonne le terrain à la foi. C’est à dire abdique devant le mystère de la révélation (trinité immacilée conception etc...). Cette abdication ne peut être admise par un non-croyant, ni par un scientifique dans son travail scientifique ; la fait qu’un scientifique puisse par ailleurs être croyant veut dire qu’un homme, aussi rationnel soit-il dans le cadre de sa profession, ne l’est pas nécessairement toujours dans ses amours et en ce qui concerne le sens ultime qu’il donne à sa vie.
La question est de savoir si la raison peut s’affirmer comme instance de contrôle critique dans tous les aspects, y compris les plus subjectifs, de sa vie ; je suis de ceux qui pensent que cela est non seulement possible mais nécessaire pour mieux vivre sans illusion. C’est du reste la dimension première de la philosophie : favoriser l’ouverture critique de l’esprit pour faire échec au risque personnel de l’illusion et de préjugé qui se paie toujours en dépendance et/ou en désillusion.
Le philosophe qui atteint le foi renonce, pour être « délivré » du doute, à la philosophie, c’est à dire à la puissance critique de son esprit et cela au risque de l’illusion (le fameux pari de Pascal) ; c’était très exactement le position de Pascal qui sur ce point était plus lucide que ceux qui voudraient une réconciliation sans principe.