@ Taïké Eilé,
Je pense que vous avez raison de questionner l’actualité sur ces deux "affaires", parce qu’il ne devrait pas y avoir de sujets hors de tout questionnement ; l’interview de Jean Robin et la thèse qu’il soutient sont également intéressantes, bien que je ne trouve pas le personnage de Dieudonné très convaincant.
Pour avoir fait l’expérience de travailler - entre autres - sur des récits comme "Si c’est un homme" ou des documents comme "Le Code noir" il y a une bonne vingtaine d’années, voilà ce que j’ai constaté : plus on médiatisait le "devoir de mémoire" et les horreurs de l’esclavage, plus le public devenait réticent à analyser et à comprendre les témoignages dans une perspective historique : à la limite, les textes eux-mêmes et leur contexte n’avaient plus d’intérêt, l’actualité et les "bons sentiments" prenaient la place de la réflexion. Et, malheureusement, plus les antagonismes et la "concurrence victimaire" se faisaient jour , au point de rendre tout débat impossible. Vers la fin, j’ai vu surgir parmi les participants jeunes des discours et même des invectives racistes et antisémites. C’est une des raisons pour lesquelles la thèse de Jean Robin me paraît intéressante ; elle montre le danger qu’il y a à instrumentaliser l’histoire et à imaginer que le rabâchage médiatique peut remplacer la connaissance. Il est évident aussi qu’il y a bien d’autres causes à l’intérieur ou à l’extérieur de la société française qui contribuent aux dérives communautaristes les plus virulentes et les plus dommageables.