Je ne suis globalement pas d’accord avec votre analyse.
Les difficultés internes de fond et de forme au parti Socialiste ne sont pas nouvelles.
Il n’est pas du tout sur que les haines eventuelles actuelles soient beaucoup plus fortes que les haines passées. La rivalité Rocard Miterrand était elle plus pardonnable que l’animosité MA SR ? Les différences de ton de style, voir peut être de projet moins importantes ?
Tout au plus sont elles un peu plus apparentes. Mais les "ventes en bloc" des suffrage des fédérations du Nord ou des Bouches du Rhone ne sont pas non plus une nouveauté.
Elles n’interdisent pas à la gauche de gagner même divisée, même "minoritaire dans les têtes"
Il est difficile de savoir ce qui se passe dans les têtes, mais à tout prendre, on peut prétendre aussi qu’il existe bien des indices que la gauche a toujours été minoritaire dans les dites têtes. Après tout, Miterrand a gagné en 81 avec moins de voix qu’il n’en a eu lors de son échec précédent. Il suffit qu’une partie de l’électorat de droite s’abstienne.
Dans un pays facilement conservateur, il suffit qu’un gouvernement fasse "quelque chose", quoi que ce soit, pour provoquer des mécontentements. Tot ou tard, et quel que soit le degré d’unité interne du PS il se dégagera une majorité pour une alternance, au moins de refus ou de désir de changement.
Les gauches sont fondamentalement des "partis de classe". Au doigt mouillé, 70% des gens qui de prêt ou de loin vivent de la dépense publique et de l’intervention de l’état. (70% des profs, 80% des journalistes, fonction publique territorriales, entreprises publiques, intermittents etc...) Adossée à cette base sociologique qui vote en fonction de ses intérêts, de son portefeuille, il suffit de 3 ou 4 % de mécontents ou d’abstentionismes pour gagner, même sans idées, sans projets et sans unité.
Une unité cachée existe de toute façon sur ce qui lui importe vraiment. Plus de Services publics, d’impots et de fonctionnaires. C’est dans tous les programmes de tous les partis et toutes les tendances. Les différences programmatiques mineures portent essentiellement sur ce que l’on fait pour le reste de la société. En caricaturant, impostion à 100% des riches version Besnacenot, ou à plus ou moins pour les autres ’et cen’est pas une erreur de calcul).
Interdiction complète ou partielle des licenciements, caractère plus ou moins contraignat des régles que l’on imposera au reste de la population etc....Mais sur le fond, il y a un large consensus.
En son temps, même Miterrand a su utiliser Rocard pour rester au pouvoir....
Il en va ainsi sur l’enjeu apparent de ces discordes. Que fait on de Bayrou ? ("donc des autres") Et la nuance est subtile. Aubry s’est alliée à Lille sans le dire, Royale ne l’a pas fait en revendiquant de le faire.... Pas de quoi faire une révolution idéologique.
Ce qui se passe en ce moment n’obère en rien la capacite de la gauche et en son sein évidemment du PS de gagner des élections. Les précédentes régionales en font foi.
En revanche, cela pourrait renforcer son immobilisme natif
En revanche, ces divisions, aussi virtuelles soient elles, obligeront à des compromis. Elle renforceront donc le côté spontanément conservateur du PS.
Ce qui est grave, ce n’est pas que la gauche se trouverait hors d’état de gagner, mais qu’en cas de victoire, elle ne ferait rien de bien audacieux ou efficace. Des politiques du type Ni-Ni ( ni privatisation ni nationalisation par exemple)
Et encore ! Cet immobilisme sera le meilleur des cas. On risque aussi de se retrouver dans un truc à la Miterrand Jospin imposant simultannément, les 35 heures et les stocks options, le RMI et la reconstitution des rentiers grace aux emprunts d’Etat etc...
Pas très bon pour le pays tous cela.
Mais cela est peut être bon pour la gauche sociologique.
Si on pense comme moi que les partis de gauche sont avant tout conservateurs il est très possible que la situation interne du parti permettent en pratique de justifier en thèorie un immobilisme parfait, une abscence totale de choix, qu’appelle au fond de ses veux l’essentiel de son électorat.
Car très profondément, l’abscence total de politique au sens traditionnel du terme est la seule vrai garantie possible de l’indépendance des fonctionnaires, libres alors de mener celle qu’ils souhaitent à leur niveau, sans le pénible controle du peuple.
Les intermittent veulent un Ministère qui paye mais ne s’ingère pas dans les choix culturels. Les enseignants veulent des postes et des moyens, mais il ne sauraient être question que qui que ce soit d’extèrieur ait une opinion sur la manière de faire l’école. Le service public de l’audio visuel tient à être financé par l’impot mais veut absolument être indépendant de l’Etat. Le service postal n’a pas de prix même si nous découvrons qu’il a des couts etc......
A certains égard, ces divisions permettraient même de ratisser plus large que par le passé. Certe le PS fricotte avec Besancennot, mais,"il lui faut tenir compte de sa minorité", et la majorité au fond n’est pas vraiment hostile à un centrisme de bon aloi...
Allant au bout de son grand écart, le PS sera à la fois néo marxiste pour ne pas désepérer les postiers, sans effrayer ce qui rest de démocrates chrétiens. Social libéral et libéral social en même temps.
Le gouvernement se précoccupera de faire rentrer les impots, les "associations civiles citoyennes participantes participatives", seules considérées comme représentatives et démocratique, de le dépenser à bon escient hors des contrôles publics.
Avez vous remarqué qu’on exige toujours d’avoir l’avis des travailleurs pour privatiser, jamais pour nationaliser ?
Les dissensions apparentes du PS sont peut être proteuse d’un grand espoir pour la France de gauche.
Si ces hypothèses ont un sens, alors SR est sans doute la meilleure candidate possible. Si MA et ses amis tentent de faire semblant de conserver un semblant de cohérence intellectuelle, SR à compris que son électorat de base s’en souciait peu. En revandiquant la FRA-TER-NI-TE, elle se situe au coeur de ce que nous disent les psy. Les frateries sont LE lieu des pires rivalités et jalousies, mais on se retrouve toujours au moins pour partager l’héritage. Le vrai ; le faux, ont moins d’importance que le ressenti. La " famille" est un lieu d’émotion plus que d’intellectualisme ou de discussion rationelles.
D’ailleurs, en organisant un tel psychodrame pour départager deux candidates dont les principales différences sont la ligne et le poids (au sens physique du terme), la gauche nous offre le spectacle de ses crises qu’affectionnent les familles émotives mais néanmoins chaleureuses. ( en fait, il y a une deuxième différence, SR se donne un look de grande bourgeoise en étant une fille de moyens apparachiks, alors que MA se donne un look de militante en étant une fille de grand bourgeois, mais même en cela, elles repréésentent l’une et l’autre les aspirations communnes et contradictoires de la militante de base et c’est donc peu de dire que c’est bonnet blanc et blanc bonnet...)
Elle s’offre aussi à elle même une crise émotionelle compensatoire face à son impuissance à dire quoi que ce soit de sèrieux faces aux indispensables réformes qu’a entrepris Nicolas Sarkozy.
Tempête dans un verre d’eau donc, qui ne nous annonce rien si ce n’est que la gauche persévère dans l’être.....