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Commentaire de Patrick Adam

sur Banlieues : on a besoin d'un baron Haussmann plus que d'une armada de sociologues ou de psychologues


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Patrick Adam Patrick Adam 21 octobre 2006 21:28

@ didle

Effectivement nos vues peuvent se rejoindre sur certains points. Mais ce que je reproche aux approches actuelles c’est de privilégier des méthodes qui ont mené (dans la majorité des cas) à l’échec. Pourquoi ? parce qu’il ne sert à rien d’analyser des problèmes ad vitam aeternam si on n’a rien dans les poches pour les résoudre. On créé de l’illusion et de la frustration, rien de plus.

Vous dites : « Un réaménagement du secteur de La villette, tel que vous en parlez, pourrait être un coup qui ferait exemple pour d’autres lieux, à la condition que les aspects psychosociologiques mais aussi socio-économiques soient aussi pris en compte afin de s’approcher au plus près des réalités du terrain. » Mais pour une fois, prenons le problème à l’endroit, REAMENAGEONS ET EXPLIQUONS ENSUITE. Si on veut expliquer puis réaménager, on va droit dans le mur. Toute opération amenant le moindre changement dans une ville occasionne des perturbations comportementales, sociales, économiques et psychologiques. Est-ce pour cela qu’il ne faut pas bouger ? Les nouvelles habitudes mettent longtemps avant de se mettre en place. Soignons l’environnement, finissons-en avec le charabia qui est plaqué sur la plupart des schémas directeurs d’urbanisme, ainsi que sur la plupart des projets des architectes. A trop intellectualiser les besoins et les manques, on en arrive à un « politiquement correct » en matière d’urbanisme qui est totalement déshumanisé. Mêmes maux en ce qui concerne l’enseignement irrésistiblement tiré vers le bas pour ne pas « heurter » des sensibilités à qui il aurait été préférable d’enseigner des principes d’exigence morale plutôt que de laisser-aller...

Vous dites : « Vous vous demandez de quel horizon viendra la solution ? Je vous le répète, cet horizon viendra des professionnels qui ne prendront pas les autres pour des imbéciles car ce n’est pas parce que ces autres ne sont pas éclairés, qu’ils doivent demeurer ignorants et laissés dans leurs misères urbaines, culturelles et existentielles. Ce n’est pas parce que ces autres ne font pas partie des élites qu’ils sont incapables de comprendre et de décider de ce qui les concernent. Alors, tant que des experts imposeront des solutions draconiennes, ils se verront opposer à court ou à long terme la résistance, justifiée ou non, de ceux qui subissent les effets de ces solutions. » Et je persiste à penser que le constat est sans appel : ces solutions ne sont jamais venues. On pourra multiplier les services sociaux, et créer toutes les cellules psychologiques qu’on voudra, on ne redonnera jamais confiance à une population qui vit sans repères et surtout qui n’a aucune notion de l’environnement collectif tel que nous essayons de le vivre depuis des siècles.

Oui bien sûr : « Des travaux sociologiques ou psychosociologiques ont montré le poids des habitudes, des manières de penser et d’agir selon les origines socio-économiques et socioculturelles des individus. » Mais on les connaissait déjà. Le problème aujourd’hui n’est pas de nous adapter à leurs habitudes mais bien de leur demander de commencer s’adapter aux nôtres. Au Maroc, je ne demande pas aux muezzins de la fermer, même s’ils m’empêchent de dormir, et en période de ramadan, je m’abstiens de manger en public, même si je trouve ça plutôt débile.

Vous dites : « S’entourer de l’avis d’experts pluridisciplinaires et communiquer ces avis à la population afin qu’elle prennent part aux décisions en matière d’environnement, d’urbanisme et de mode de vie n’est-ce pas faire de l’éducation ? » Et je pense que c’est dangereux. Il faut d’abord éduquer, pour ensuite permettre de prendre part à de quelconques décisions. Avant de conduire, on apprend. La citoyenneté doit aussi s’apprendre. Je suis contre le concept de « démocratie participative » car il induit un rapport de force entre des groupes de pression qui ne sont pas nécessairement à la hauteur des enjeux. Les actions dites « citoyennes » sont récupérées par des gens qui fonctionnent en vase clos. Mon frère est correspondant dans un organe de presse locale, je pourrais vous raconter les réunions qui servent à promouvoir la démocratie participative dans un petit canton de notre province profonde... Alors quand je me dis qu’on cherche à appliquer ces méthodes à Evry...

On a tangué la banlieue, puis on a tagué tous les centres villes... Résultat, on ne peut plus photographier une vieille rue de Montpellier ou de Montélimar... Et nos médias continuent d’aller interviewer des tagueurs en les faisant passer pour des artistes... Les piliers du TGV du double pont qui enjambe le Rhône à la sortie d’Avignon et qui compose un ensemble d’architecture remarquable sont déjà tagués sur plusieurs mètres. Que faut-il encore comprendre ? Et quelle cellule psychologique parviendra à nous débarrasser de cette lèpre ?

Vous dites : « N’oubliez pas que la psychologie nous a permis de mieux comprendre comment un être humain apprend ou refuse d’apprendre ! Vous semblez la rejeter avec passion. Pourquoi tant d’antipathie envers un domaine de savoirs utilisés aussi bien par les publicitaires, que les DRH ou les médecins ? » Pourquoi ? Mais parce que beaucoup de ces notions (je ne dis pas toutes) peuvent être remplacées par du bon sens et de l’action.

Vous défendez la méthode globale d’apprentissage de la lecture. Et moi, je la vomis, car elle n’a eu pour résultat que d’interdire l’accès à la logique (on a fait la même chose avec l’enseignement de l’histoire). Et pourquoi on a opéré de tels crimes contre la logique et le bon sens ? Pour faire du neuf !!!!!.... Pour pouvoir exister en tant conceptualisateurs. Rein de plus sinistre sur le plan comportemental. Alors, plut^to qu’à s’obstiner à analyser les autres qui ne leur demandent rien, je me demande si ces analystes de la pensée humaine ne devraient pas commencer par s’analyser eux-mêmes. Je suis sûr, qu’ils découvriraient des choses passionnantes à nous communiquer. Vous dites : « Sur plusieurs décennies, le niveau moyen a été reconnu en progrès. » Vous rigolez ! Où en est le niveau de réflexion des jeunes et où en est leur niveau de lecture et d’orthographe ? Affligeant.

Quand au fait d’avoir supprimé la police de proximité, ne croyez pas que je m’en félicite. Mais je vous recommande de regarder quelques épisodes d’une série anglaise qui passe régulièrement sur TMC ‘ »Inspecteur Frost ». On y traite de tous ces sujets... Je me demande si on ne devrait pas la recommander à nos « armadas de psychologues et de sociologues » qui aiment tant les beaux rapports avec plein graphismes en couleur.

J’ai longtemps vécu en banlieue parisienne. J’en suis parti en 1995, écoeuré d’avoir à traverser deux fois par jour des zones urbaines qui me soulevaient le cœur. Pourtant je n’y vivais pas, je ne faisais que les traverser. J’ai toujours pensé que la banlieue finirait par exploser. C’était une question de temps. Les provocations de Sarko ont allumé la mèche, mais ça ou autre chose, il fallait que ça pète, et ce n’est pas fini, bien au contraire. La gauche à retardé l’embrasement en distribuant des subsides comme on fait l’aumône et en tentant de se mettre bien avec les franges les plus « constructrices » de ces banlieues. C’était louable. Mais aucune solution durable n’a été envisagée. C’est pour cela que je pense qu’il faut stopper le saupoudrage pour mettre le paquet sur quelques portions de territoire qui pourront servir de laboratoire et plus tard d’exemple. Il faut pour cela mobiliser des fonds très importants et mettre l’Europe à contribution. Il faut renouer un dialogue avec des architectes de la trempe de Rolland Castro en leur demander de pousser le plus loin possible leurs réflexions. Et il faut agir vite, très vite, pour donner de l’espoir aux gens qui sauront, même s’ils sont exclus des premiers essais qu’un jour on s’occupera réellement d’eux, et pas seulement avec des beaux discours.

Patrick Adam


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