@ Antoine Diederick
D’accord avec vous pour ne plus se servir de l’histoire comme d’un alibi. Mon texte tente de généraliser un mal qui nous environne et que nous allons devoir combattre dans ses moindres manifestation qu’on pourrait nommer « impérialisme à faire du neuf ». La nouveauté ne me gêne pas, au contraire, mais la dictature de la nouveauté, oui (surtout quand on n’a rien d’original à dire ou à faire).
Peinture, architecture, musique, littérature et jusqu’aux sciences humaines dans leur fondement, le XXème s’est obstiné à tout « déstructurer ». La démarche était souvent méritoire car la culture baignait trop souvent dans un conformisme bourgeois auquel il fallait tordre le cou, mais il est peut-être temps aujourd’hui d’entamer un mouvement inverse et de songer à « structurer » un peu plus que ce que nous sommes capable de le faire, notamment face à des populations qui n’ont pas les mêmes réflexes que les nôtres. Quand on s’aperçoit que le maire de Sarcelles commentant des actes délictueux commis par quelques jeunes parlait de « jeunes déstructurés » on devrait tous se dire qu’il est grand temps de s’y mettre.
On dit la jeunesse en « mal de repères » et c’est flagrant. Alors discutons sérieusement des repaires qu’on veut lui donner. Ceux de la Star Ac ? Ceux des strings au collège ? Ceux de la galerie marchande ? Ceux du loto ou du millionnaire ? Ceux du maillon faible ? Ceux des sifflages de Marseillaise ? Ceux des revanchards ?
« Enfants des tours »... Marsu nous a fait un lien sur ce beau texte de Gérard Manset écrit il y a plus de quinze ans... Que s’est-il passé depuis... Comme vous le dites si bien : « Les pleureuses de l’histoire nourrissent l’immobilisme et la réaction ». Investir le futur passe par un langage de vérité qui doit être capable d’annoncer la couleur : à savoir que tout le monde n’aura pas tout en même temps... Faire croire à tout un chacun qu’on peut tout faire en même temps est imbécile et dangereux, car une telle posture ne peut occasionner que des désillusions. On a casé des centaines de milliers d’étudiants en sociologie ou en « sciences » de la communication. Qu’est-ce qu’on va faire des trois quarts d’entre eux, sinon des aigris, des frustrés, et (osons le mot) des ratés. Ça ressemble à ce qui se passe en Afrique où les trois quarts des étudiants deviennent avocats avec en point de mire : la politique, le monde des affaires (plus ou moins véreuses) et le monde des procédures qui n’en finissent pas...
L’urbanisme fait partie de l’éducation car c’est un des éléments des plus forts qui déterminent l’identification. On parle de la télé qui ne saurait que présenter les plaies de la banlieue. Mais le cinéma ne fait guère mieux... Qu’y a-t-il d’intéressant à filmer à Evry, à Cergy, à Massy, à Stains, à Bobigny... les guinguettes des bords de Marne, parfois quelques immeubles industriels qui datent du début du XXème siècle... Le reste ressemble à une immense vague de sinistrose... Bien sûr, c’est toujours marrant de revoir « La smala » mais je ne pense pas que le film ait suscité des vocations pour aller s’installer dans la banlieue lyonnaise. Quoique davideo s’empressera peut-être de me contredire en disant que le coin est désormais un repaire à bobos...
Bien à vous. Patrick Adam