Monsieur, merci de poser cette question, car elle est effectivement utile à la compréhension de ce dont nous parlons ici. Pardon à l’avance pour ma réponse qui est peut être un peu longue.
Tout d’abord, il ne s’agit pas ici d’appartenir à un groupe quelqu’il soit, ni d’adhérer à une idéologie ou un système de pensée quel qu’il soit. Et c’est bien là la difficulté de la chose à saisir, qui est un peu plus subtile, mais très intéressante si l’on veut bien se donner un peu la peine d’y réfléchir, ou plutôt si l’on engage réellement un tant soit peu son esprit à la compréhension de la chose.
Donc, il ne s’agit pas ici d’imposer une idée ou un jugement de valeur concernant la compétition : « la compétition, c’est bien, c’est utile », ou bien « la compétition, c’est mal, c’est dangereux...etc ». De telles positions sont des conclusions que l’on adopte en fonction de ses propres préjugés, idées, ou bien parce que l’on a été convaincu par l’argumentaire de telle ou telle personne. Il ne s’agit pas donc d’une compréhension personnelle, claire, factuelle et objective de la chose, mais d’une simple répétition.
Ainsi, dès lors que l’on a accepté une certaine idée, ou bien rejeter une certaine idée (concernant ici la compétition), l’on a cessé l’investigation, et on a créé une idée, une opinion, à laquelle on adhère. Si un certain nombre de personnes adhère à cette idée ou opinion, alors, elle forme un groupe, une communauté, etc., avec toute la propagande associé. Nous connaissons très bien cela, et notamment dans le domaine de la politique. Et là n’est pas le point invoqué par l’article, qui est non pas de promouvoir un système de pensée ou une idée ou opinion particulière, mais bien de réfléchir ensemble à ce qu’est et implique la compétition dans notre vie, tant au niveau individuel que collectif, ces deux niveaux n’étant pas cloisonnés ni réellement séparés.
Et pour réfléchir ensemble, il faut avant tout avoir psychologiquement mis de côté ses préjugés, ses appartenances, ses opinions, ses croyances...etc (ce qui peut être un peu dérangeant voire inquiétant pour un certain nombre de personnes). Pour réfléchir ensemble, il faut être libre psychologiquement. C’est-à-dire avoir compris le caractère limité de tout savoir, de toute pensée, et d’avoir perçu le caractère conflictuel de toute pensée : « ma » pensée et « votre » pensée, « mes » croyances et « vos » croyances. Car tant que l’on s’attache à ses croyances, ses idées, ses opinions, réfléchir, ou penser ensemble est impossible. C’est le conflit sans fin des politiques, des idéologues, des religions organisées, des groupes de pensée, des systèmes intellectuels, des nations...etc
Et pour être libre psychologiquement, il faut également être psychologiquement seul, ce qui n’est pas non plus un égocentrisme. C’est-à-dire, lorsque l’on dépend psychologiquement d’un groupe quel qu’il soit, l’on ne peut être libre. L’on dépend inévitablement matériellement d’un certain nombre de groupes ou de configurations sociales dépendant de circonstances et d’intérêts communs particuliers, mais psychologiquement, la dépendance doit être questionnée pour comprendre ce qu’est être libre et ce qu’est réfléchir rationnellement et objectivement sur une question donnée quelle qu’elle soit.