J’avais déjà parlé d’ alexis Carrel dans« E-aktion »
Le pétainiste Carrel, idole des jeunes du FN
Les thèses eugénistes de feu le prix Nobel nourrissent aussi les propos d’islamistes radicaux.
article de Libération
FORCARI Christophe
Pour respectabiliser
le FN, Marine Le Pen a encore du boulot. La branche jeune du parti
lepéniste, le Front national de la jeunesse (FNJ), s’est offert une
nouvelle provocation en choisissant de placer sa XXIe université d’été
(du 1er au 7 août) « sous le patronage » de feu Alexis Carrel.
« Nuisible
à la race ». Prix Nobel de médecine en 1912, ce médecin lyonnais qui a
rejoint très tôt les rangs de la formation collaborationniste, le Parti
populaire français (PPF) de Jacques Doriot, et appartenait à
l’intelligentsia maréchaliste s’était fait connaître dès 1935 pour ses
thèses eugénistes publiées dans L’Homme, cet inconnu. Des écrits qui
lui ont valu, après 1941, d’être nommé à la direction de la Fondation
française pour l’étude des problèmes humains, placée directement sous
l’autorité du maréchal Pétain. « Nous savons que la sélection naturelle
n’a pas joué son rôle depuis longtemps. Que beaucoup d’individus ont
été conservés grâce aux efforts de l’hygiène et de la médecine. Que
leur multiplication a été nuisible à la race », écrivait dans les années
trente le Dr Carrel.
Pour le FNJ, ces idées ont le mérite de ne
pas être « dans l’air d’un temps qui célèbre le « métissage » tous
azimuts ». La jeunesse lepéniste entend ainsi protester contre la
décision de plusieurs villes françaises de débaptiser les rues portant
le nom de ce médecin. Ce choix « répond à la volonté des jeunes
nationaux d’incarner la résistance, politique et culturelle, à
l’insupportable dictature morale qui sévit dans notre démocratie
totalitaire ».
Marine Le Pen, qui avait implicitement condamné
les propos paternels dans le journal d’extrême droite Rivarol en
janvier dernier sur le caractère finalement « pas si inhumain que cela »
de l’occupation nazie, se retranche derrière un « no comment » de
circonstances. « Je ne vois pas l’intérêt de ce choix », se borne-t-elle
à constater.
« Substances ». D’autant plus que les thèses
d’Alexis Carrel n’ont pas seulement nourri l’extrême droite française
traditionnelle, mais ont également irrigué les penseurs de l’islamisme
radical. Ali Shariati, traducteur persan de Carrel, a été l’un des plus
ardents militants islamistes qui, en Iran, allaient porter au pouvoir
l’ayatollah Khomeiny. Le dignitaire religieux Abdul Ghaffar Hasan,
membre du conseil idéologique islamique pakistanais, ne se prive pas de
citer largement certains extraits de l’ouvrage du prix Nobel français,
notamment ceux où Carrel explique les différences entre homme et femme
par « l’imprégnation fondamentale de tout l’organisme féminin par des
substances chimiques spécifiques sécrétées par les ovaires ».
Un
des prédicateurs vedettes de la chaîne Al-Jezira, le sheikh Yusuf Al
Quaradawi, s’est également largement inspiré des discours de Carrel sur
l’inéluctable affaiblissement de l’Occident, incapable de se
« régénérer », pour rédiger en 2003 une fatwa sur le thème : « L’Occident
a-t-il contribué au bonheur de l’humanité ? » Alexis Carrel aura donc
réussi à réunir autour de son nom islamistes radicaux et jeunes
frontistes. Pas franchement un brevet d’humanisme.