Ben heureusement que vous ne défendez aucune
thèse…
C’est donc un pur hasard que vous ayez
introduit l’idée, dans une de vos réponses, que le fils du père et l’ami de 30
ans avaient leurs noms dans une société luxembourgeoise supposée fictive.
Serait-ce contraire au droit français ? Eclairez moi sur la question car
vous avez l’air très au fait de la chose juridique. Serait-ce une confusion de
ma part, ou bien alors comme vous l’écrivez avec tant d’insistance une sorte de
mélange et une invention dans mon interprétation, incapable que je suis de
regarder la réalité en face ? Je dois visiblement manquer certaines
subtilités du droit français et de l’objectivité exemplaire que vous étalez à
longueur de page. Quel dommage n’est-ce pas ?
Rassurez vous sur mes sources. Je n’ai pas de
TV, je suis polyglotte, je lis peu la presse française (à part le Canard et
parfois Le Monde), plutôt la presse internationale, et ceci me permet un autre
regard sur les mœurs particulières du pouvoir en RF. C’est ce qui me permet
d’affirmer que dans tout autre état de droit qui se respecte – mise à part peut-être
l’Italie, et pour des raisons similaires – Chirac aurait perdu le pouvoir
dès la publication des notes de Rondot. Nixon l’a perdu face à une opinion
publique révoltée pour des faits autrement
moins graves, puisque dans son cas il s’agissait d’utiliser les services
secrets pour s’informer de la stratégie de ses adversaires politiques. Lui
n’est pas allé jusqu’à instrumentaliser un général et compromettre un juge à
des fins de calomnie, et si vous ne voulez pas reconnaître les faits dont il
est question, dommage pour vous, d’autres que vous les ont observés avec
beaucoup d’attention.
Car à part déformer mes propos (je n’ai jamais
prétendu que les frégates sont une affaire franco-francaise et je n’ai jamais
dit que les montants évaporés par le Credit Lyonnais étaient inférieurs à ceux impliqués
par les frégates) ou les contrer par des affirmations gratuites (« fantasmes
de complots invisibles ») vous n’apportez rien de substantiel, si ce n’est
vous arc-bouter autour d’une argutie juridique qui cadre mal avec l’ampleur de
la manipulation.
Pour éclairer un peu le lecteur éventuel
d’où je tire mes soi-disant « fantasmes » voici quelques extrait des
carnets de Rondot qu’on a pu lire dans le monde :
Le 21 Janvier 2004 : « Le PR
(Président République) voulait un traitement direct avec D de V (Villepin) à
son seul niveau. » En clair, ceci court-circuite à la fois Raffarin et la
ministre de la défense. Pourquoi ?
Le 19 Juillet : « Pour moi, indique la note de M. Rondot, mes
vérifications ne sont pas venues étayer la thèse de JLG (JL Gergorin) Mes
doutes et interrogations demeurent. Le risque : que le PR soit
atteint. »
27 Juillet : Après sa conversation avec sa ministre, le général note
ensuite : « MAM a parlé à D de V (…) Me demande de rechercher
l’origine de l’affaire », avec ces hypothèses :
« Politique : opposition ? » et « Paranoïa de
JLG ».
Enfin, l’échange avec Villepin lui permet d’informer ce dernier « que les
services considèrent que c’est un montage ». A lire ses notes, le ministre
n’est pas de cet avis : « D de V : discuter encore sur le
montage ». Pour les « milieux financiers », soutient ce dernier,
« c’est vrai » – autrement dit : les listings sont
authentiques ; quant aux « milieux politiques », « ils
s’inquiètent »
2-14 Septembre « Mise en cause de N. Sarkozy ? (…)
Instrumentalisation ? MAHDi [Lahoud] et relations avec DST via JLG et avec
DGSE. » Enfin : « D de V, que j’ai vu le 2/09/04, n’est toujours
pas convaincu qu’il y a une possibilité de montage. »
15-19 Octobre : « Inquiétude de D de V. Il est maintenant presque
établi qu’il y a eu montage et que JLG en est à l’origine avec Mahdi. Instrumentalisation
par qui ? Action de Mahdi consciente, incohérente ? Un juge pourrait
être désigné. Faire une note de synthèse. Gergorin : qu’il se
soigne ! Le voir ? ».
J’ajouterai encore les 3
questions de Giesbert adressées à Villepin, publiées par le NO et restées sans
réponse : « Pourquoi a-t-il laissé courir l’affaire »,
« peut-il certifier qu’il n’a jamais dit à la mi-juillet 2004, alors même
que le bidonnage était établi : “Sarkozy c’est fini. Si les journaux font
leur travail, il ne survivra pas à cette affaire là”. » Et enfin
« pourquoi est-il intervenu personnellement pour faire libérer Imad
Lahoud ? »
Et le plus beau sans tout
ça : à quel titre Villepin, alors ministre des affaires étrangères - qui
connaît personnellement Gergorin - pouvait-il ordonner une enquête à un général
en retraite, sur « des réseaux mafieux » ? Réponse de
l’intéressé : « Le souci d’éviter que l’image de la France ne soit
mise en cause ». Raté ! Mais plus c’est gros mieux ça passe…
Contrairement à ce que pensent
beaucoup trop de gens, il est impensable que Villepin et Chirac aient pu
envisager un seul instant que les listings n’étaient pas truqués, pour une
raison fort simple : tous les comptes de Clearstream (la chambre de
compensation internationale mise en cause par Denis Robert, ce qui en fait une
usine à fantasmes pour le commun des mortels, c.a.d un cadre idéal pour la
calomnie dont il est question) sont des comptes d’institutions financières
(banques, brokers,…) et pas des comptes nominatifs. A moins d’être complètement
nuls, ils ne pouvaient pas ne pas le savoir. Venir prétendre comme l’a fait
Villepin dans les notes de Rondot que « pour les milieux financiers c’est
vrai » est un énorme bobard : c’est évidemment faux et c’est en toute
connaissance de cause qu’ils se sont servis de Rondot et des juges comme des
pions, avec fuites dans la presse (cf Giesbert) dans le but explicite de salir
tout ce qui n’était pas la chiraquie, et en particulier le prétendant Sarkozy
(et aussi pour diminuer un peu l’audibilité du bruit de casseroles des marchés
truqués de la ville de Paris, parmi d’autres).
Si vous
voulez vraiment qu’un jour on puisse en arriver à questionner réellement les
auteurs de turpitudes aussi compromettantes que celles des frégates, du Crédit Lyonnais,
ou du financement africain des partis politiques, et si vos propos autour des
frégates sont réellement autre chose qu’une volonté délibérée d’enfumage avant
un procès imminent, alors il faudrait peut-être commencer par réellement
envisager de condamner ceux qui se font prendre la main dans le sac de leurs
turpitudes, indépendamment de leurs proximités politiques et de leurs affinités
personnelles. Mais pour le faire, il faudrait vraiment le vouloir, et accepter
de reconnaître une faute, il faudrait surtout pouvoir dépasser une logique
clanique, ce qui n’est visiblement pas votre cas, malgré vos vains efforts pour
abriter vos desseins derrière un juridisme de pacotille. Désolé de le dire
aussi platement, vos onces de vérité juridique ne pèsent pas lourd face au poids du
scandale.
Je tiens à vous remercier de m’avoir permis de
rassembler mes convictions, si contraires aux votres.
Bien cordialement.