Camus n’a pas seulement condamné le terrorisme FLN, mais EGALEMENT celui imposé par les colonisateurs français au peuple algérien.
Comme dit dans la citation plus haut :
"J’ai été et suis toujours partisan d’une Algérie juste, où les deux
populations doivent vivre en paix et dans l’égalité. J’ai dit et répété
qu’il fallait faire justice au peuple algérien et lui accorder un
régime pleinement démocratique, jusqu’à ce que la haine de part et
d’autre soit devenue telle qu’il n’appartenait plus à un intellectuel
d’intervenir, ses déclarations risquant d’aggraver la terreur.«
Il n’était donc pas un partisan de »l’Algérie française" non plus. :
Pour Albert Camus, la revendication arabe est équivoque. Autant sont
légitimes la
dénonciation du colonialisme, de l’attitude méprisante des Français,
d’une répartition agraire injuste et d’une assimilation toujours
proposée mais jamais réalisée, autant est illégitime le concept de
nation algérienne : l’Algérie est issue d’immigrations successives
(Juifs, Turcs, Grecs, Italiens, Berbères, Arabes puis Français), et les
Arabes sont poussés par l’impérialisme mené par l’Egypte et soutenu par
l’URSS, pas par le sentiment d’appartenance à une nation algérienne.
La troisième voie qu’il préconise consiste à intégrer davantage les
Français Musulmans dans la République :
Par la création d’un parlement à deux sections : la première, de
500 membres,
composée de 485 élus métropolitains et de 15 élus d’outre-mer gérant
seule ce qui n’intéresse que la métropole (le droit civil par exemple),
la seconde, de 100 membres composée d’élus musulmans de statut
coranique, gérant seule les questions intéressant les Musulmans ; le
parlement dans sa totalité gérant les questions communes (fiscalité,
budget, défense...)
Par l’extension de ce parlement aux autres pays du Maghreb et de
l’Afrique Noire, en créant une structure fédérale française (un Sénat
fédéral, des Assemblées régionales) compatible avec les institutions européennes à venir, ce qui renforce la pérennité de cette solution.
Cette voie doit surmonter deux obstacles majeurs : le cessez-le-feu préalable,
difficile à obtenir d’un FLN intransigeant, et la volonté nécessaire à la métropole pour réformer la constitution.
Aussi la France s’engagera-t-elle dans la voie redoutée par Camus dès Janvier 1958 :
Un grand nombre de Français, plutôt que de renoncer à leur niveau
de vie,
préfèreront abandonner les Algériens à leur destin [...] et se
désolidariser de leurs compatriotes d’Algérie [...] La France se
trouvera forcée de lacher également les Arabes et les Français
d’Algérie ; nous sommes devant cet enjeu. Si ce dernier malheur
arrivait, les conséquences seraient nécessairement graves et les
Algériens ne seraient pas certainement seuls à entrer en sécession.
C’est le dernier avertissement qu’il faille honnêtement formuler.
Aussi, lorsque la guerre éclata en 1954 était-il impossible pour
lui d’avoir à choisir entre deux camps, tentant de les réunir en les
informant les uns sur les autres, de créer des liens entre les
opposants algériens et les Français par le biais de sa profession.
Il apporte son soutien à Pierre Mendès France qu’il considère comme le seul à même de pouvoir résoudre la crise algérienne.
Camus
fait alors tout son possible pour le ramener au pouvoir par une suite
d’articles (l’Algérie déchirée) en entrant à L’Express, ce qui lui
attire d’ailleurs les foudres de certains de ses confrères en désaccord
avec ses prises de position.
Son engagement n’est pas
seulement journalistique : il a pris la défense de plusieurs militants
ou simples musulmans (Ouzegane et Lebjaoui, par exemple) arrêtés voire
condamnés.
Lors de la conférence au Cercle du progrès, sa
déclaration pour la sécurité des citoyens algériens lui vaut de devenir
la cible de nombreux attentats auxquels il échappe.
Il comprend
alors que le terrorisme et la répression sont plus répandus que sa
solution pacifique et que la poursuite de la guerre est inexorable.