Visiblement, sur trois raisons rationnelles de ne pas tuer, il y en a deux que tu n’a pas comprises. Elle reposent toutes les deux sur un principe (rationnel et non clérical) de réciprocité. Tu n’en a toujours pas compris le fondement ? Pourtant, je te l’ai déjà expliqué quelques messages plus haut : c’est l’attitude rationnelle observée lors de toutes les variantes du « dilemme du prisonnier réïtéré ». Comme tu as l’air d’ignorer tout le savoir contemporain, je ré-explique de quoi il s’agit :
- suppose que toi et un complice soyez interrogés séparément par la police après un crime (comme par exemple le meurtre sauvage de « ton SDF »). Si tu avoue et « balance » ton complice, tu prends 5 ans et ton complice 30, tandis que si aucun des deux n’avoue, vous prenez chacun 15 ans. Mais tu sais que la police a fait le même deal avec ton complice : va tu garder le silence, ou le trahir ? Il risque de te balancer, lui ...
Si celà n’arrive qu’une fois, et que tu ne le recroise jamais, tu minimise le risque que tu prends en trahissant. Inversement, s’il existe un risque même infime que tu recroise ton complice, tu n’a rationnellement pas intérêt à le balancer. Le « dilemme du prisonnier » est une expérience de pensée très connue en théorie des jeux : dès qu’il est réïtéré, ton intérêt rationnel est d’être solidaire avec ton complice. De très nombreuses variantes plus sophistiquées et plus subtiles existent, et font l’objet d’une abondante littérature. Elles ont démontré logiquement ET expérimentalement (psychologie comportementale) qu’il existait une raison extrêmement rationnelle d’adopter un comportement équitable avec autrui : l’espoir qu’il en fasse de même la fois d’après. Ce principe peut à l’évidence se généraliser dans un « contrat social », dans des lois qui établissent en droit ce principe de réciprocité (« peut » : je n’ai pas écrit que c’était fait !). Il peut également amplement suffire à faire de ce principe de réciprocité une « valeur morale » fondatrice de lois communes. A noter qu’on observe ce type de comportements « altruistes » chez d’innombrables espèces animales : pas seulement chez l’homme.
Le simple fait que vous n’aimeriez pas qu’on vous tue, ajouté au fait que vous aurez du mal à ne croiser aucun de vos semblables après un crime, suffit à vous faire préférer une société où le meurtre est proscrit à une société où il est licite. Vous n’avez donc vous-même pas intérêt à tuer, ni à tolérer le crime « par intérêt », parce que vous augmentez ainsi très significativement le risque d’être ensuite tué à votre tour tôt ou tard.
Vous n’avez pas non plus compris le troisième argument, aussi, je me permet de le reformuler légèrement pour vous le rendre plus accessible : au lieu de trente générations après (concept de droit des générations futures), disons que l’homme est peut-être lui-même porteur du gêne qui sauvera la vie de « X » dix ans plus tard. Ou alors, bien que « Mr X » était « certain » que la victime n’avait pas de famille, un généalogiste lui a trouvé un parent éloigné qui a réussi à retrouver « Mr X » dix ans plus tard. Dans les deux cas, celà donne à « Mr X » des raisons on ne peut plus rationnelles de ne pas tuer : il ne veux pas mourir, ni vivre avec la peur au ventre pendant des decennies. Si « Mr X » est rationnel, il n’a pas besoin que la probabilité de ces possibilités soient élevée : il lui suffit qu’elle soit non nulle pour trouver un avantage égoïste mais rationnel à ne pas tuer. Et si « Mr X » estime que son plaisir ou son intérêt à tuer vaut les risques pris, aucun argument rationnel ni bien évidemment aucun argument irrationnel (religieux) ne pourra hélas l’empêcher de tuer.
A part ça, je n’ai pas vu de « conclusion » à ton dernier prêche : tu « concluait » qu’il fallait que je (re-)lise Sade ? C’est ça ?