• AgoraVox sur Twitter
  • RSS
  • Agoravox TV
  • Agoravox Mobile


Commentaire de Pierre JC Allard

sur Pourquoi je n'irai pas manifester


Voir l'intégralité des commentaires de cet article

Pierre JC Allard Pierre JC Allard 26 septembre 2010 09:02

@ CROA


Mais il y a un autre point de vue :

Bonjour Agnès !

Bon, je comprends (qui ne peut pas comprendre ?) ton exaspération devant la
situation actuelle.

Moi même, syndiquée CGT et militante active, quand j’entends Thibault ou
Chérèque à la TV ce matin, j’ai une grosse envie de sortir la boîte à
gifles.

Donc je la sors.

Et cette boîte à gifles c’est quoi pour nous, les prolos (syndiqués ou pas) ?
De rester chez soi par colère et dépit et en plus, de le crier haut et fort
comme tu le fais ? Non. Je pense que au contraire, tu donnes là du grain à
moudre à ceux que, j’en suis sûre, tu veux combattre et virer autant que moi ou
d’autres cons imbéciles qui iront ENCORE manifester aujourd’hui.

Pourquoi je vais manifester ?

Parce que ça m’amuse d’aller user mes semelles, perdre une journée ? Parce
que je n’ai rien d’autre à foutre ?Parce que je fais confiance aux directions
nationales des organisations syndicales ? Parce que je pense que c’est une
manifestation, sans prises de parole publique, sans « meeting », tous les 15
jours qui va faire plier Parisot/Sarko ?

Mais non, bien sûr ! J’y vais parce que je n’ai pas le choix, pour défendre
ma peau, celle de mes gosses, de mes vieux...J’y vais parce que pour l’instant
les conditions de la grève générale ne sont pas encore réunies ( mais ça monte,
de partout, doucement, mais sûrement). Et donc qu’il faut maintenir la
pression..sur les organisations syndicales ! Les manifs depuis quelques années
servent aussi (et surtout) à ça ! Les directions nationales des syndicats ne
prennent pas les mêmes décisions avec 4 millions de personnes en manifs, des
syndicalistes ultra-mobilisés, et des grévistes qui augmentent chaque jour
qu’avec 1 million et pas de grèves ! Le PS ne peut pas faire les mêmes
saloperies si nous sommes debout à nous battre avec tous nos moyens (pas épais
j’en suis d’accord mais si même le peu qu’on a on l’abandonne...) si on est 4
millions à gueuler et à s’arrêter de bosser que si on est 500.000.

Voilà, c’est une première chose. Deuxième chose, aller en manif, ça te
permet de discuter, et de mobiliser aussi. les plus « timorés ». Présents, mais
« timorés ».

Ca permet de contrer la CFDT qui dans les cortèges, chante et crie que EUX
ils veulent « une autre réforme » et « allonger la durée de cotisation » et ces
conneries de jaune de m... Ca permet de faire de la « propagande politique »
chacun à sa modeste échelle, là où justement , Chérèque et Thibault et aubry
veulent ABSOLUMENT « dépolitiser » le mouvement.

C’est aussi un geste de solidarité, pour les plus « disponibles » d’entre
nous, envers toutes celles et tous ceux, ouvriers, employés, chômeurs, aux
salaires de misère, qui font ENCORE l’effort de faire grève et de
manifester !

L’histoire du mouvement ouvrier et syndical n’est pas née hier. Tu le
sais.

On a eu des victoires, et comment !, mais aussi, combien de défaites, de
divisions, d’éclatements ?

Pourtant « nous » sommes là, encore, réduits oui, mais ce n’est pas la
première fois, dans l’histoire de la CGT en tout cas (seule que je connaisse
vraiment). La direction nationale de la CGT est bicéphale.

Notre véritable organe (très imparfait, je le reconnais) à nous prolos
syndiqués dans cette OS, c’est non pas le bureau conf (que je m’abstiendrai de
qualifier....) mais le CCN. Lors de la proposition par Thibault et le bureau
conf de soutenir le TCE pour 2005, NOUS, par la base par le CCN, avons OBLIGE
Thibault à manger son chapeau et à abandonner son projet de soutien. Et nous
avons fait en sorte , CONTRE LE GRE du Bureau conf, de porter l’exigence
absolue d’un « NON » au TCE. Et crois moi c’était loin d’être gagné au départ.
Mais ils ont du tourner casaque et se plier à la base. Je n’oublierai JAMAIS
ça. A chaque fois que je panique ou que je désespère, j’y repense.

Et puis de toute manière, sauf à rêver spontanéisme des masses (ce qui n’est
pas mon cas), on n’a pas beaucoup d’autres outils que celui là. On n’a plus
(pour l’instant) aucun parti politique qui tienne la route pour porter
valablement un projet politique de société différente, alors si on lâche le
syndicalisme de classe, même boiteux, même amputé, on n’a plus qu’à se
flinguer, Agnès ! La réalité elle est là AUSSI.

Par ailleurs sur le fond, ton analyse des certes évidentes carences et
lacunes et « trahisons » des OS me semble un peu courte.

Il y manque, il me semble, une analyse en termes de classes et de sous
couches sociales du monde du travail actuel, en termes de configuration de la
société du travail (largement entendue), et aussi, corrélativement, des ravages
que la social-démocratie du PS a faits pendant 35 ans dans le monde du travail
et dans les orgas de la classe ouvrière.

LA lutte des classes est partout, comment n’aurait-elle pas AUSSI traversé
nos organisations ? Nous sortons d’une longue période de collaboration de classe
qui a désarmé les travailleurs. Il faut reprendre le collier, Agnès, il faut
s’inscrire dans le mouvement et militer.

Tu crois que je partage tout ce que dit ou fait (ou ne fait pas !) la
direction nationale de mon syndicat ? Certainement pas !

Mais je vois tous les jours AUSSI l’efficacité que peut avoir la CGT (celle
« de classe et de masse » avant que Louis Viannet ne commence à nous la démonter
pièce par pièce) dans les entreprises, y compris les PME. Il n’y a RIEN d’autre
comme arme aujourd’hui pour le prolétariat moderne. RIEN.

Si tu vas expliquer à des jeunes salariés précarisés de chez H&M ou
GoSport ou la FNAC que la CGT et militer et se battre par tous moyens ça ne
sert à rien, ils vont t’envoyer voir ailleurs s’ils y sont.

La CGT c’est NOUS. Ce que nous en faisons NOUS. Que ce syndicat ne soit pas
(encore) aujourd’hui ce qu’il devrait être, ce qu’il PEUT devenir, qu’il soit
enkysté par une certaine bureaucratie, lieu de luttes de pouvoirs de certains
fédérocrates, qu’il ne soit pas en adéquation avec le monde du travail actuel
et ne le représente plus ou pas assez bien, et tout ce que t u veux , oui et
oui !

Mais quoi d’autre Agnès ? QUOI D’AUTRE ?

Et puis, ce n’est pas seulement parce que les directions nationales sont
minables que ça ne va pas comme on voudrait dans les luttes actuelles. Leurs
attitudes s’appuient aussi sur des réalités de classe objectives ! C’est aussi
parce que, du fait d’un changement profond dans le salariat français moderne,
parce que faute de parti(s) portant une perspective politique crédible,
alternative, anticapitaliste, parce que la collaboration de classe a fait des
ravages partout, parce qu’il n’y a pas de campagne de syndicalisation nationale
digne de ce nom, ni de formation des nouveaux militants etc...il n’y a pas un
français sur deux syndiqué aujourd’hui !

Le syndicalisme de classe ( je ne parle donc pas des danseuses patronales
type CFDT ou CFTC et ça, ça ne date pas d’hier), le syndicalisme de classe
c’est à la base, sur le terrain, dans les entreprises, sur le lieu
d’exploitation quelle que soit désormais la forme de cette exploitation (et
donc y compris dans le « salariat déguisé »). Ca repose sur le travail quotidien
des militant-e-s, dans ces lieux d’exploitation. Pour des miettes, des
broutilles diront certains, pleins de mépris, genre 1,5 % d’augmentation des
salaires via les NAO, genre égalité des salaires hommes/femmes, protection des
libertés syndicales dans l’entreprise, grève et mobilisation en cas de menace
de PSE etc. ET AUSSI à la participation aux structures
interprofessionnelles.

Donc, et je parle en connaissance de cause, oui, une vraie vie de chien pour
le syndicaliste qui a décidé de faire à peu près correctement son boulot. Non,
ce n’est pas un chemin pavé de roses, non ce n’est pas facile, c’est même plus
souvent « du sang et des larmes » que « y’a d’la joie ».

Tout ça pour dire Agnès que le syndicalisme, ça s’inscrit dans un temps très
long, que ça demande de garder la tête froide face aux conditions objectives,
de la perspicacité aussi pour savoir distinguer (et ce n’est ps toujours
évident !) le « bon grain de l’ivraie », ça nécessite de la patience, la
révolution, ça demande de remettre cent fois sur le métier notre ouvrage, et y
compris de participer aux combats de classe EN NOTRE SEIN.

Ton attitude ne changera rien et même, va empirer les choses. Un syndicat
(en tout cas comme la CGT), ce n’est pas (encore) un parti politique. Ça
fonctionne différemment et là oui, les réformistes et les collabos ne gagnent
que sur NOS capitulations et nos désertions à nous.

Je pense (peu être à tort, tu me diras) que ton attitude aujourd’hui est le
fruit de ton (in)expérience syndicale aussi. Sans vouloir te donner de leçon
,je crois que là où le bât blesse (comme chez bcp aujourd’hui) c’est dans
l’absence d’expérience syndicale dans une boîte.

Je pense que la majorité des salariés ne se rendent pas compte de ce que
demande le combat syndical comme patience, humilité, écoute et courage. Car il
en faut, du courage pour se syndiquer et ensuite, devenir militant-e. Il faut
même peut être un grain de folie !

Je me demande si les prolétaires qui adoptent plus ou moins la même attitude
en général que toi ont jamais expérimenté le syndicalisme de terrain. Sinon,
vous sauriez que l’action syndicale, c’est fait de patience, d’opportunisme (au
sens de saisir les opportunités et les contradictions du patronat).

La rencontre avec « les masses » (je ne parle pas de les « diriger » hein..)
qu’implique un syndicalisme efficace, c’est l’école de l’humilité et de la
patience.

Rome ne s’est pas faite en un jour, la CGT dans une boîte non plus, crois
moi ! Quand tu as mené un an de combat (au vrai sens du terme !!) pour décrocher
1 % d’augmentation salariale aux NAO, NAO pour lesquelles tu t’es déjà battu un
an pour les faire ENFIN tenir, là tu piges ce que ça veut dire « syndicalisme ».
Et je ne parle pas de la syndicalisation, des élections (à gagner
impérativement haut la main désormais !!), et bref, de tout ça.

Même quand tu es de nature « énervée » ou soupe au lait comme je le suis, le
syndicalisme de terrain ,loin de t’entraîner au renoncement, ça t’entraîne, je
pense, à la PATIENCE. Une défaite un jour, une victoire (d’étape, toujours
d’étape !) le lendemain, et plus de défaites que de victoires. Mais pouce à
pouce, on avance. On progresse. On doit.

Je REFUSE de laisser la CGT, MA CGT, aux mains de ceux qui veulent notre
mort. PAs question, jusqu’à mon dernier souffle et même si c’est pour certains
Don Quichottesque, je me battrai. La CGT c’est à MOI, à NOUS, ses adhérents.
Pas à Thibault, ni à Chérèque, ni à PArisot ni à Aubry... A NOUS. « La racaille,
la canaille ».

Allez Agnès, ne boude pas, prends ton courage à deux mains, entre dans la
danse, vient te battre avec nous, encore une fois. Adhère à la CGT Chômeurs
Rebelles par exemple, participe, exprime toi, apprends. Et pour aujourd’hui,
fais un effort, pour nous toutes et tous, ne « désespère pas Billancourt », ne
nous laisse pas seuls face aux directions nationales molles, félonnes, face au
patronat, viens manifester.

S’il te plaît.

Je te salue.

Il m’a semblé que ce message reçu chez-nous avait aussi sa place ici

Pierre JC Allard

CentPapiers



Voir ce commentaire dans son contexte





Palmarès