L’article « les cailloux dans la
chaussure » est vraiment une anthologie en matière de
désinformation et de propagation de rumeurs. Il est évident que les
nombreuses bévues des journaux télévisés sont dues à la
situation chaotique dans laquelle New-York se trouvait ce jour-là,
ils ont, malgré eux, donné suite à des rumeurs car ils n’avaient
pas d’autre choix dans l’urgence de l’information. On se rappelle à
ce propos l’erreur de la journaliste qui avait annoncé
l’effondrement du WTC 7 avant sa chute véritable, fruit d’une
mauvaise transmission des informations entre les reporters et les
rédacteurs.
Reprenons donc les anecdotes relatées
par Taïké sur la présence hypothétique de camions « remplis
d’explosifs » à New-York le 11 septembre 2001. Dan Rather est
le journaliste présenté comme ayant « fait sensation »
en annonçant la nouvelle sur CBS, mais la réalité est bien moins
sensationnelle...
Ce Dan Rather est le journaliste qui a
réalisé le plus grand nombre de bourdes le 11 septembre.
Voici ce que Dan Rather a déclaré au
public sur CBS : une voiture remplie d’explosifs avait selon lui
explosé en-dehors du Département d’Etat à Washington.
« Let me pause and say that a
car bomb has exploded outside the State Department in Washington, »
Puis « Now
a car bomb has exploded outside the State Department in Washington.
No further details available on that »
Il a répété au
moins trois fois cette affirmation avant de se rétracter un peu plus
tard :
"From Washington, Federal
Protective Services now says there was no car bomb at the State
Department. We’ve been reporting, which was reported earlier, that
there had been an apparent car bomb at the State Department. And I
will repeat for emphasis, the Federal Protective Services says there
was no—I repeat, no car bomb at the State Department."
Les autorités avaient donc démenti
cette information : aucun engin d’aucune sorte n’avait explosé ni contenu des explosifs.
Il a recommencé la même erreur plus
tard dans la soirée : Une journaliste déclara que des sources
l’avaient informée de l’arrestation de deux personnes au volant d’un
camion rempli d’explosifs sous le Pont George Washington.
« Now this just in from New
York City. Marcia Kramer, former newspaper woman, now working at
WCBS-TV, in New York, says that sources have told her that two people
have been arrested with explosives under the George Washington
Bridge. The George Washington Bridge, for those of you unfamiliar
with the city, connects a part of New Jersey with Manhattan. So two
people arrested on the GW Bridge in a truck with explosives. As this
report—now, whether it was connected with the events of the day, we
do not know. But an interesting report. »
Cette fois-ci, la rumeur venait de
sources inconnues qui avaient été interrogées par la journaliste
Marcia Kramer.
Après avoir répété cette
information de nombreuses fois, Dan Rather a dû se rétracter : il a
réalisé que ce n’était qu’une simple rumeur sans aucun fondement,
personne parmi le FBI n’avait entendu parler de camion contenant des
explosifs sous un pont.
« Marcia Kramer of WCBS-TV,
our CBS-owned and -operated station in New York, reported some time
ago that the FBI had in custody two suspects caught with a pickup
truck of explosives around the George Washington Bridge ; now further
checking on that story [reveals] that other law enforcement officials
in New York said they knew nothing about it, and now Jim Stewart is
saying that FBI headquarters in Washington knows nothing about it. »
Pour plus de détails vous pouvez lire
ce document, extrait du site FAIR (fairness and accuracy in
reporting)
Le problème est que cette rumeur fut
reprise par d’autres médias comme CNN, puis répétée (avec des rectifications) par le New-York Times :
« On CBS Tuesday night there
was a report — originated by its New York station, WCBS — that a
van filled with explosives had been found on the George Washington
Bridge. Though men in a van were detained, the vehicle did not
contain explosives. Still, CBS said the report was based on trusted
sources and the station corrected it when it learned that the report
was in dispute. »
ou encore le New York Daily News, toujours à
partir de la fausse information délivrée par CBS :
« During
first-day coverage Tuesday, CBS anchor Dan Rather trumpeted an
exclusive by WCBS-TV reporter Marcia Kramer, who told viewers that
police had stopped a car carrying explosives under the George
Washington Bridge. Rather said there were enough explosives "to
do great damage" to the span.
But Tuesday night, Rather announced that "further checking
on that story« showed other authorities knew nothing about it.
»Maybe it’s true and maybe it isn’t," he added.
Though no explosives were involved after all, Kramer noted in
an update that the vehicle’s occupants were detained. »
En fait, les camionnettes stoppées par la police avaient été
suspectées de contenir des explosifs, mais la cacophonie de cette
journée dramatique avait conduit les journalistes à déclarer
maladroitement qu’elles étaient réellement remplies d’explosifs.
Cette anecdote révèle bien que les erreurs journalistiques
issues d’une même source furent reprises, répétées et même
parfois déformées par d’autres journaux. Les nombreuses rumeurs
avaient souvent la même origine, en l’occurrence dans ce cas précis,
elles provenaient toutes des déclarations de la journaliste Marcia
Kramer.
Cette phrase de Taïké :
« La troisième
camionnette est aperçue près du pont George Washington.
Elle contient, d’après un premier rapport, des tonnes d’explosifs,
mais un second rapport dément l’information »
aurait mérité
une précision supplémentaire : le second rapport, qui démentait l’information, ne fut publié que
8 minutes après le premier, ce qui révèle bien l’état de
confusion dans lequel se trouvaient à la fois les policiers et les
reporters présents sur place.
D’autre part, il est très peu probable
que la peinture murale présente sur la camionnette arrêtée à King Street ait représenté un avion de ligne percutant le WTC.
Une entreprise de livraisons serait
bien idiote d’afficher une telle chose sur ses camionnettes car elles
feraient fuir les clients !
Il devait plutôt s’agir du dessin d’un
avion avec, en arrière-plan, les Tours Jumelles : le policier qui a
appelé des renforts, dans le feu de l’action et sous les effets du
stress, a donc très certainement mal interprété cette peinture en
concluant qu’elle représentait l’impact d’un avion dans les tours.
La peinture murale devait plus logiquement ressembler à ça.