J’ai eu plusieurs restaurants. Mes enfants étaient bien élevés komondi, ce qui n’est en rien un indice de valeur absolue.
Assez tôt dans ma vie, sans doute parce que j’étais né Eurasien coincé entre deux camps ennemis, ne sachant jamais qui était le Cow-boy, qui était l’Indien, je n’ai pas été porté à juger. Je peux avoir le sens de la Justice, éprouver des sentiments d’injustice et de révolte (contre la torture sous toutes ses formes et ça ne manque pas) mais juger constamment juger, juger d’abord, juger toujours, je ne sais pas faire.
Je ne suis pas le seul à m’intéresser à l’Histoire, mais n’ayant pas d’obligation atavique à me positionner dans tel ou tel autre camp, je l’arpente dans tous les sens avec plusieurs jeux d’optiques différents dans ma besace, ne jugeant que rarement. Quand Crassus ordonne une décimation de ses légions qui ont échoué à vaincre Spartacus, ça me fait froid dans le dos car je suis de 2010 mais je reviens à considérer qu’il était de son temps (même si de tous temps il y a eu des gens considérant que les tortures, tueries et mises en esclavage étaient folies). A force de m’habituer à ne pas juger, ma maison est faite de briques qui ne condamnent personne et je ne me sens donc jamais obligé d’accuser. Cette Histoire que je ne juge pas, c’est -300 000, c’est - 500, c’est 1300, c’est 2011, c’est aujourd’hui.
Quand je donne un peu d’exercice à mon sens de l’accusation, je ne vois d’autres coupables que nous, je ne vois d’autres victimes que les coupables.
Là, on me proposerait de soigner le stridulateur que vous mentionnez, je répondrais que ce n’est pas celui qui me préoccupe le plus.
Quand un doigt me désigne une lune qui se voit très bien sans doigt, ce qui est très, très courant, je comprends qu’il a envie qu’on le regarde, ce qui n’est ni mal ni bien.