Le signe le plus avancé de dégradation de notre civilisation réside je crois dans le sort que l’on fait subir aux mots. On les vide ainsi, l’un après l’autre, de sa substance. Ainsi, ce rapport dit parlementaire, en fait commandité par Roselyne Bachelot, commence-t-il par redéfinir le sens du mot « violence ». Pour nos grands-parents, la violence, c’était les boches qui arrivaient au village pour pendre les hommes et violer les femmes. Aujourd’hui, il faut croire que ça consiste à engager une transaction financière avec une personne majeure et consentante.
Dans le même ordre d’idée, veut-on faire entrer la Turquie dans l’Europe ? Il suffit de redéfinir l’Europe, et peu importe que la Turquie ai toujours été en Asie. La répression routière ? Il suffit de bannir le mot « chauffard » du vocabulaire - c’est trop connoté bon vivant qui boit un peu trop le dimanche après-midi avant de prendre la route - et de le remplacer par « délinquant routier » (même si, de toute évidence, le délinquant se caractérise par un projet d’attenter aux biens ou aux personnes, ce qui n’est pas le cas du chauffard).
On ne pourrait mieux caractériser l’impuissance des politiques qui, à
défaut de changer le monde, préfèrent changer les mots qui le décrivent,
c’est tellement plus facile.