Serpico, on comprend ce propos, mais il est symptomatique que vous ayez pris un exemple mathématique.
en mathématique en effet, nous avons un domaine très peu sensible à la subjectivité. Mais attention, le développement des maths, c’est aussi une histoire de points de vue contradictoires, de tâtonnements, de modèles pas super pertinents (car élaborés par des auteurs limités par leur point de vue et leurs connaissance), remplacés par des modèles plus pertienents, plus généraux etc.
Par exemple, vous dites que deux droites parallèles ne se rencontrent jamais. Soit c’est un axiome et là ça ne dépend d’aucun raisonnement donc c’est hors sujet, soit ça dépend de la définition du parallélisme relativement à l’axiomatique en vigueur. Dans les deux cas, il n’y a pas d’équivoque, et si vous travaillez en géométrie euclidienne (plane), vous aboutissez inéluctablement à ce que ces droites ne se rencontrent pas.
Mais le problème c’est que dans la réalité, c’est pas nous qu’on choisit les axiomes. Donc la base même n’est pas fixée. C’est pourquoi l’analogie avec les maths n’est pas si pertinente.
Vous dites « on raisonne en DEVELOPPANT des vérités qui s’imbriquent, irréfutables. ». Ben ça ça n’existe pas. Toutes les connaissances de l’homme sur le monde (je ne parle pas des maths) ont été prouvées fausses dans une certaine mesure. Là où les décisions mettent en jeu des intérêts particuliers, tout change encore plus, et alors qui est l’autorité qui décide e la vérité ?
Or dans la vie, les problématiques recèlent une diversité et une imperfection des conceptions monumentales, incommensurables même. Et c’est là que la problématique de la subjectivité prend toute sa dimension. En fait, chacun pourra « parier » (être convaincu par) sur telle ou telle thèse, compte tenu des arguments développés, mais ce qui intéresse le chercheur en sciences sociales à mon avis, c’est ce qui se passe. Certes, on peut admettre que la vérité se trouve bien, « en vérité », quelque part. C’est le problème du philosophe, et les philosophes cherchent encore, et ne sont pas d’accord, comme quoi la trouver n’est pas si évident, quels que soient les beaux arguments fournis. Mais lorsqu’on analyse le fonctionnement de la société, on se pose des questions d’un autre ordre : en l’occurence, dans la réalité, et non pas en théorie, comment les gens raisonnent-ils ? sont-ils si objectifs qu’ils le pensent ?
C’est l’objet d’études, que vous pourriez lire pour vous faire une idée de leur pertinence. Mais, lorsque j’ouvre deux livres de philosophie ou deux essais d’auteurs différents, un rapport d’experts indépendants et un rapport d’experts payés par des industriels, je constate que la diversité des points de vue ne peut s’expliquer que par une certaine polarisation non objective.
La diversité, la dissonance et même l’erreur permettent l’affinement de la réflexion, sa respiration. Sur le long terme, l’esprit humanité a besoin de rebondir sur l’altérité, d’avoir une plasticité de conception, parce que l’erreur est inévitable, et les révolutions conceptuelles en sont la résultante.
Tout ceci n’enlève rien au fait qu’il y a des raisonnement rigoureux et des charlataneries, et que chacun doit user de son jugement pour s’y repérer.