Cher monsieur Lucas, oups Dupagne ! 
Tout d’abord je suis
flatté que vous ayez pris la peine de répondre à mon article. Je connais
bien votre site Atoute.org, un site que j’apprécie et que je consulte
souvent.
Comme je l’ai précisé, je
suis salarié de Servier. Il n’est pas simple pour moi de m’exprimer
publiquement car je vis avec mes collègues depuis quelques mois une
période plutôt pénible.
D’un côté une pression médiatique très
hostile, et même si c’est le Dr Servier qui est surtout ciblé, nous ne
pouvons nous empêcher de nous sentir également visés. Le groupe Servier,
ce sont aussi les 20 000 personnes comme moi qui essayons de faire
notre travail correctement.
De l’autre, des éléments troublants
qui nous sont présentés en interne et qui vont à l’encontre de ce qu’on
peut lire dans les médias.
Que penser de tout ça ? 20 000
personnes ont-elles collaboré à cacher les données mortelles du Mediator
? Parce que nous sommes beaucoup à avoir travaillé directement ou
indirectement sur ce médicament. Un tel secret peut-il être gardé
pendant aussi longtemps par autant de personnes ?
J’espère que notre réponse à l’IGAS sera rendue publique car seul le débat m’aidera à y voir plus clair.
Et le problème, c’est justement qu’il n’y a pas eu de véritable débat jusqu’ici.
J’ai lu votre enquête sur Atoute.org et vos conclusions sont intéressantes et troublantes.
Sur
le fond, notre Direction Générale s’est-elle amusée à tenter de jeter
le discrédit sur Irène Frachon ? Personnellement, je pense que ce serait
maladroit, idiot et très probablement inefficace.
Quelques
points me laissent quand même perplexe. Si vous connaissiez le groupe
Servier, vous sauriez que notre direction Générale n’est pas mais alors
pas du tout branchée internet et encore moins Web 2.0 !
Regardez
notre site internet servier.fr pour vous en convaincre. Notre
communication de crise sur internet a été aussi inexistante que dans les
médias traditionnels. Les salariés ont un accès à internet limité à
quelques sites. Et quand je dis quelques sites, je parle de quelques
dizaines de sites. Pas plus.
Certes nous avons quelques PC
« libre-service » connectés sur internet qui sont un peu plus ouverts.
L’accès aux forums de discussion et autres réseaux sociaux est bloqué.
Tout
ça pour vous conforter d’une part quand vous dites que Servier n’a rien
compris à la puissance du Web 2.0, mais plus grave encore, cette
incompréhension du web s’est transmise aux salariés qui ne vont sur
internet à des fins professionnelles qu’en dernier recours. Trop lourd,
trop pénible. Vous avez vu beaucoup de salariés Servier témoigner (en
bien ou en mal) jusqu’ici ?
Je vois mal la Direction Générale
commencer à lancer des attaques sur le web 2.0 dans la mesure où ils
n’en perçoivent absolument pas les enjeux et n’ont aucune idée de la
manière dont ça fonctionne !
Maintenant, peut-être que je me trompe…
Alors
quoi d’autre ? Une officine secrète agirait-elle dans ce sens ? Nous aurions envoyé Boba Fett ? Ce
scénario hollywoodien me paraît fragile si l’on considère le peu
d’articles directement ou indirectement en notre faveur. Si une telle «
officine » est réellement derrière tout ça, cela relèverait de
l’amateurisme doublé de fainéantise.
Les « méthodes de
Servier » font beaucoup fantasmer de l’extérieur, mais croyez-moi, de
l’intérieur ça n’a rien à voir. Vous seriez bien déçu !
L’objet
de mon article n’était pas de « jeter le discrédit sur Irène Frachon »
mais d’insister simplement sur un point qui m’a semblé hallucinant : le
lien familial entre un expert clé dans une affaire judiciaire, Catherine
Hill et l’avocat le plus en lumière dans cette affaire, Me Charles
Joseph-Oudin. Un conflit d’intérêt à la fois original et troublant. La
prise de position de Me Oudin me fait penser à celle d’un professeur de
médecine ayant un conflit d’intérêt avec un labo, expliquant que tel
médicament est formidable et que son conflit d’intérêt n’y est pour rien
dans sa prise de position…
Or ce point ne semble choquer personne.
Je serais curieux d’entendre (ou plutôt de lire) votre avis sur la question.