Je travaille chez Servier depuis 2002. Je connais bien cette entreprise et je ne peux que me révolter de la manière dont elle a été salie depuis quelques mois.
Ce document n’est que la synthèse d’un gros rapport qui si j’ai bien compris nous servira lors des procès au pénal. C’est je pense la raison pour laquelle il ne comporte aucune référence bibliographique. Comme vous le soulignez, il n’a pas pour objectif d’être neutre, mais de présenter nos arguments de défense face à l’IGAS, afin que l’expertise devienne enfin « contradictoire » et qu’un juge puisse trancher.
Sur l’indication « anorexigène », j’ai une amie qui s’est récemment fait prescrire du Glucophage pour perdre du poids. Rien que ça ! En plein scandale Mediator, certains médecins n’ont toujours pas compris la leçon. Je doute pour autant que le labo qui fait ce produit (Merck Serono si je ne me trompe pas) l’ai promu en ce sens, même « en off ».
Vous constaterez à quel point il peut être troublant que la presse, pourtant si souvent à même de dégainer sur la moindre information qui n’en est pas une, est restée étonnamment muette sur le document de réponse de Servier.
Voila pourtant de quoi alimenter les journaux pendant un long moment et « vendre du papier » : monter en épingle la petite phrase sortie de son contexte, trouver une faute d’orthographe, etc. Ils nous ont fait des articles sur tout un tas de bruits de couloir, de documents internes « pseudo-scoop », (le top étant l’article du Point suggérant que nous ayons pu cibler des enfants – voir notre droit de réponse) etc. et voici qu’ils ont à leur disposition le document qui établit toute la défense de Servier. Le document qui remet en cause (à nos yeux) le rapport de l’IGAS. C’est pourtant une pièce majeure du scandale Mediator non ? On ne peut quand même pas nous taxer de communiquer trop quand même...
Et non. Pas de reprise !
Comme je vous le disais il y a quelques jours, en tant que salarié Servier, je ne peux pas en vouloir à Irène Frachon car elle a fait son boulot (et même davantage). Par contre j’en veux aux journalistes qui ne font pas le leur : rapporter (objectivement) de l’information. Libre à eux de prendre partie et de l’interpréter. L’étouffer n’est pas correct.
Ne s’agit-il simplement que d’incompétence de leur part ? Vu l’énergie qu’ils ont dépensée ces derniers mois, et leur efficacité pour récupérer tel ou tel document, je me permets d’en douter.
J’ai été touché par le commentaire idiot qu’a suscité le second article que j’ai mis en ligne, celui annonçant que le document de réponse à l’IGAS était disponible. Une personne m’a demandé combien mon employeur me payait ... Avez-vous remarqué qu’aucun employé Servier ne s’était manifesté devant les caméras, même à visage couvert, pour dénoncer de l’interne les « agissements » de Servier. Surprenant non ? Cette solidarité ne tient-elle que parce que nous recevons un chèque à la fin du mois ? Si certains ont un problème de conscience, rien ne les empêche de s’exprimer sur le web, y compris de manière anonyme. Mais non, à ce jour les salariés sont tous soudés. Cette épreuve aura le mérite de renforcer la cohésion des troupes si on ne se retrouve pas in fine sur le carreau.
J’apprécie votre honnêteté intellectuelle quand vous déclarez que ce rapport est un bon mémoire en défense. Les fondements des griefs contre nous restent selon-vous justifiés.
J’aimerais entendre l’IGAS sur le sujet. Pour ma part, je reste circonspect. Les inspecteurs de l’IGAS ont déclaré que nous avions trompé tout le monde. Selon le rapport de Servier, toutes les données ont bien été transmises aux agences, à chaque fois en temps en en heure. C’est d’ailleurs à partir de ces données qu’elle avait déjà à sa disposition que l’administration a conclu que nous l’avions trompée... Un peu facile non ?
J’espère que le rapport de défense de Servier finira quand même par se propager dans la presse grand-public, médicale ou sur le web afin qu’il serve de base à une discussion.
Le top serait que la boîte décide de s’offrir quelques pages dans un journal grand public pour le faire publier. A défaut de pouvoir compter sur l’honnêteté intellectuelle des journalistes, peut-être pourrions-nous acheter de l’espace. Voila à quoi en est réduite l’information aujourd’hui.
Je n’ai pas encore lu les deux références que vous m’avez indiquées. Je vais le faire dans la journée.
Je me réjouis de constater que nous avons probablement initié la première discussion sereine autour de l’affaire du Mediator.
J’ai bien compris que vous ne portiez pas Servier dans votre cœur entre autre du fait d’expériences personnelles décevantes. Je me mets à votre place, lors de cette présentation du Survector, compte-tenu de ce que vous expliquez sur le produit (il a été arrêté bien avant que j’arrive chez Servier), j’aurais également passé un savon au visiteur et à sa DR. Peut-on juger une entreprise toute entière sur ce genre d’anecdote ? Probablement. Les visiteurs médicaux représentent la face visite de la société. Ils doivent être irréprochables et un tel comportement est inacceptable. L’approbation par son chef est encore plus inacceptable. Vous avez eu le sentiment d’être pris pour un imbécile, peut-être auriez-vous du rendre les coups directement sur ces deux personnes en contactant la direction de l’entreprise. J’ose espérer qu’ils eussent réagi.
Concernant les témoignages de « certaines personnes de l’agence », j’avoue me sentir plus à l’aise à discuter de vos propres ressentis. Si ces personnes souhaitent intervenir dans notre discussion, qu’elles le fassent, elles seront les bienvenues.
Je trouve votre exemple sur les serbes excellent. Autant le préciser, je ne suis pas serbe et encore moins historien. Néanmoins, l’Histoire a retenu qu’ils étaient les « méchants », mais elle a également reconnu que ce côté « méchant » avait été largement amplifié par des agences de communication, dans un conflit dans lequel l’opinion était complètement perdue. Une opinion publique qui avait besoin d’un gentil et d’un méchant. L’Histoire, celle qui est massivement enseignée aux écoliers, a oublié ces détails, et a retenu que les serbes étaient les méchants, rendant leur défense inexcusable. Je ne détaillerai pas outre mesure cet exemple car cela sort de mes compétences.
Je ne peux néanmoins pas m’empêcher d’établir un parallèle avec l’affaire du Mediator. La position simpliste et unidirectionnelle des médias est probablement celle que l’Histoire retiendra. Quel intérêt y aurait-il à essayer de comprendre les arguments de celui qui a déjà été déclaré coupable ?
Malheur aux vaincus, c’est vrai ! Nous avons perdu la guerre de la communication, mais pas le débat scientifique. Malheureusement pour nous, tout le monde se moque de ce débat.
En écrivant cette réponse, je réalise que notre direction de la com s’est enfin décidée à rendre public le document auquel je faisais allusion. Je ne comprends pas pourquoi ils ne l’ont pas annoncé avec un peu plus de panache. Ce n’est toujours pas demain qu’on refera notre image auprès du grand public !
Je vous invite à le lire, s’il vous plait en toute neutralité intellectuelle. Vous seriez bien la première personne « anti-Servier » à vous livrer à un tel exercice et votre analyse de notre vision des faits m’intéresse beaucoup.
Je n’ai malheureusement rien à ajouter à votre dernière phrase qui reflète également plus ou moins ce que je pense.
Avant toute chose, laissez-moi vous apprendre que notre communication
interne est à l’image de notre communication externe. Tout est dit !
Nous avons un petit site intranet dans lequel la direction poste
quelques articles positifs qui contrastent avec le flot monstrueux
d’articles négatifs que nous nous prenons dans la tête dans notre vie
privée. Ca nous remonte un peu le moral et c’est tout ! Il y a eu les
voeux du Dr Servier et une intervention du directeur général. En 6 mois
de crise comme celle que nous avons connue, quitte à me faire manipuler,
j’aurais préféré davantage d’info de la direction. Lucy Vincent, notre
porte-parole n’a même pas organisé de conférence en interne.
Mais bon !
Je suis scientifique de formation. Le rapport que j’ai eu entre les
mains pose un certain nombre de questions troublantes. Je ne me souviens
pas y avoir lu le fait qu’Irène Frachon n’aurait découvert la toxicité
du benfluorex qu’en 2009. Notre directrice de la com l’a dit à la télé,
mais de mémoire ça ne figurait pas dans ce rapport dont la teneur est
plutôt scientifique. Il n’est pas du tout orienté contre Irène Frachon
mais contre les travaux et les conclusions de l’IGAS. Il ne traite
uniquement que du Mediator et de l’attitude de Servier pendant toutes
ces années.
J’ignore pourquoi il n’a pas été rendu public, à l’extérieur de
l’entreprise, les arguments peuvent et devraient pourtant être entendus
par tous.
Concernant Irène Frachon, je concède qu’elle a clairement énervé tout
le monde chez nous. Mais ça ne reste que très éphémère.
Personnellement, je ne peux pas lui en vouloir, au contraire. Le rôle
qu’elle a joué fut difficile et je comprends la rancoeur qu’elle peut
éprouver à l’encontre de Servier. Avant d’être salarié de Servier, je
suis un être humain (si si !) comme les autres, et je ne peux que me
réjouir du fait qu’il existe des lanceurs d’alertes. Leur rôle est
malheureusement de prendre des coups, mais surtout d’attirer l’attention
sur des problèmes que le système n’est pas toujours à même de détecter.
C’est ce qu’elle a fait.
L’ampleur du problème qu’elle a mis à jour est-elle aussi importante
que ce que la presse relate ? Je n’en sais rien. L’avenir nous le dira
Ce qui nous révolte, et là je parle également au nom d’un certain
nombre de mes collègues proches, c’est le traitement médiatique qui nous
a été réservé. La presse, y compris les grands quotidiens ont souvent
délaissé l’information factuelle au profit de la polémique.
L’exemple du lien de parenté entre Me Charles Joseph-Oudin et
Catherine Hill est criant. La presse ne s’en est même pas indignée !
Hallucinant non ? L’expert et l’avocat de mêche, à l’encontre des codes
déontologiques de l’une et l’autre des 2 professions ! Bravo le Figaro !
Dans votre texte, vous faites allusion aux innombrables conflits
d’intérêts qu’entretient Servier avec les experts. Je doute que Servier
soit pire que les autres laboratoires. La pseudo-réflexion que s’accorde
l’agence sur la pioglitazone illustre mes propos. Ces conflits
d’intérêts nous ont été vivement reprochés au regard de l’affaire du
Mediator, mais je pense qu’ils sont transposables à n’importe quel
laboratoire.
Le conflit d’intérêt entre Gérard Bapt et GSK est également gênant
étant donné le rôle de ce député dans l’affaire du Mediator. Les
résultats de la commission qu’il préside interviendront dans les
différents procès auxquels nous aurons à faire face. La presse l’a à
peine mentionné. Auriez-vous imaginé un tel silence si une situation
analogue s’était produite par exemple si on avait appris que des députés
dénonçant le comportement de José Bové avaient des conflits d’intérêts
avec Monsanto ? (Exemple fictif) Ses prises de position dans la
presse contre nous depuis le début de l’affaire sont également agaçantes
vu qu’il préside une commission d’enquête. Un minimum de neutralité,
même feinte, serait souhaitable.
La chasse aux conflits d’intérêts doit avoir lieu à tous les niveaux,
y compris lorsqu’ils desservent « le méchant de l’histoire » que nous
représentons.
Dernière remarque sur ce sujet : les réserves du Professeur Acar.
Qu’il soit financé ou non par Servier, (à nouveau, je ne suis pas dans
le secret des dieux), ce professeur de renom ne pose-t-il pas des
questions qui méritent réponse ? C’est à peu de choses près le seul
expert qui se soit mouillé contre le tsunami qui nous frappe. Que
d’autres experts s’y confrontent ! (Comme ce qu’a fait la chercheuse de
l’INSERM via votre site). Passer sous silence ses travaux n’est pas
convenable.
Je ne connais pas les blogueurs qui postent des articles en notre
faveur. D’autres salariés ? Probable. Pourquoi restent-ils anonymes ?
Mettez-vous à notre place. Nous sommes devenus l’ennemi public numéro 1.
Je peux comprendre qu’ils ne souhaitent pas s’exposer. Vous ne réalisez
pas les insultes qu’on reçoit en permanence et les risques que nous
prenons à dire que l’on travaille chez Servier. Les baffes sont-elles
méritées ? Je les comprends, je n’estime pas les mériter pour autant.
J’ai toujours mis un point d’honneur à travailler avec rigueur et
éthique.
Quand vous dites que l’éthique de Servier est nulle, pouvez-vous
préciser vos propos ? Mes collègues et moi-même n’avons pas de problème
d’éthique. Je ne pense pas être un salaud. Je ne peux m’empêcher de
penser qu’un secret comme celui de la toxicité du Mediator n’ait pu être
caché pendant 30 ans par des dizaines de milliers de personnes, sachant
qu’un certain nombre d’entre elles ont quitté l’entreprise, parfois en
mauvais terme.
D’où mes réserves. Personnellement, je n’étais pas au courant de ce secret.
Démissionner ? La question se posera en fonction des résultats des
procès. Je comprends et admire votre prise de position vis à vis de
l’AFSSAPS dans l’affaire de la pioglitazone.
L’affaire du Mediator est une affaire émotionnelle. Je ne vous
apprendrais pas à vous, médecin, que l’émotion doit être mise à l’écart
lorsque l’on doit établir un diagnostic.
Laissons donc les différents acteurs s’exprimer, mettons de côté la
démagogie, ouvrons le débat, imposons la transparence y compris chez nos
opposants, accordons-nous la présomption d’innocence, le droit de nous
défendre et d’être jugés sereinement.
Je prendrai ma décision après le verdict.
Enfin, concernant nos visiteurs médicaux, nous avons en France 800
personnes sur le terrain si ma mémoire est bonne. Des gens qui font leur
métier, un job qui est difficile et ingrat. Les quelques visiteurs que
je connais sont des gens sérieux. Je ne pense pas qu’on puisse
généraliser à l’ensemble de ces personnes l’expérience désagréable que
vous avez pu avoir avec quelques uns d’entre eux. Les visiteurs de nos
concurrents sont-ils plus ouverts au dialogue ?
Tout d’abord je suis
flatté que vous ayez pris la peine de répondre à mon article. Je connais
bien votre site Atoute.org, un site que j’apprécie et que je consulte
souvent.
Comme je l’ai précisé, je
suis salarié de Servier. Il n’est pas simple pour moi de m’exprimer
publiquement car je vis avec mes collègues depuis quelques mois une
période plutôt pénible.
D’un côté une pression médiatique très
hostile, et même si c’est le Dr Servier qui est surtout ciblé, nous ne
pouvons nous empêcher de nous sentir également visés. Le groupe Servier,
ce sont aussi les 20 000 personnes comme moi qui essayons de faire
notre travail correctement.
De l’autre, des éléments troublants
qui nous sont présentés en interne et qui vont à l’encontre de ce qu’on
peut lire dans les médias.
Que penser de tout ça ? 20 000
personnes ont-elles collaboré à cacher les données mortelles du Mediator
? Parce que nous sommes beaucoup à avoir travaillé directement ou
indirectement sur ce médicament. Un tel secret peut-il être gardé
pendant aussi longtemps par autant de personnes ?
J’espère que notre réponse à l’IGAS sera rendue publique car seul le débat m’aidera à y voir plus clair.
Et le problème, c’est justement qu’il n’y a pas eu de véritable débat jusqu’ici.
J’ai lu votre enquête sur Atoute.org et vos conclusions sont intéressantes et troublantes.
Sur
le fond, notre Direction Générale s’est-elle amusée à tenter de jeter
le discrédit sur Irène Frachon ? Personnellement, je pense que ce serait
maladroit, idiot et très probablement inefficace.
Quelques
points me laissent quand même perplexe. Si vous connaissiez le groupe
Servier, vous sauriez que notre direction Générale n’est pas mais alors
pas du tout branchée internet et encore moins Web 2.0 !
Regardez
notre site internet servier.fr pour vous en convaincre. Notre
communication de crise sur internet a été aussi inexistante que dans les
médias traditionnels. Les salariés ont un accès à internet limité à
quelques sites. Et quand je dis quelques sites, je parle de quelques
dizaines de sites. Pas plus.
Certes nous avons quelques PC
« libre-service » connectés sur internet qui sont un peu plus ouverts.
L’accès aux forums de discussion et autres réseaux sociaux est bloqué. Tout
ça pour vous conforter d’une part quand vous dites que Servier n’a rien
compris à la puissance du Web 2.0, mais plus grave encore, cette
incompréhension du web s’est transmise aux salariés qui ne vont sur
internet à des fins professionnelles qu’en dernier recours. Trop lourd,
trop pénible. Vous avez vu beaucoup de salariés Servier témoigner (en
bien ou en mal) jusqu’ici ?
Je vois mal la Direction Générale
commencer à lancer des attaques sur le web 2.0 dans la mesure où ils
n’en perçoivent absolument pas les enjeux et n’ont aucune idée de la
manière dont ça fonctionne !
Maintenant, peut-être que je me trompe…
Alors
quoi d’autre ? Une officine secrète agirait-elle dans ce sens ? Nous aurions envoyé Boba Fett ? Ce
scénario hollywoodien me paraît fragile si l’on considère le peu
d’articles directement ou indirectement en notre faveur. Si une telle «
officine » est réellement derrière tout ça, cela relèverait de
l’amateurisme doublé de fainéantise.
Les « méthodes de
Servier » font beaucoup fantasmer de l’extérieur, mais croyez-moi, de
l’intérieur ça n’a rien à voir. Vous seriez bien déçu !
L’objet
de mon article n’était pas de « jeter le discrédit sur Irène Frachon »
mais d’insister simplement sur un point qui m’a semblé hallucinant : le
lien familial entre un expert clé dans une affaire judiciaire, Catherine
Hill et l’avocat le plus en lumière dans cette affaire, Me Charles
Joseph-Oudin. Un conflit d’intérêt à la fois original et troublant. La
prise de position de Me Oudin me fait penser à celle d’un professeur de
médecine ayant un conflit d’intérêt avec un labo, expliquant que tel
médicament est formidable et que son conflit d’intérêt n’y est pour rien
dans sa prise de position…
Or ce point ne semble choquer personne.
Je serais curieux d’entendre (ou plutôt de lire) votre avis sur la question.