»Echange forfaitaire de temps contre de
l’argent : l’exercice d’une profession Le travail, la profession, le métier,
c’est l’échange forfaitaire de temps contre des biens ou services par
l’intermédiaire de l’argent, la valeur horaire de mon temps constituant le
forfait (perpétré contre moi). Dans la conversion forfaitaire du temps en biens
ou services, l’argent n’est pas qu’un intermédiaire commode entre 2 échanges,
il est le facteur de conversion du temps de vie personnel en une valeur
maté-rielle, la transformation d’un bien personnel non transmissible, le vécu,
en une valeur comptable, échangeable. Il faut abolir le travail. Cette
conversion est irréversible : l’argent ne peut pas être échangé contre du
temps. Je peux acheter le temps des autres, je ne peux pas racheter le mien. Il
est passé. Quand je pose mon crayon et que je le reprends une heure plus tard,
le temps n’a pas passé pour lui entre temps ; je le reprends au point où je
l’avais laissé. Mais moi, quand je pars le matin pour travailler et que je
rentre le soir, je n’en suis plus où ma femme m’avait laissé ; j’ai vieilli,
elle aussi. Et, de jour en jour, ça finit par compter, le temps que j’aurai
passé à vieillir sans elle et elle sans moi. La perte de temps se verra. Il
faut abolir le travail. Le principe-même de l’exercice d’une profession comme
temps per-sonnel échangé contre de l’argent est inhumain : réduction du vécu
personnel, existentiel à une conception comptable de la vie en heures, en mois,
en années. D’où cette vision de la retraite comme » temps retrouvé
« . Il faut abolir le travail. Il est inhumain aussi parce que le calcul
entre les humains en termes de rapport temps / produit génère des mesquineries
inépuisables, des conflits définitifs (une succession est le partage du temps
capitalisé du défunt). Il faut abolir le travail. Il constitue une servitude :
l’adhésion à ce fonctionnement social représente une servitude permanente,
d’horaire, de rendement, d’éva-luation, de prévision, de comptabilisation…L’exercice
d’une activité rémunérée représente en soi une atteinte au droit des personnes
à disposer d’elles-mêmes. Il faut abolir le travail. C’est un marché de dupes :
le principe économique fondamental qui consiste à effectuer cette aberration
humaine et irréversible de convertir du temps vécu en argent, est en plus une
imposture parce qu’il nous propose un leurre, quelque chose qui court toujours
devant nous. Le principe-même est vicieux : il contient en lui-même
l’impossibilité d’obtenir ce qu’il annonce : La recherche du bonheur est son
fonds de commerce, mais il ne faut surtout pas le trouver. A peine on tient un
bout que le suivant nous manque. Vivre sa vie sur le mode du manque, càd en
permanence en avance sur le présent, fait qu’on ne vit pas réellement puisqu’on
vit virtuellement. On arrive au bout de sa vie sans avoir vécu réellement.
Convoiter empêche de vivre. Il faut abolir le travail. Si la qualité de la vie
est proportionnelle à la quantité de biens ou services dont on peut disposer,
le bonheur est mesurable : le plus riche (Bill Gates) fournit la référence, il
est heureux. Tous les autres sont malheureux, plus ou moins. De toute façon
insatisfaits en per-manence, toute leur vie, parce que leur position entre le
plus pauvre et le plus riche est toujours améliorable. On peut toujours
grignoter quelques places. Il faut abolir le travail. Le salariat nous
infantilise : le contrat de travail d’un salarié est défini juridiquement comme
un contrat de subordination, ce qui serait contraire à la Déclaration
universelle des droits de l’homme (nous sommes tous égaux en droit) si elle (la
subordination) n’était volon-taire. Mais l’est-elle ? Quant au travailleur
indépendant, celui qui est soi-disant » à son compte « , il a des
comptes à rendre à son client toujours prêt à comparer le prix et le service.
Subordonné, comptes à rendre, est-ce un statut d’adulte, libre et responsable ?
Il faut abolir le travail. Produire dix mille choses par lesquelles on n’est
pas concerné pour pouvoir s’en payer quelques autres est une opération peu
motivante pour bien faire. Il faut abolir le travail.">i>