A relire cette discussion, je crois qu’on se focalise justement un peu trop sur le libertarianisme. Je l’ai cité, au même titre que le marxisme comme ayant eu une grande influence sur la culture geek. En aucun cas je n’ai dit que tous les geeks étaient ou devaient être libertariens. Je ne suis pas d’accord avec vous quand vous dites par contre que la culture geek est apolitique. Que vous preniez slashdot ou de nombreux sites communautaires fréquentés par les geeks, les discussions autour de sujets politiques sont fréquentes : Brevets logiciels, ACTA, Hadopi, ...
La politique n’est clairement pas le but de la communauté, mais cela fait maintenant longtemps que celle ci a pris en main la défense de ses droits via des associations comme l’Electronic Frontier Foundation (qui intervient directement dans le champ politique). Même si la motivation primaire reste le coté utilitariste ou scientiste, c’est un agenda politique.
Et de même que les geeks n’ont pas absorbés la totalité du marxisme, la totalité du libertarianisme n’est pas absorbé dans leur culture, je parle d’influence majeure, pas d’adoption. Vous pouvez par exemple avoir lu « Le Capital » et avoir trouvé ce bouquin génial sans pour autant être marxiste au sens orthodoxe du terme. Si vous trouvez que le capital décrit bien le système économique capitaliste mais que le marxisme y apporte les mauvaises réponses vous avez été influencés par le marxisme sans pour autant être marxiste.
Il en est de même pour ma référence au libertarianisme : Il y a influence du mouvement, pas adoption de toutes les valeurs de ce mouvement. Et il me semble avoir écrit (et donc être d’accord avec vous) que les valeurs libertariennes étaient la avant tout car elles étaient compatibles avec les dogmes primaires (recherche d’efficacité, scientisme). J’ai dit que le fait que le libertarianisme soit compatible avec ces idéaux expliquaient sa sur-représentation parmis les geeks américains.
Pour terminer sur le sujet du libertarianisme, ce n’est pas non plus parce qu’une valeur est présente dans une communauté qu’elle est respectée. Même lorsque la France était un pays catholique, il y avait nombre de gens qui commétaient des péchés. En fait, la majorité ne se comportait pas bien si l’on s’en référe aux saintes écritures. Pourtant, la culture de ces gens étaient catholique. Mais être d’une culture ne vous oblige pas à obéir à tout. Cela façonne juste votre façon de penser.
Concernant le coté sceptique vis à vis des directions à hiérarchie non technique je suis d’accord avec vous. Elles sont vues comme source d’inefficacité et planque à incompétents.
"Au passage, être respecté par la communauté geek ne fait pas de celui
qui l’est un geek. Tolkien, technophobe assumé, est par exemple très
apprécié dans cette communauté, alors qu’il n’ai pas vraiment geek lui
même."
Tolkien n’était pas vraiment technophobe, il mettait en garde contre des technologies qui pourraient nous rendre esclaves. Il est plus à rapprocher d’un Neil Postman que d’un Jacques Ellul par exemple.
Or, si les geeks sont volontiers scientistes et technophilles vous les verrez souvent réagir lorsque l’on parle d’utilisation de la technologie à but policier. Ils comprennent mieux que quiquonque le potentiel de la technologie et savent que sa mauvaise utilisation peut être mauvaise y compris pour eux. Même si il y a un coté défi : « Le gouvernement peut bien déployer ceci, on le cassera », je ne vois jamais des hourras d’applaudissement lorsque la NSA, Facebook ou je ne sais quel organisme déploie des technologies de fichage. De même Apple n’est pas aimé car il verrouille ses appareils via des dispositifs technologiques. De même pour les DRM, etc,etc, ...
En ce sens, le focus sur la liberté est d’ailleurs le vrai garde fou et régulateur de la culture geek. Le coté scientiste poussé à l’extréme engendrerait une auto-destruction du système. A l’inverse, ce focus sur la liberté vient contrebalancer certains excés de la technologie.
Cela permet également de rendre la culture geek plus forte en alliant des gens de l’ancienne société à la cause. Si des gens comme Eben Molgen ou Lawrence Lessig n’avaient pas d’une certaine façon rejoint ce mouvement culturel, sa soutenabilité aurait été largement plus limitée. Le logiciel libre n’existe que parce qu’une licence permet de le défendre. Cette licence existe dans le framework de l’ancien monde, à l’intérieur du droitEE d’auteur et c’est ce qui fait sa force.
Pour terminer, n’oubliez jamais qu’une culture finit toujours par dépasser ses créateurs d’origines. Je ne suis pas sur que Jesus ait envisionné le Vatican quand il est venu sur terre ;) D’ailleurs, il n’aurait peut être pas aimé. Une fois que le message initial est lançé, d’autres gens vont adopter cette culture, la rejoindre et la faire évoluer. Pour ce qui est de la culture geek ceci est déja largement commençé. Et c’est ce qui va lui permettre de perdurer dans le temps.