Cher Monsieur Degué,
Je crois que vous n’avez pas vraiment appréhendé la portée
des travaux entre autre développés par l’équipe de S Yamanaka.
Au delà de l’exploit technique et
méthodologique que vous reconnaissez bien volontiers, le développement de cellules
non différenciées à partir de fibroblastes, puis amenées à se redifférencier en
d’autres types cellulaires, a nécessité l’acquisition de nombreuses données en
recherches fondamentales et la compréhension des mécanismes sous-jacent à ces
dé-différentiation/re-différentiation.
Quant aux implications, elles
sont particulièrement importantes au niveau fondamentale et risquent de changer
grandement notre approche de la recherche bio-médicale et à plus long terme notre
façon d’être soigné (car nous parlons bien là du principe encore un peu flou
mais visionnaire de la médecine personnalisée).
Au niveau fondamental, nous
allons pouvoir disséquer puis reconstruire par approche systémique, les étapes
qui font que chacune de nos cellules présente tant de caractéristiques
différentes alors qu’à la base, elles ont presque tout en commun. C’est un
domaine qui va s’avérer être passionnant.
Au niveau de la recherche
bio-médicale, l’accès en culture cellulaire à des cellules neuronales ou autres
(jusqu’ici inaccessible) de patients souffrant de pathologie va nous permettre
là-aussi d’observer de façon plus réelle, moins biaisée (par rapport à un
modèle de souris par exemple ou à l’utilisation de lignées humaines
cancéreuses), la réalité du développement pathologique. Cela a déjà commencé
pour l’étude de maladies monogéniques, le modèle étant plus
« simple » dans ce cas mais ces approches vont être très rapidement
étendues à des pathologies multifactorielles complexes. Là aussi, ces cellules
souches vont s’avérer être des outils particulièrement puissants.
Au niveau pharmacologique, ces
outils vont là-aussi permettre le criblage de molécules d’intérêt sur des
cellules provenant directement de personnes ayant développées la pathologie
ciblée par ces molécules. Les conséquences sur la pertinence des molécules
finalement sélectionnés sur ce type de modèles, sont assez évidentes en terme
d’efficacité et de temps de développement.
A plus long terme, ces cellules
pourront être utilisées pour se réparer soi-même. Ce n’est pas de la
science-fiction mais de l’anticipation. Nous en sommes juste au début mais peu
à peu nous maîtriserons de mieux en mieux ces outils et seront capables de
gérer les risques. Lorsque le coût bénéfice/risque sera acceptable, il est
probable que des traitements seront développés en particulier pour les maladies
dégénératives. En effet, il n’y aura dans ce cas, aucun risque de rejet puisque
les cellules proviendront de soi.
Et pour finir sur une
considération éthique, en effet, le fait de ne plus avoir à travailler sur des
cellules embryonnaires permettra d’éviter un débat compliqué où tout point de
vue peut être finalement raisonnablement accepté ou en tout cas entendu.
cordialement
jean-charles