« Le couple n’est pas une entité juridique »
... mais le mariage est une institution. Il donne au couple une forme juridique particulière, qui permet notamment au créancier d’un des époux de saisir les biens communs. C’est bien de cela qu’on parle. Du reste, on parle bien d’une institution née à une époque où la femme, éternelle mineure était sous tutelle de son époux. Il n’y avait pas besoin de déclarer que le couple était une entité juridique pour qu’il le soit, en fait et en droit, puisque l’époux, sous réserve de gérer le patrimoine « en bon père de famille », incarnait seul cette entité juridique.
Par bonheur, les choses évoluent. Il ne tient qu"à nous que cette évolution se poursuive.
« seuls les
individus comptent. Le droit des couples n’existe pas, même unis par le
mariage : il s’agit toujours des droits des individus, qui ont des
devoirs l’un envers l’autre. »
... et à l’égard des tiers, ne les oublions pas ! Pourquoi croyez vous que le mariage soit une cérémonie obligatoirement publique et que des bans soient publiés, si ce n’est pour produire des effets juridiques à l’égard des tiers ?
Les individus comptent, certes, mais dans leur interaction. L’interaction conventionnelle entre les membres du mariage importe moins que l’opposabilité, c’est à dire les droits et devoirs que ça fait naître vis à vis des tiers. Si le mariage n’était qu’une affaire de consentement et d’obligation réciproque entre deux personnes, le débat n’aurait pas lieu : le mariage ne serait qu’une affaire privé, juste un contrat synallagmatique entre deux personnes. Il n’y aurait aucun enjeu à ce que l’État y mêle son grain de sel. Vous ne pourriez même pas justifier votre propre indignation si vous n’intégriez pas cette dimension collective.
« Pouvez-vous me dire pourquoi les partenaires en mariage seraient, si l’on me suit, interchangeables ? »
Assez facilement, il me semble : personne ne souhaite le mariage pour le seul plaisir de la cérémonie, des belles robes, de la fête et tout. Se marier n’est forcément pas un but en soi. Du moins, je l’espère pour les futurs époux. Si l’on prend la décision de se marier, c’est en considération d’une personne avec laquelle on souhaite faire sa vie, cohabiter, partager des activités communes, des responsabilités, des charges, des devoirs, des plaisirs, un patrimoine, un nom, une descendance - fût-elle adoptée -, etc.
Quand vous osez prétendre que « le mariage tel qu’il est défini actuellement -un homme avec une femme-
(...) est déjà pour tous, c’est
à dire que n’importe quel homme consentant peut se marier avec
n’importe quelle femme consentante, et vice versa », que dites vous d’autre que de répliquer à un(e) homosexuel(le) qui veux se marier avec la personne - de même sexe -, de son choix, que, Ok, il n’y a pas de problème pour peu que ce soit avec une autre personne !
Que signifiez-vous d’autre que votre mépris du choix et du consentement réciproque, acquis par définition, en imposant d’y substituer n’importe quel autre partenaire, pour peu que la conformation de son entre-jambes satisfasse vos propres critères étroits ? Je vous entends bien quand vous dites que cela doit se passer entre personnes consentantes de sexe opposé. Vous vous dédouanez à bon compte de vos préjugés, puisque vous savez très bien que le coût de ce consentement est intenable dès lors qu’il signifie un renoncement à ses choix premiers, à ses inclinations et à ses affinités électives.
Oui, je maintiens que le corolaire de votre affirmation est non seulement une interchangeabilité inacceptable des partenaires, mais aussi l’intrusion des pouvoirs publics dans la vérification du contenu des culottes, à un endroit de l’anatomie des citoyens qu’ils peuvent justement considérer comme relevant de leur seule vie privée et non de la sphère publique.
Bien à vous,
L’Ankoù