D’une part, par mon exemple
de la fusée « propulsée par l’énergie divine », j’ai voulu vous montrer
les limites de la méthode qui consiste à charger la charrette du possible par
tout ce dont on ne peut prouver l’impossibilité. Oui, certes, on peut
toujours dire que c’est « possible » dans le champs des infinies
possibilités ; mais à quoi cela sert-il en termes d’ingénierie si cela
n’est pas effectivement réalisable ?
Sauf que votre exemple ne tient pas : puisque les recherches sur la
conscience (artificielle ou non), l’I.A, la robotique, et le reste du registre
NBIC (Nano, Info, Bio, Cognitive Science) ou des technologies émergentes
relèvent de l’ACTUALITE et non d’une charrette du possible surchargée. Donc votre
exemple de fusées à théopropulsion n’a absolument aucune pertinence : du moment
que j’évoque non pas le champ infini des possibles, mais des possibles
(développement) envisagés ACTUELLEMENT.
D’autre part, concernant le
fait que la conscience n’est pas un mécanisme, il ne s’agit pas d’une
proposition de ma part mais plus exactement d’un témoignage, et il ne prétend
pas se situer dans le domaine de la science.
Ce qui est intéressant ici est que vous semblez supposer que pour moi la
conscience est définitivement « mécanique » alors que je ne cesse de
répéter que sur la plupart de ces sujets, je suis AGNOSTIQUE : d’où mon
insistance à répéter que je ne fais qu’envisager telle ou telle possibilité,
non pas par frénésie spéculative qui me verrait surcharger votre fameuse
charrette mais du simple fait que ce sont des sujets CONTEMPORAINS.
Que peut d’ailleurs exprimer
la science à propos de la conscience sinon la fameuse ruine de l’âme ?
Pour l’instant ce qu’elle peut nous en dire est certes limitée : et s’il
s’avère que la science est incapable de produire des formes de conscience
artificielle ou reproduire/sauvegarde la conscience humaine, et bien j’imagine
que le débat ici sera clos quant à ce que la science peut nous apprendre sur la
conscience, et quant à la pertinence des thèses matérialistes.
Il suffit d’écouter ce
pauvre conférencier mis en lien plus haut pour se rendre compte du ridicule de
l’entreprise qui consiste à tenter de donner une définition scientifique de la
conscience en la réduisant à ses propriétés connues.
Et bien disons que c’est une base de départ que de définir ce qu’elle n’est
pas ou qu’elles sont les propriétés que nous lui connaissons avant d’envisager
plus avant : c’est un peu le minimum et le boulot de la Science non ?
Notre propre conscience
suffit à nous faire comprendre aisément - si l’on éprouve vraiment ce que l’on
dit en conscience - qu’un homme qui se comporterait
« automatiquement » ne se comporterait pas « en
conscience ». Si mon interlocuteur ne comprend pas cela, je suis
fondé à supposer qu’il n’est pas une conscience mais un automate.
Cela tourne vraiment en rond : du moment que la nature de la conscience
n’est pas connue (et je ne dis pas que nous y aboutirons), établir le distingo
entre « automatiquement » et "en
conscience" est une thèse parmi d’autres concernant ce sujet qui
fondamentalement reste de savoir quelle est la relation entre corps-esprit, si
la conscience est un sous- produit évolutif (sorte d’hypertrophie cognitive),
ou si elle relève d’une toute autre nature…etc…etc…etc…BREF un sacré paquet de
questions que l’Homme se pose depuis pas mal de temps déjà MAIS que les développements
scientifiques en cours nous permettront soit a) de résoudre à plus ou moins court-moyen-long
terme ou b) de considérer comme inaccessible à la Raison humaine.
Quant à ma nature…well, vous n’obtiendrez aucune réponse de ma part : je ne
vais tout de même pas me griller : par contre, s’il s’avérait qu’effectivement
j’étais un automate, vous auriez la démonstration que la distance entre
l’artificiel et le vivant n’est pas si énorme que cela. Sinon, il y a une autre
option que vous n’avez pas envisager : à savoir que je sois un "zombie
philosophique" (p-zombie) est que tout en étant similaire en tout point à
un autre humain, je suis par contre dépourvu de conscience : à nouveau, toutes
ces possibilités suffisent à montrer que les définitions de vie, conscience,
réalité sont loin d’avoir être trouvées.
C’est précisément faire preuve de rigueur
scientifique que de ne pas prétendre traiter comme un objet scientifique ce qui
par sa nature propre et sa définition même ne peut l’être. L’attitude
inverse conduit à un exercice de pata-science.
Nope…sans aucun
doute la « nature propre » de votre expérience consciente/subjective n’a
pas être traitée scientifiquement mais étudier la nature de la conscience
humaine (ses mécanismes, causes, nature, etc…) relève pleinement du domaine de
la Science : même si cela aboutit à conclure qu’il est scientifiquement
impossible d’envisager la conscience. Vous êtes somme toute amusant : quelque
soit votre opinion, l’essentiel des philosophes, scientifiques, etc… de
l’histoire de l’Humanité se sont penchés sur cette fameuse
« conscience » à un moment ou l’autre : j’imagine qu’ils étaient tous
des pata-scientifiques ou des pata-sophistes ?
Quant à ma définition de la conscience,
ce n’est pas la mienne, c’est celle de tous les francophones, elle est présente
dans les dictionnaires et sur Wikipedia. Et cela au moins depuis 1877. Dictionnaire
de l’académie française - Septième édition (1877)
Pour toute definition
de la conscience, on précisera le caractère polysémique du mot « conscience » (ce qui dans les faits revient à reconnaitre que nous sommes incapable de la définir véritablement) : à
partir de là vous pouvez effectivement réduire ces différentes acceptions ou
définitions comme bon vous en semble, et en fonction de vos opinions du moment :
pour autant la nature même de la conscience demeure un mystère : quelque soit
les définitions que vous, moi ou d’autres lui attribueraient.
Et voici la citation d’un homme de conscience pour
souhaiter la nuit belle à tous :
« Rien de plus
misérable que l’homme qui tourne autour de tout, qui scrute, comme on
dit, « les profondeurs de la terre », qui cherche à deviner
ce qui se passe dans les âmes d’autrui, et qui ne sent pas qu’il lui suffit
d’être en face du seul génie qui réside en lui, et de l’honorer d’un culte
sincère. » Marc Aurèle, Pensées pour moi-même.
Well, il y a un
seul livre qui ne me quitte jamais (j’en ai plusieurs dizaines d’exemplaires,
en plusieurs langues) ce sont les Pensées de ce bon vieux Marco. Par contre, si ici il s’agit d’une considération philosophique, on ne peut plus juste et sage…à nouveau, nul besoin d’invoquer la volonté d’aller fouiller dans l’âme d’autrui : tenter
de découvrir , appréhender le mystère de l’expérience humaine, aussi vain soit-il ou
parait-il, est PAR NATURE dans NOTRE nature… que vous soyez bonze, chercheur, shaman, empereur ou lambda...