@ JL,
Je comprends votre réticence d’une définition de l’empathie qualifiée comme « neutre ». Là encore, ce seul mot peut prendre plusieurs sens et il ne signifie pas ici la même chose pour vous que pour moi. Il faut prendre ici le mot « neutre » dans le sens du Tao (la voie du milieu).
On comprend justement que l’empathie n’est pas qu’une simple faculté parmi d’autre lorsque l’on intègre sa dimension « multipolaire ». Elle fait entrer en jeu l’ensemble de nos processus de pensée, qui se décompose il est vrai en deux pôles (le cognitif et l’affectif) et en quatre facteurs qui sont l’attention, l’évaluation ou la représentation, la mémoire et l’humeur (grosso-modo ce que Jean DECETY désigne plus scientifiquement par : perceptifs, cognitifs, mnésiques et motivationnels). Vous noterez que dans ces descriptions, il y a un mot (cognitif) qui désigne tout à la fois l’ensemble et le sous-ensemble : c’est le problème de certains termes polysémiques en psychologie qui créent quelques confusions. Le contexte est à prendre ici en compte. Opposé à l’affectif, le cognitif les processus d’acquisition de la connaissance par le raisonnement. En tant que « facteur » comme dans l’exemple ci-dessus, il désigne nos facultés d’évaluation d’une information donnée.
Je suis parfaitement d’accord avec votre exemple de l’empathie du nazi qui dans le cas que vous citez à pu trouver ce que j’appelle « l’interrupteur » à empathie. Cela a parfaitement bien été décrit et étudié par Françoise SIRONI qui en parle dans son article rédigé pour l’ouvrage collectif « L’empathie » paru en 2004. Françoise SIRONI est mondialement reconnu pour ses travaux de recherche et de prise en charge des victimes de tortures et d’atrocités de guerre (khmers rouges, Ex-URSS, ex-ROUMANIE, etc.). Elle prend aussi en charge les auteurs de ses tortures qui sous ces dictatures ont commis des actes d’une cruauté indéfinissable sur autrui. Son éclairage est extrêmement important pour comprendre le processus de désempathie.
"Pour moi, qu’il y ait deux ou plusieurs formes d’empathie (je lirai
votre lien plus tard), je crois qu’il faut les mesurer comme on mesure
l’acuité visuelle, ou auditive, et toutes les grandeurs physiques : sur
une échelle de valeurs positives (les entiers naturels).«
Si j’ai bien compris votre position vous mesurez les choses sur une échelles de 0 à 100 %, par exemple ?
Si tel est le cas, c’est un cadre de référence bien élaboré, mais je n’ai pas le même. Plutôt devrais-je dire que j’ai abandonné ce cadre-là pour un autre que je trouve plus pertinent. Pour reprendre l’exemple des pourcentages, mon évaluation se situe désormais entre - 100 % et + 100 % en passant pas le zéro qui ici ne signifie pas »nul« , mais être en équilibre sur deux versants opposés. Par ailleurs, »mesurer l’empathie comme on mesure
l’acuité visuelle, ou auditive« est une erreur, car l’empathie utilise tous les canaux par lesquels nous communiquons, qu’ils soient verbaux ou non-verbaux (voire même écrit si c’est le seul moyen d’entrer en contact avec autrui). Elle est ainsi bien plus complexe qu’un simple sens.
Partant de là et par rapport au transfert (ou au contre-transfert) qu’utilisent les psychanalystes, il me semble évident que l’empathie y interfère bien plus que ce qu’ils voudraient bien l’admettre, mais bon... certains courants psychanalytiques ont une bien piètre opinion de cette faculté humaine.
»Je crois qu’on ne peut pas parler
d’empathie sans parler des projections.«
Oui ! Et vous avez entièrement raison, mais selon mon concept cela va même plus loin : si vous êtes sur le versant - 100 % - 0 ou sur celui 0 + 100 %, vous projetez plus ou moins négativement ou positivement selon où vous vous situez. Mais si vous êtes sur le juste équilibre (le »zéro« , à prendre ici selon le concept bouddhiste très difficile à »symboliser« de »vacuité« ), vous n’êtes plus dans la projection et votre vision s’en trouve décuplée. Exactement comme l’enseigne la philosophie bouddhiste (considéré comme la plus veille psychologie du monde, cf. les entretiens du »Mind and Life Institute« organisés régulièrement entre les plus grands scientifiques au monde et le Dalaï Lama, leurs échanges sont passionnants et ont donné lieu à de nombreuses recherches ouvrant des perspectives inimaginable il y a peu de temps encore).
Ce que vous traduisait là est un problème de prise d’information, nous vivons dans une société où les prémisses aristotéliciens d’identité, de non contradictoire et de tiers exclues, dominent notre étude du monde. Tous les précurseurs pointent les erreurs de cette approche qui ne permet plus de rendre compte de la complexité du monde dans lequel nous vivons. Pour changer ce monde, nous devons d’abord changer notre grille de lecture et adopter celle qu’à proposé Alfred KORZYBSKI : »la carte n’est pas le territoire« , »le mot n’est pas la chose qu’il représente« , le mot »chien" ne mort pas, etc.