@ emmanuel muller,
Je ne réponds pas sur le début de
votre commentaire sur lequel nous nous comprenons.
Vous dîtes : « Mais a
l’instar de la physique newtonienne, les propos de Pascal ont une limite dans l’avancé
qu’il propose, il ignore la notion d’émergence, cette chose qui fait que la
somme des parties, passé un certain niveau de complexité, diffère du tout. Ce
qui est génial c’est que les deux flèches de sa phrase pointent vers cette
marche méconnue alors, et prendre le problème par les deux bouts prouve qu’il
devine cette marche. »
Je n’ai cité Pascal uniquement
parce que sa définition m’apparaissait la plus simple qui soit pour « imager »
ma position. Mais pour ce qui est de la notion d’émergence, Edgar MORIN la
développe très bien dans ses ouvrages sur la méthode.
Ainsi : « La
notion d’émergence émerge à peine. Et déjà nous en sentons la nécessité
polyvalente. Elle nous permet de mieux comprendre le sens profond de la
proposition selon laquelle le tout est plus que la somme des parties. Encore qu’organisation
et globalité puissent être aussi considérées comme des émergences, on comprend
maintenant que ce plus, ce n’est pas seulement l’organisation et globalité, c’est
aussi l’émergence que fait fleurir la globalité. L’émergence nous ouvre une
nouvelle intelligence du monde phénoménal ; elle nous propose un fil
conducteur à travers les arborescences de la matière organisée. En même temps,
elle nous pose problème ; il nous faut la situer de façon complexe dans
les relations entre tout et parties, entre structuralité (super,
infra-structure) et phénoménalité, ce qui nous impose d’allez plus loin dans la
théorie du système… »
Puis, il rajoute plus loin (et
il me semble que c’est peut-être ici que pourrait se situer nos divergences) :
« Dès que l’on conçoit le système, l’idée d’unité globale s’impose à tel
point qu’elle aveugle, ce qui fait qu’à l’aveuglement réductionniste (qui ne
voit que des éléments constitutifs) succède un aveuglement « holiste »
(qui ne voit que le tout). Aussi, s’il a été très rarement formulé la
proposition contraire : le tout est moins que la somme des parties. Et on
n’a nullement songé, à ma connaissance, à lier les deux propositions… Le tout
est moins que la somme des parties : cela signifie que des qualités, des
propriétés attachées aux parties considérées isolement, disparaissent au sein
du système. Une telle idée est rarement reconnue. Pourtant, elle est déductible
de l’idée d’organisation, et se laisse concevoir beaucoup plus logiquement que
l’émergence. Ashby avait noté que la présence d’une organisation entre
variables est équivalente à l’existence de contraintes sur la production des
possibilités (Ashby, 1962). On peut généraliser cette proposition et considérer
que toute relation organisationnelle exerce cette proposition et considérer que
toute relation organisationnelle exerce des restrictions ou contraintes sur les
éléments ou parties qui lui sont – le mot est bon – soumis… Il y a
toujours, et dans tout système, et même chez ceux qui y suscitent des
émergences, des contraintes sur les parties, qui imposent restriction et
servitudes. Ces contraintes, restrictions, servitudes leur font perdre ou leur
inhibent des qualités ou propriétés. Le tout est donc, dans ce sens, moins que
la somme des partis… Etc, etc. »
Si je me suis permis de recopier
ces longs passages, c’est pour essayer de préciser ce point : le tout est
moins que la somme des parties, car selon moi, dans la mesure où la « pensée
perverse » comme décrite dans mon second article est disjonctive, elle participe
à cette « dégénérescence » (dégradation, décadence, déchéance, déclin,
etc. ???). Et c’est là, il me semble, où cette théorie puise tout son
intérêt.
Vous dîtes : « Il a été établi,
par Wiener avec la cybernétique et par d’autre, un mode scientifique pour
aborder le complexe par le tout. La boite noire, c’est a dire le refus de
traiter le fonctionnement interne, en est la base. Ce n’est pas un hasard, mais
une nécessité. »
Je ne connais le concept d’émergence
et la cybernétique qu’au travers des écrits d’Edgar MORIN, je ne suis donc pas
à même d’en juger. Je pense que le texte reproduit ci-dessus et mes explications
qui suivent apportent quelques précisions.
Vous dîtes : « Alors
forcément tout est lié, mais pour aborder et le sujet de l’information
circulante dans des environnements suffisamment complexe pour qu’il y ait
émergence, il est nécessaire de se plier au cadre défini pour prétendre a un
apport scientifique. Ce n’est pas qu’il soit incompétent ou qu’il ait tord,
c’est juste qu’il manque un travail traitant exclusivement de l’information
circulante dans un tel contexte pour que ces travaux soient légitimes, scientifiquement
déboulonnable que par une démonstration du contraire. »
Justement, la théorie de RACAMIER
traite bien de cette information circulante dans le contexte des familles. Et
ce qui la rend particulièrement « lumineuse », c’est que l’ensemble
de ses concepts (il a écrit un « Cortège conceptuel » véritable petit
dictionnaire de néologismes personnels) est transposable des familles aux
groupes et aux institutions.
Voilà pour quelques précisions
supplémentaires pour mieux vous situer cette problématique.