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Commentaire de Roungalashinga

sur Mariage Pour Tous : Une victoire de la démocratie ?


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Rounga Roungalashinga 24 avril 2013 14:21

L’analyse de COLRE me semble contraire à la réalité. En effet, si des gens ont manifesté contre le mariage homo, c’est, en partie, parce que pour eux la sexualité, et partant l’orientation sexuelle est de l’ordre du privé. Un citoyen qui a une tendance homosexuelle n’est pas un citoyen homo, c’est un citoyen, point final. Jusqu’à maintenant, la loi ne mentionnait jamais l’orientation sexuelle, ce qui fait que les hétéros et les homos ont exactement les mêmes droits. Si le mariage était jusqu’à maintenant défini comme l’union d’un homme et d’une femme, c’est parce qu’il est une création anthropologique censé encadrer la reproduction et la filiation, et que pour faire un enfant, il y a toujours besoin d’un homme et d’une femme. Ainsi, le mariage n’était pas juridiquement défini comme une officialisation de l’amour (mais rien n’empêche les contractants de lui donner cette signification-là), et par conséquent il ne rendait pas public une orientation sexuelle particulière. Beaucoup d’homosexuels se mariaient et avaient des rapports extraconjugaux avec des personnes du même sexe, et d’autres restaient célibataire, le secret de la vie privée était conservé. Mais le mariage pour tous s’est fait au nom de la reconnaissance de l’amour des homosexuels et de l’égalité des droits. Si le second prétexte est fumeux, comme je l’ai déjà montré, le premier implique clairement que l’Etat est là pour valider une relation amoureuse. Nous avons donc à présent un mariage qui peut se faire selon deux modalités : soit avec une personne du même sexe, soit avec une personne de l’autre sexe. Cela implique donc que l’orientation sexuelle est officialisée par le nouveau mariage. Si vous contractez un mariage, l’Etat sait maintenant si vous êtes homo ou hétéro, puisque vous avez choisi la modalité de celui-ci en fonction de votre orientation, alors qu’auparavant l’hypocrisie bourgeoise qui sous-tendait cette institution impliquait qu’on pouvait avoir une orientation différente de celle affichée par son statut d’individu marié. A présent, quand vous remplirez un formulaire dans l’administration, en indiquant le nom de votre conjoint, vous direz automatiquement à celui qui lira le fichier de quel bord vous êtes, alors qu’il ne veut sûrement pas le savoir.

Au contraire, chez les jeunes, la tendance à vouloir réduire son identité à ses goûts, ses orientations, ses tendances, qu’ils soient sexuels, politiques ou musicaux, et à les afficher, est beaucoup plus marquée. Les jeunes générations considèrent qu’il est positif de « s’affirmer » de la sorte, et émettent donc des signaux (par l’habillement, la coiffure, les tatouages, voire même des inscriptions sur les sacs à dos) pour exprimer dans l’espace public leur appartenance à tel ou tel mouvance. Les jeunes, moins sûrs d’eux et plus vulnérables sur le plan émotionnel que les adultes mûrs, trouvent réconfortant de trouver dans le regard d’autrui une acceptation sans réserve de l’identité qu’ils arborent*. D’où la valorisation du « coming-out », soit la révélation de son identité sexuelle à son entourage, identité qui fait donc partie intégrante de l’identité d’une personne, et qui se doit donc d’être sue, même par les gens qui n’en ont rien à foutre. D’où, également, la revendication de la reconnaissance de toutes les différences, dont le mariage homo, censé être la validation ultime, puisqu’émanant de l’Etat, d’une composante déterminante de l’identité des personnes.

Il semble donc que l’analyse de Dounia Bouzar manque de subtilité : ce n’est pas que les vieux ne voient chez l’homosexuel que l’homosexuel, c’est plutôt qu’ils sont gênés qu’une chose faisant partie de l’intimité soit affichée publiquement, et qu’ils focalisent plus dessus que les jeunes pour qui cela fait partie du domaine public. Les appartenances déterminantes pour les vieux sont plutôt les appartenances liées aux traditions patriarcales : la nationalité, la religion, la classe sociale, et non pas les goûts musicaux, l’orientation sexuelle, ou l’appartenance à une ethnie exotique. Ce sont donc les jeunes, et non les vieux, qui réifient l’orientation sexuelle. Si on veut faire le parallèle parfait avec les vieux gênés par l’homosexualité, on pourrait prendre l’exemple d’un jeune qui, dans son groupe, affirmerait son catholicisme (c’est-à-dire le fait de croire en la résurrection et tout, pas l’appartenance, de fait, à un pays de culture catholique). La gêne occasionnée est la même dans les deux cas.


*On ne dira rien, ici, de la manière dont le marché tire parti de cette faille typique de la jeunesse


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