On nage en
pleine confusion. L’espérance de vie est une probabilité, pas facile à
manipuler pour éclairer un débat, une réalité. Pour en sortir, on pourrait
revenir aux chiffres, aux valeurs absolues. On pourrait prendre une année de
naissance, 1945 par exemple, et compter le nombre de personnes encore en vie en
2005, 2006, …, 2013 (à 68 ans). On constaterait immédiatement que l’espérance
de vie à la naissance des gens nés en 1945, soit un peu plus de 60 ans, n’a rien à voir avec la réalité de cette
classe d’âge qui vit en moyenne beaucoup plus de 60 ans. Puis en utilisant les
probabilités (on ne peut pas s’en passer totalement), on peut compter le nombre de personnes nées en 1945 qui seront
encore en vie en 2014, 2015, 2016, 2017 … A partir de ce « tableau de
vie » de la classe d’âge 1945 (nombre de survivants chaque année), on peut
calculer facilement le nombre d’annuités
retraite qu’il faudra payer aux personnes nées en 1945. On peut établir ce même
tableau pour la classe d’âge 1995, soit 50 ans plus jeune, en utilisant cette
fois les probabilités et les données déjà connues pour cette classe d’âge
(mortalité à la naissance, pendant l’enfance et l’adolescence …). Et ainsi
calculer le nombre d’annuités retraite qu’il faudra servir à cette classe d’âge.
En comparant les deux résultats, en termes de nombre d’annuités retraite à
servir pour 1000 personnes de ces deux classes d’âge (1945-1995), on pourra
mesurer précisément l’effet sur les retraites de l’allongement de la durée de
vie (en considérant un départ général en retraite à 60 ans pour simplifier). C’est-à-dire
établir qu’un allongement de l’espérance de vie à la naissance de 10 ans se
traduit par X années de retraites supplémentaires à payer, et estimer ainsi l’impact
de cet allongement de 10 ans sur le fameux rapport actifs/retraités. L’auteur
de l’article semble affirmer que X serait très inférieur à 10. Mais il ne l’a
pas démontré rigoureusement. Ensuite, on pourra aussi mesurer l’effet de la variation
du nombre de naissances par classe d’âge sur le nombre d’annuités retraite à payer
et sur le rapport actifs/retraités (1945 : baby boom). Et comprendre enfin
pourquoi le ratio actifs/retraités diminue et diminuera encore dans des
proportions aussi énormes, dramatiques, car c’est là tout le problème de la
retraite par répartition. En un mot, je suggère à l’auteur de l’article de
refaire un article en suivant la démarche ci-dessus. Aucun des journalistes de
la grande presse n’a effectué une telle démarche, ils en sont bien incapables.
Mais pourquoi pas sur Agoravox ?