Pour vous répondre, je n’ai qu’a citer le texte que vous avez mis en lien
"
Le conspirationnisme, en inventant des
causes fantaisistes à des événements bien réels, obscurcit en fait les
véritables mécanismes du marché, du capitalisme et de la globalisation,
qui, pour révoltants qu’ils soient, sont tout ce qu’il y a de plus
logique. Comme si les conspirationnistes ne pouvaient pas admettre que
le capitalisme est en soi un système pervers, et qu’ils avaient besoin
d’en faire porter la responsabilité à des groupes occultes. Un exemple ?
Le groupe Bilderberg. Celui-ci existe réellement. C’est un séminaire
qui rassemble une fois par an la crème des classes dirigeantes
occidentales pour des conférences et des pourparlers divers. C’est
typiquement une institution qui, par sa seule existence, nous en apprend
sur le caractère de classe et non démocratique du système capitaliste.
Mais sa confidentialité suscite la curiosité. Les conspirationnistes lui
attribuent du coup des pouvoirs démesurés et maléfiques. Le sommet de
Davos est de même nature : c’est un lieu où un grand patron se doit
d’être vu pour prouver qu’il compte ; idem pour un politicien.
D’ailleurs, il n’est nullement besoin de Bilderberg ou de Davos pour que
les milieux des affaires, politique et médiatique se fréquentent. Les
réseaux de sociabilité et de reproduction de la bourgeoisie suffisent
amplement. Tout cela ne relève pas du complot, mais d’une connivence de
classe établie. Des sociologues l’étudient. Il suffit même de lire Point
de vue pour le constater : capitaines d’industrie, politiciens,
aristocrates et stars de la télévision se fréquentent et marient leurs
enfants ensemble. Vous voulez un groupe plus influent en France que les
francs-maçons et les illuminatis réunis, sans complot ni société secrète
? Ça s’appelle le Medef, l’UMP et le PS…
Un nouveau « socialisme des imbéciles »
Pour l’extrême gauche, le
conspirationnisme pose problème, comme l’antisémitisme a posé problème
au socialisme du XIXe siècle. L’aversion populaire pour l’image du «
banquier juif » avait bénéficié d’une certaine complaisance chez les
socialistes et les anarchistes, qui, bien que n’en étant pas dupes,
pensaient que l’antisémitisme populaire pouvait alimenter l’
anticapitalisme. L’Affaire Dreyfus leur montra qu’il alimentait en fait surtout l’extrême droite. Ils s’en mordirent les doigts et déclarèrent que l’antisémitisme était en fait « le socialisme des imbéciles ». Aujourd’hui, le conspirationnisme est le nouveau « socialisme des imbéciles »,
qui sous couvert de subversion, simplifie le monde, instille de
l’irrationnel dans la pensée, discrédite la critique sociale radicale,
et au bout du compte décourage toute action collective – à quoi bon agir
en effet puisque « tout est joué d’avance » par les « maîtres occultes »
? Comme les diverses religions et superstitions, le conspirationnisme
est un ennemi, et il est temps de le dire."