Bonjour Hervé,
Merci pour ce commentaire dument argumenté.
Tu soulèves plusieurs points vraiment intéressant qui nécessiteraient de longs débats.
Grosso modo, nos points de vue reflètent à leur manière les rencontres de l’institut esprit et vie : d’un côté le point de vue scientifique tel qu’actuellement développé, de l’autre celui du bouddhisme tel que représenté par le Dalaï-Lama.
Connaissant tes positions pour avoir lu pas mal de tes articles et de tes commentaires, je me doutais bien que tu n’approuverais pas l’affirmation de la phrase de mon article que tu reprends dans ton commentaire.
Bhein figures toi que je ne suis pas en désaccord avec ce que tu dis... et ce, même si je défends également le point de vue que j’ai exposé. Ayant lu pas mal d’ouvrages bouddhistes (mais pas encore Krishnamurti) et la quasi totalité des livres écrits suite aux réunions « Esprit et Vie », j’arrive à jongler entre ces deux positions (scientifique et bouddhiste).
Pour tenter d’éclaircir ce point je cite un extrait du Livre Tibétain de la Vie et de la Mort de Sogyal Rinpoché (p. 88) :
« Ce que l’on a coutume d’appeler « esprit » est généralement très estimé et fait l’objet de nombreuses discussions, cependant, il demeure incompris, ou compris de manière erronée ou partielle. Parce qu’il n’est pas compris correctement, en tant que tel, voici que naissent, en nombre incalculable, idées et affirmations philosophiques. De plus, puisque les individus ordinaires ne le comprennent pas, ils ne reconnaissent pas leur propre nature ; ils continuent donc à errer au gré des renaissances dans les six états d’existence, à l’intérieur des trois mondes, et connaissent ainsi la souffrance. En conséquence, ne pas comprendre son propre esprit est une très grave erreur. »
L’auteur tire cette citation d’un autre ouvrage dont il donne les références puis conclut :
« Comment pouvons-nous désormais renverser la situation ? C’est très simple. Notre esprit peut s’orienter de deux façons : soit vers l’intérieur, soit vers l’extérieur. »
D’où il ressort que je ne trouve pas ta prise de position erronée, tout comme la mienne ne l’ai pas non plus. La différence réside dans le chemin emprunté : extérieur ou intérieur. Dans mes articles, j’explore le chemin extérieur pris par la science, mais cela ne signifie absolument pas que je nie qu’il puisse exister une autre voie (c’est-à-dire que sur ce point là je ne prends pas fait et cause pour la science moderne).
Une autre précision importante que j’ai volontairement éludé lors de mon précédent article (peut-être à tort !?) : à la fin de sa vie L. KOHLBERG a suggéré qu’il existait un 7e stade de développement moral postconventionnel qu’il a qualifié de « mystique ». Ce terme en lui seul est suffisamment explicite indique que du point de vue de l’évolution, le développement moral peut également conduire à la découverte de ce que les bouddhistes appellent la nature de l’esprit ou la conscience pure.
Sur la question des émotions liées à la morale, en fait et toujours du point de vue majoritaire adopté par notre civilisation occidentale, c’est-à-dire celui de l’évolution, il existe bel et bien des émotions morales (cf. le tableau des émotions morales de Jonathan HAIDT présenté dans mon précédent article). Ce sont bien les « circuits imprimés » du cerveau qui gère ce type d’émotions qui sont absents ou endommagés chez les psychopathes. Pour correctement se représenter cela, il faut avoir une carte mentale de l’organisation en modules indépendants mais agissant en interrelation (d’où l’image du cerceau que j’avais choisi pour illustrer l’un de mes articles). Chaque émotion active des dizaines, voire des centaines, de modules (ou sous-systèmes) différents. C’est ce qui fait toute la complexité du fonctionnement cérébral. Si un seul de ces modules est endommagé, c’est l’émotion ou les émotions concernées qui sont dysfonctionnelles. De ce fait, il n’y a plus la capacité d’apprendre des expériences vécues produisant le type d’émotion sous tendu par la base neuronale déficiente.
Bref, cela demanderai encore de longues explications qui feront peut-être l’objet d’un autre article prochainement. 
En tout état de cause, bonne journée à toi.