Bonsoir Jean Philippe
J’avais bien compris que vous aviez des compétences en la matière.
Les expériences vécues façonnent les conditions développementales subséquentes. Ainsi, on parlera d’épigenèse probabiliste et de canalisation expérientielle pour comprendre les différentes trajectoires développementales, notamment celles menant à des troubles du comportement externalisés ou internalisés (les cas auxquels vous faites référence). Les processus liant individu et environnement sont simultanés et bi-directionnels : l’individu contribue à l’environnement et en même temps cet environnement a une incidence sur l’individu et le développement de ses capacités à agir dans cet environnement.
Ainsi, la qualité des interactions précoces, et particulièrement lors de l’attachement, ont des conséquences sur le développement biopsychologique de l’individu. Cependant, le développement n’est pas linéaire, il présente des sauts qualitatifs indéniables qui modifient la relation individu-environnement. De même, les différents environnements (contextes, systèmes) peuvent connaître des changements brutaux qui obligent à des réaménagements profonds plus ou moins acceptables et/ou accessibles selon les individus (Idée de chaos, de point de bifurcation).
Les manifestations comportementales peuvent donc différer d’un individu à l’autre même si leur origine est similaire. On parlera ainsi de facteurs de protection et de facteurs de risque pour rendre compte de cette complexité multifactorielle affectant le comportement et l’adaptation des individus. C’est par cette compréhension de ce qui caractérise l’individu, dans toute la singularité de son histoire et de sa situation présente, que l’on peut comprendre de quels leviers nous disposons pour l’aider. Comme vous le faites vous-même remarquer, l’interruption des prises médicamenteuses fait resurgir immédiatement les problématiques. La situation était donc neutralisée, mais pas désactivée, et c’est bien là le problème.
Au Québec un programme de prévention des troubles du comportement et de la violence chez l’enfant de 8 à 12 ans qui a fait ses preuves ne limite pas son intervention auprès de l’enfant, ou de ses parents, mais à l’ensemble des partenaires interactifs de l’enfant, pairs et personnels éducatifs compris et par une prise en compte des caractéristiques de leurs contextes.
J’espère que j’ai mieux expliqué les conceptions sur lesquelles je fonde mes commentaires et que, si cela ne vous convainc pas, cela vous aura au moins intéressé !!
Cordialement