Votre post est intéressant car il équilibre le point de vue
dominant sur ce site. Il ouvre le débat, qui n’existe plus dans notre presse,
car il n’y existe plus à proprement parler de vrais journalistes.
Sur le risque de guerre, je vous rejoins. Ce risque existe
néanmoins si les USA refusent le droit à l’autodétermination de la Crimée.
Comme je suis un peu superstitieux, je remarque que la crise de Cuba avait été
déclenchée par Kroutchev, la crise de Crimée étant le résultat d’une décision
de Kroutchev …
La stratégie du « soft power » consistant à investir
dans des médias d’opposition, dans des ONG bien pilotées, éventuellement dans
des groupes para-militaires, et attendre une phase de protestations/manifestations/révoltes populaires
pour intervenir est une réalité. Cela marche parfois, pas toujours. L’Ukraine,
pays pauvre se trouvant dans la phase d’évolution « Eltsin » (corruption ...), mais
avec un bon niveau d’instruction était une cible très favorable. Mme Nuland est
plutôt d’accord avec moi qu’avec vous. Les hauts cris de Hillary Clinton quand
la Russie a promulgué une loi imposant aux ONG de déclarer l’origine de leurs
fonds va dans mon sens plutôt que le vôtre.
La comparaison avec la crise chilienne porte sur l’élimination
par la force d’un responsable politique élu. Mort suspecte dans un cas, menaces
de mort et révolte armée dans le centre-ville de la capitale autour des
institutions du pouvoir dans l’autre : on est dans les deux cas assez loin des
processus démocratiques.
A propos du « fascisme », votre développement est
un peu léger, assez éloigné des faits. Des ministres du gouvernement provisoire ukrainien (Défense, Intérieur,…) sont issus ou proches de partis portant svastikas et
faisant le salut nazi. Ce n’est pas anodin.
Il est évident que la Russie joue un rôle dans la crise
ukrainienne pour toutes sortes de raisons. Mais je pense (avec Schröder et d’autres)
que la démarche de l’UE refusant d’associer la Russie à l’élaboration d’un plan
pour l’avenir du pays est une erreur criminelle, car cela ne peut conduire qu’à
l’effondrement de l’Ukraine et à sa partition. Comme ces négociations
UE/Ukraine sont à l’origine de la crise, il est logique d’en attribuer la
responsabilité première à l’UE.
Géorgie ? L’argent est le nerf de la guerre culturelle.
Bien avant l’affaire d’Ossétie, la Géorgie c’était tournée vers l’Anglais plutôt
que le Russe, de même que nous ne pratiquons pour l’essentiel que l’Anglais (et
un peu l’Espagnol), l’Allemand de notre voisin étant de plus en plus ignoré. Ayant travaillé
longtemps dans l’industrie automobile, je parlais/lisais l’Anglais chaque jour,
alors même que nos voisins allemands étaient les maîtres mondiaux de la
technologie automobile. Car la France s’est globalement tournée vers le
capitalisme financier américain, plutôt que l’industrialisme à l’allemande. On
le paye aujourd’hui. Donc rien à voir avec la « brutalité » russe, même
si elle existe par ailleurs, mais plutôt avec la force d’attraction de l’Ouest,
avec le rêve américain et la puissance du dollars qui s’imprime à volonté compte tenu de son statut de monnaie de réserve.
Vos trois derniers paragraphes sont surprenants. L’extension
de l’UE est une politique affirmée par l’UE, pilotée par les USA (arrimage des
pays de l’Est pro USA, négociations pré-adhésion avec la Turquie déjà dans l’OTAN). Non, ça ne se fait
pas tout seul, et d’ailleurs, comme contribuable, je le paye un peu de ma poche.
Quant à l’avenir des relations entre Ukraine et Russie, votre propos n’est pas
très clair. Vous semblez attribuer à la Russie la responsabilité de la crise actuelle
et de la division de l’Ukraine qui en résulterait, division qui, comme je l’ai indiqué plus haut, serait la conséquence
d’une démarche irresponsable de l’UE, consistant à éliminer la Russie d’une négociation
globale sur l’avenir de l’Ukraine, avenir qui ne peut se concevoir sans la
Russie, sauf à séparer l’Ukraine en deux parties et n’associer à l’UE que l’Ouest du pays.
Curieux aussi de prétendre que la Russie refuse d’évoluer
alors même que c’est l’un des pays au monde qui a le plus évolué ces 20
dernières années. Enfin vous semblez attribuer à la Russie « brutale »
la responsabilité de la crise actuelle en concluant que « désigner les
coupables dans toutes ces histoires, c’est clairement avoir un parti pris ».
Auriez-vous un parti pris ?