"Et s’il est vrai, hypothèse probable, qu’il puisse
exister un « génie d’un peuple » par sa langue..."
Le génie d’un peuple n’a rien à voir avec sa langue. Voyez
la Suisse, puisqu’on en est à parler de Genève. J’ai découvert l’autre jour que
son volume d’exportations par habitant est trois fois supérieur à celui de la
France. Or, on y pratique quatre langues officielles.
"...vous êtes, vous en conviendrez, le symbole de la «
bêtise d’un peuple »."
Peut-être... Moi, bonne ou mauvaise, je ne discute pas
l’opinion que les gens peuvent avoir de moi.
"Laissons la famille Ramadan de côté puisque vous
parlez au nom du peuple..."
Je ne parle pas au nom du peuple, je dis simplement que les
Genevois n’ont pas été appelés à entériner l’entrée de la famille Ramadan dans
leur clan, ils ne l’auraient certainement pas fait. Rappelons que Hani Ramadan,
dans « Le Monde » du 10 septembre 2002, a entériné le principe de la
lapidation de la femme adultère.
« Mais qui donc a parlé de peuple ? »
Vous, implicitement, en parlant de Genevois. Les Genevois
forment un peuple avec son caractère, sa mentalité, sa psychologie, comme tous
les peuples, que ce soient les Alsaciens, les Basques, les Chtimis, les
Berrichons, les Provençaux ou... les Egyptiens. Tariq Ramadan n’a rien de ce
caractère genevois, de cette mentalité genevoise, de cette psychologie genevoise.
Le fait qu’il soit musulman et qu’il s’exclue de l’environnement humain
genevois, par ses interdits alimentaires, d’une authentique et pleine convivialité,
n’arrange évidemment rien Mais sans rien ôter à ses droits de citoyen genevois
et de citoyen suisse.
D’ailleurs, si vous aviez écrit "citoyen
genevois", je ne serais pas intervenu. Mais on ne peut pas plus dire de
Tariq Ramadan, et de but en blanc, qu’il est Genevois, qu’on ne saurait parler
d’un camembert auvergnat, d’un Saint-Nectaire franc-comtois ou d’un Esbareich
normand. C’est une question de terroir...
"Et puis je vois que vous avez une drôle d’idée de la
notion n’appartenance."
Je crois, avec Gustave Le Bon, et même si cela révulse les
existentialistes qu’au "premier
rang des grandes causes déterminantes de l’histoire figurent les influences ancestrales,
c’est-à-dire l’ensemble des aptitudes que chaque être apporte en naissant. Ces
forces, nous les avons déjà signalées en étudiant leur action sur la formation
de notre personnalité morale. C’est de l’âme des morts que l’âme des vivants
est formée ; c’est en nous-mêmes et non dans les cimetières que reposent en
réalité les disparus. Chaque être venu à la lumière a derrière lui de longs
siècles d’existence et reste toujours influencé par son passé.« »Bases scientifiques d’une philosophie de
l’histoire" (1931).
« Elle a un caractère très racialiste chez vous... »
Pas du tout, le concept de race ne résiste à aucun examen
sérieux. Si vous croyez aux races et que vous étudiez les différences existant
entre les Italiens du Nord et les Italiens du Sud, vous concluez que les uns et
les autres appartiennent à deux races distinctes. Dans ce cas aussi, le génie
du peuple par la langue en prend un coup sévère.
"...comme si l’on ne pouvait pas être Genevois sans
avoir des ascendants qui remontent à Rousseau. Ne me dites pas que c’est ce que
vous croyez."
Pourquoi à Rousseau ? Pour être pleinement de quelque part,
il suffit de se sentir viscéralement de ce quelque part et de nulle part
ailleurs. Pour un intégriste musulman, c’est impossible, puisqu’il est de La
Mecque - c’est une métaphore - avant d’être de n’importe où ailleurs. Et sa loyauté va à l’Islam bien avant d’aller à son pays d’origine et a fortiori d’adoption.