"Les hommes se vengent sur les femmes et les petites filles de ne pas
avoir été respectés par leur mère."(Ibid., p.84)
" Et
dire que ce dont souffrent les femmes, ce sont elles qui l’ont engendré en
revendiquant pour elles seules l’éducation du jeune enfant, dire que les futurs
misogynes dont souffriront leurs filles, ce sont les mères qui les
préparent. "(Olivier, Christiane, Les enfants de Jocaste, p.72,
Paris, Denoël/Gonthier)
"L’accès aux traumatismes
narcissiques de la petite enfance lui est interdit par la loi qui dit qu’on
ménage les parents en culpabilisant l’enfant."(Miller, Alice, L’enfant sous
terreur, p.27, Aubier, 1986)
"Il y a ici confusion très
révélatrice de la cause avec son effet, et l’on combat comme source du mal
quelque chose que l’on a soi-même fait naître. Ce type de phénomène ne se
produit pas uniquement en pédagogie mais aussi dans les domaines de la
psychiatrie et de la criminologie. Une fois que l’on a suscité le
« mal » par la répression du vivant, tous les moyens sont
bons pour le combattre chez la victime."(Miller, Alice, C’est pour ton
bien, p.45, Aubier, 1985)
"On en est resté à l’idéalisation des parents et de leurs
exigences, qui peut aisément être transposée au Führer ou à l’idéologie
correspondante. Étant donné que les parents ont toujours raison dans ce qu’ils
exigent, ce n’est pas la peine de se casser la tête à chaque fois, pour savoir
si leur exigence ponctuelle est également juste. D’ailleurs, comment
pourrait-on en juger, où trouverait-on les critères, quand on s’est toujours
laissé dire ce qui était bien ou mal, que l’on n’a jamais eu l’occasion de
faire l’expérience de ses propres sentiments, et qu’en outre toutes les
velléités [sic] de critique que les parents ne supportaient pas présentaient un
danger mortel ? Si l’adulte n’a rien bâti qui lui soit propre, il se voit
livré pour le meilleur et pour le pire aux autorités, exactement comme le
nourrisson aux mains de ses parents ; un « non » opposé aux
détenteurs du pouvoir lui paraît à tout jamais mortellement dangereux.«
»On peut considérer que le « trait de génie » de Hitler
consista à donner aux Allemands, éduqués si tôt à la dureté, à l’obéissance et
à la répression des sentiments, les juifs comme objets de leurs projections
[voir les pages 99 et ss. concernant le mécanisme de dissociation et de projection].
Mais l’utilisation de ce mécanisme n’avait rien de nouveau. On a pu l’observer
dans la plupart des guerres de conquête, dans l’histoire des croisades, de
l’Inquisition, et même dans l’histoire la plus récente [je me risquerai ici
à dire : le génocide rwandais]. Mais
on n’a guère pris la peine de voir, jusqu’à présent, que ce que l’on nomme
l’éducation de l’enfant repose en majeure partie sur ce mécanisme et,
inversement, que l’exploitation de ce mécanisme à des fins politiques ne serait
pas possible sans ce mode d’éducation. Le trait caractéristique de ces
persécutions est qu’elles relèvent d’un domaine narcissique. C’est une partie
du moi que l’on combat, et non pas un ennemi réellement dangereux, comme par
exemple dans le cas d’un réel risque de mort.«
»Des êtres sensibles ne se laissent pas transformer du jour au
lendemain en exterminateurs. Mais dans l’application de la « solution
finale », il s’agissait d’hommes et de femmes qui ne pouvaient pas être
arrêtés par leurs propres sentiments parce qu’ils avaient été éduqués dès le
berceau à ne pas ressentir leurs propres émotions mais à vivre les désirs de
leurs parents comme les leurs propres. Enfants, ils avaient été fiers d’être
durs et de ne pas pleurer, d’accomplir « avec joie » toutes leurs
tâches, de ne pas avoir peur, autrement dit, dans le fond : de ne pas
avoir de vie intérieure.«
»Le mépris et la persécution de l’enfant dans toute sa faiblesse,
ainsi que la répression de la vie, de la créativité et de la sensibilité en lui
comme en nous-mêmes, s’étendent à de si nombreux domaines que nous ne les
remarquons presque plus. Les degrés d’intensité et les sanctions varient mais
on retrouve presque partout la tendance à éliminer le plus vite possible
l’élément infantile, autrement dit l’être faible, dépourvu et dépendant qui
nous habite, pour que se développe enfin l’être puissant, autonome et actif qui
mérite le respect. Et quand nous rencontrons ce même être faible chez nos
enfants, nous le poursuivons avec des moyens analogues à ceux que nous avons
employés pour le combattre en nous-mêmes et nous appelons cela l’éducation. (…)
"Les moyens de l’oppression du vivant sont les suivants : pièges,
mensonges, ruses, dissimulation, manipulation, intimidation, privation d’amour,
isolement, méfiance, humiliation, mépris, moquerie, honte, utilisation de la
violence jusqu’à la torture.«
»Un simple regard de mépris peut suffire à faire comprendre à
l’enfant qu’il lui est interdit de réagir naturellement à un abus. Or, s’il ne
peut vivre dans la prime enfance, les « réactions adéquates [pour lui] aux
vexations, aux humiliations et aux violences - au sens le plus large du
terme », comme par exemple par la colère, la tristesse ou les cris, il ne
pourra intégrer de telles réactions à sa personnalité, et refoulera ses
sentiments malgré l’insatisfaction du besoin de les exprimer. Cela se manifestera
à divers troubles, voire même dans les rêves, l’art (littérature, musique,
etc.), et la ferveur à défendre des idéologies politiques
dogmatiques."