@pourquoipas,
Ton interprétation des faits, croustillante à souhait, de
révélations, de fantasmes et d’hypothèses, est celle que tu veux en
faire, la réalité est bien différente.
Tout le monde avait compris qu’il y avait eu une histoire entre W et
moi, et qu’elle s’était terminée, et même que j’en suis resté amer,
d’où, d’ailleurs, l’écriture de cet article, et son ton révolté contre
les violeurs.
Mais il n’y a pas que W, il y a aussi C, gravement dépressive, au
bord du suicide, fondant irrépressiblement en larme à la vue de mes
filles, il y a aussi M, deux cancers, toxico, autodestructrice, qui
n’aime pas son second fils, car il la dégoûte, et puis trop d’autres
dans des états psychologique souvent pitoyables. W est la dernière en
date qui présentait des troubles typiques. A tel point que, voyant son
comportement, c’est moi qui ai deviné qu’elle avait été violée, elle n’a
fait que le confirmer. Ce sont donc des troubles réels, clairement
visibles de l’extérieur, au moins pour un amant. Puisque tu n’es pas
intime avec W, je comprends que tu sois passée à côté de cela, puisque
W, à cause de son traumatisme, se mure dans le silence.
Quelle que soit ma position passée ou actuelle par rapport à W, elle
n’en reste pas moins une personne blessée par un viol, qui reste isolée
avec sa douleur, à cause de l’image et du silence pudibonds de la
société concernant le viol. C’est tout le sujet de mon article. Je le
répète, oui je suis en colère, mais contre les violeurs, pas contre W, M
ou C, qui sont des victimes.
Tu peux désormais continuer à faire le choix du silence, me demander
de me taire, et reprendre la vie comme si rien n’était, laissant W
derrière son mur de silence, avec son traumatisme. Tu peux attendre
qu’elle décide elle même d’en parler. Cela fait déjà 30 ans qu’on
attend, on n’est plus à quelques années près. Tu auras alors tout le
temps de continuer à fantasmer sur mes motivations.
Tu peux aussi choisir d’aller voir W et de lui dire que, désormais,
tu sais pour son viol, et que si elle veut en parler, pour aider à la
résilience, les copines sont là pour ça. Qu’il ne faut pas rester
ruminer ça, seule dans son coin. J’ai essayé de le faire, bien
évidemment, mais pour W tout homme est un danger potentiel, donc aucun
d’entre eux ne peut convenir pour aider à une telle résilience, en
l’état actuel, même en déployant des montagnes d’amour. Mais entre
femmes, il y a peut être moyen de se comprendre, d’avoir les mots
justes, voire, hélas, de partager des expériences, et ainsi réaliser
qu’on n’est pas seule.
A toi de voir.
Cordialement