@ Bonjour PIPO,
Beaucoup de remarques et de pistes de réflexion intéressantes dans votre commentaire.
Je vais essayer d’y répondre en les énumérant une à une en commençant par la fin pour terminer par le sujet qui finalement me préoccupe bien plus que celui de la perversion narcissique. C’est-à-dire l’hypersensibilité.
Vous soulevez un point très important lorsque vous dîtes que de temps en temps quelques prises de conscience sont possibles au pervers narcissique et qu’à ces moments-là ils en souffrent. C’est très juste ! Cela arrive chez certains notamment à la suite d’une rupture sentimentale et c’est l’une des rares occasions (pet-être la seule) où il peut se rendre accessible à une prise en charge. Mais pour que celle-ci fonctionne, encore faut-il poser le bon diagnostic sur le narcissisme vulnérable dont il est atteint ce que la formation et les classifications actuelles ne permettent pas de faire.
Ce qu’il faut bien comprendre dans la théorie de la perversion narcissique, c’est justement ce mouvement dans lequel rien n’est figé. C’est une question de flux et de reflux. Un pervers narcissique qui souffre a changé de registre psychopathologique, soit il se déprime et reprend son processus de deuil interrompu par un événement traumatique (n’oublions pas que la perversion narcissique est une défense organisée destinée à lutter contre le deuil ou les conflits internes, telle est sa véritable définition), dans ce cas, il évolue vers la résolution de sa problématique ; soit il renforce ses défenses et vire en paranoïa (il gravit un échelon dans l’
échelle psychopathologique tracée par Racamier, son objet (sa proie) n’est plus objet-piédestal destiné à rehausser l’image défaillante qu’il a de lui-même, mais devient objet-dépotoir utilisé comme réceptacle de ses excrets).
Dans ce second cas, plus on grimpe les niveaux de cette échelle et plus c’est le moi du sujet qui souffre, plus on descend et plus c’est le moi des objets qui est mis à mal par un évitement de la souffrance.
Maintenant, il est fréquent de voir évoluer un individu selon deux ou trois niveaux de cette échelle. Ce qui définit la psychopathologie du sujet, c’est le type de déni qu’il opère. Ainsi, un pervers narcissique opère un déni de valeur propre, alors que le paranoïaque (le vrai et non pas le schizophrène paranoïde) dénie que son objet puisse avoir des intentions propres. Bien souvent, en cas de conflit, ces différents types de dénis se succèdent se qui fait alterner le sujet entre paranoïa et perversion narcissique. Mais la paranoïa est également une pathologie narcissique perverse, c’est pour cela que l’une et l’autre sont souvent confondues. L’utilisation de cette échelle est d’une précision clinique véritablement incroyable et permet un repérage qu’aucun autre outil n’a jusqu’à ce jour égalé. Toutefois, il est regrettable que les professionnels ne soient pas formés à ce genre de décryptage, cela leur éviterait d’innombrables erreurs.
Pas de quoi pour ma réponse à JL. Logiquement, c’est ce qu’il faudrait faire pour chacune de ses interactions disqualifiantes, mais voilà, vous l’avez compris et l’exprimez très bien, la fainéantise et la paresse, également la peur du conflit ainsi que les alliances inconscientes et le décervelage que nous subissons depuis enfance par notre éducation, etc. empêchent le développement de notre pensée critique face à des situations qui, comme vous le dîtes, sont toujours chronophage et énergivore.
Pour finir par le plus important concernant l’hypersensibilité.
Il est beaucoup question d’Alice Miller dans ces débats et justement, comme indiqué ici même dans ma réponse à Le Gaïagénaire, Alice Miller est une référence incontournable sur le sujet (dans son livre
La connaissance interdite, elle « fusille » les théories freudiennes bien plus et bien mieux que je ne l’ai fait dans mon dernier article :
« Le mystère Freud : Freud Vs Racamier où l’énigme de la perversion narcissique »).
Aussi vous trouverez matière à réflexion dans l’ouvrage qui l’a faite découvrir, Le drame de l’enfant doué.
Par la suite, j’ai beaucoup apprécié les livres de Elaine Aron Ces gens qui ont peur d’avoir peur : mieux comprendre l’hypersensibilité, Christel Petitcollin Je pense trop : comment canaliser ce mental envahissant, Saverio Tomasella Hypersensibles : trop sensibles pour être heureux ?
Question ouvrage je n’en connais pas d’autres sur le sujet.
Par contre, un chercheur incontestable dans ce domaine est à connaître absolument, mais ses travaux n’ont fait l’objet que de peu de publications en français. Il s’agit de
Kazimierz Dabrowski. Il a travaillé sur l’hyperstimulabilité et la notion de désintégration positive. Vous trouverez une très bonne présentation de ses travaux sur le site Zebra crossing.
En dernier lieu, il y faut jeter un œil du côté du concept de « nourrisson savant » développé par Ferenczi qui me semble être une problématique en lien avec celle de la perversion narcissique et de ses proies favorites. Une piste que j’explore au fil de mes lectures concernant les travaux de cet auteur, approfondis par ses successeurs (qui ne sont pas freudiens si l’on comprend le conflit qui a opposé Freud à Ferenczi). La tendance étant à l’heure actuelle (et il faut s’en réjouir) de synthétiser toutes ses théories pour en démarquer un noyau commun.