SUITE
En juillet 1951,
Frenay effectue à son tour le voyage des Etats-Unis sous les auspices du
Congrès pour la liberté de la culture – une organisation que nous retrouverons
bientôt. L’occasion de rencontrer les dirigeants du Comité et ceux de la
Fondation Ford (mais pas ceux de la CIA avec lesquels il n’entretiendra jamais
de rapports directs) pour leur faire part des besoins matériels des
fédéralistes. Message reçu ” 5 sur 5 ” par les Américains…
A cette date,
Braden ne figure plus parmi les dirigeants officiels de l’ACUE. En vertu du
principe des vases communicants, l’agent secret esthète vient en effet de
rejoindre Dulles à la CIA. Les deux hommes partagent cette idée de bon sens :
face aux communistes, ce ne sont pas les milieux conservateurs qu’il faut
convaincre, mais la gauche antistalinienne européenne, dont Frenay constitue un
des meilleurs représentants. Braden va plus loin : ” Comme l’adversaire
rassemblé au sein du Kominform, structurons-nous au plan mondial par grands
secteurs d’activité : intellectuels, jeunes, syndicalistes réformistes, gauche
modérée… “, plaide-t-il. D’accord, répond Dulles. Naît ainsi la Division des
organisations internationales de la CIA. Dirigée par Braden, cette direction
centralise, entre autres, l’aide de la Compagnie via l’ACUE aux fédéralistes
européens. En 1952, l’American Committee for United Europe finance ainsi
l’éphémère Comité d’initiative pour l’assemblée constituante européenne, dont
Spaak sera président et Frenay, le secrétaire général.
Brouillés avec la
” Fédération “, leur rivale de droite qui servait jusque-là d’intermédiaire
pour le versement des fonds CIA-ACUE par le truchement du mouvement
churchillien, les amis de Frenay sont très vite au bord de l’asphyxie. Pour
parer à l’urgence, Braden, virtuose du financement souterrain au travers de
fondations privées plus ou moins bidon, va, cette fois, mettre en place une
procédure de versements directs aux fédéralistes de gauche par des antennes
para-gouvernementales américaines. A Paris, plaque tournante des opérations de
la CIA en Europe avec Francfort, on opérera par le biais de l’Office of Special
Representative, conçu à l’origine pour servir d’interface avec la toute jeune
Communauté européenne du charbon et de l’acier (Ceca), ou de l’US Information
Service (USIS). Par la suite, un bureau ACUE proprement dit sera ouvert.
Jean Monnet : des
liens troubles avec les services américains
Comme Jean Monnet,
président de la Ceca, Frenay caresse, en cette année 1952, l’idée d’une armée
européenne, pas décisif vers l’Europe politique selon lui. L’ACUE approuve chaudement.
Prévue par le traité de Londres de mars 1952, cette Communauté européenne de
défense comprendrait – c’est le point le plus épineux -, des contingents
allemands. Reste à faire ratifier le traité par les parlements nationaux.
Frenay s’engage avec enthousiasme dans ce nouveau combat. Pour se heurter, une
fois encore, à de Gaulle, qui refuse la CED au nom de la souveraineté nationale
et, déjà , du projet ultrasecret de force atomique française, ainsi qu’aux
communistes, hostiles par principe à tout ce qui contrarie Moscou. D’après les
éléments recueillis par Robert Belot – dont la biographie du chef de Combat
devrait sortir ce printemps au Seuil -, Frenay demandera méme à l’ACUE de
financer l’édition d’une brochure réfutant… les thèses gaullistes sur la CED.