Il est intéressant de connaître l’opinion des étranger sur cette question :
Appel
universitaires étrangers contre l’anglais à l’université
« Le
Parlement français (se prépare à adopter) un projet de loi qui
risque de contribuer à l’expansion rapide de l’anglais comme
vecteur principal d’enseignement dans le système universitaire
français. Nous, qui décidons depuis la Chine, le Brésil, les
Etats-Unis, l’Europe centrale, de l’envoi de nos étudiants en
France, nous nous permettons de vous mettre en garde contre la
disposition législative envisagée, présentée comme un remède
miracle pour favoriser « l’attractivité » de vos universités
auprès de nos étudiants.
Elle
repose en fait sur une double erreur d’appréciation. La première
porte sur les raisons qui conduisent des étudiants étrangers à
faire le choix de la France. Pas plus que les touristes ne viennent
chercher dans votre pays des Starbucks ou des McDonald’s,
nos étudiants n’aspirent à recevoir en anglais, dans vos
universités ou grandes écoles, une formation que, sans vouloir vous
désobliger, vos partenaires anglophones sont mieux armés que vous
pour dispenser. La mondialisation, qui provoque des phénomènes
d’uniformisation, a cet effet paradoxal de faire de la diversité
une valeur : ce que les meilleurs d’entre eux viennent
chercher en France, la raison pour laquelle nous les y envoyons,
c’est justement une autre façon de penser, une autre façon de
voir le monde, un modèle culturel alternatif aux modèles
anglo-saxons dominants. Nous avons impérativement besoin de cette
autre voie. Or, cette différence est liée à la langue que vous
parlez.
Si
le savoir est universel, la langue qui permet d’y accéder, elle,
ne l’est jamais. Les langues ne sont pas interchangeables, on ne
dit pas la même chose dans une langue et dans une autre. Vous avez
la chance de disposer en français d’un formidable capital
d’intelligence lié à une tradition plusieurs fois séculaire :
ne le dilapidez pas en renonçant à la langue qui le constitue. Il
est absurde de considérer le français comme un obstacle
à l’attractivité de votre pays : dans la concurrence
mondiale, il représente votre avantage comparatif, votre valeur
différentielle.
Enfin,
en venant en France, et parce que votre pays est une porte d’entrée
vers le Maghreb et l’Afrique, nos étudiants cherchent aussi à
bénéficier d’un tremplin, en accédant par votre intermédiaire à
ce vaste espace francophone, à ses richesses, à ses perspectives de
développement. Prenez garde à ne pas décourager les pays qui en
font partie, car comment voulez-vous qu’ils conservent l’usage du
français dans leurs systèmes éducatifs si vous-même y renoncez ?
Il est douteux que votre intérêt soit de brader les avantages
économiques que vous pouvez tirer de solidarités linguistiques
forgées par l’histoire.
Améliorez
vos infrastructures universitaires, facilitez l’obtention des
visas, simplifiez les formalités administratives, offrez des
perspectives de carrière aux étudiants étrangers que vous
accueillez, renforcez chez eux, mais aussi chez les Français
eux-mêmes, la maîtrise des langues : tels sont en France,
comme partout ailleurs, les objectifs à poursuivre pour améliorer
l’attractivité d’un système d’enseignement. Mais ne renoncez
pas à l’usage de votre langue dans la transmission des savoirs,
car en vous appauvrissant vous-même, vous appauvrirez aussi le monde
entier. »
Emily
Apter New York University, responsable de collection à Princeton
University Press ; Izabela Aquino Bocayuva professeur-adjoint à
l’Instituto de filosofia e ciências humanas de l’Université de
l’Etat de Rio de Janeiro (UERJ) ; Xiaoquan Chu Doyen de
l’Institut des langues et de la littérature étrangère,
université Fudan, Chine ; Jacques Lezra Department of Comparative
Literature, New York University ; Michael Loriaux Professor of
Political Science, Northwestern University ; Nobutaka Miura Professeur
à l’université Chûo, Japon ; Myroslav Popovych Directeur de
l’Institut de philosophie de l’Académie des sciences
d’Ukraine ; Dumitru Topan Recteur de l’université de Craiova,
Roumanie ; Fernando Santoro professeur adjoint à l’université
fédérale de Rio de Janeiro.