@velosolex La France
est la première nation touristique au monde. Elle aura accueilli 90 millions de
voyageurs étrangers cette année. Cela représente 7% du PIB. Sans dire que le
tourisme en France est un bien, il n’en reste pas moins que je ne vois pas
notre pays renoncer aux plus de 160 milliards d’Euros que cela représente.
Pourquoi refuser à d’autres d’en avoir quelques miettes ? Surtout si cela se
fait de façon raisonnée. Pardonnez-moi, mais n’est pas une forme de racisme ?
Si j’ai entamé cette réflexion, ce n’est pas de ma propre initiative. C’est parce que l’on ma souvent demandé, dans la Hunza, comment il serait possible d’avoir plus que la poignée d’Occidentaux, qui
viennent chaque année, depuis l’attentat du 11 septembre 2011. Ils étaient bien plus nombreux auparavant. La population de la Hunza souffre du discrédit international qui pèse sur le Pakistan alors que, comme je
l’écris, ils sont Ismaéliens. Ils sont tout à fait tolérants, accueillants et
ouverts au monde. Qui plus est, alors que l’illettrisme au Pakistan est de plus
de 45%, cette population de la Hunza, grâce aux écoles de la fondation Aga
Khan, est alphabétisée à plus de 98%. Je vous mets un lien avec une vidéo
réalisée par Liaqat un guide, qui tient aussi une petite guest house à
Karimabad. Ce qu’il dit vous intéressera. Les réponses de la touriste sont moins intéressantes que les questions de Liaqat. Mon texte n’est finalement que l’échange que j’ai eu avec Liaqat après avoir regardé sa vidéo.
Les touristes, ils en ont. Je les ai côtoyés. Ce sont essentiellement des
visiteurs du Pendjab s’est à dire des gens moins instruits qu’eux, souvent grossiers,
désinvoltes et méprisants. De plus, ce sont des musulmans sunnites souvent assez radicaux. Les gens de la Hunza ne les
supportent pas plus que nous. Ces visiteurs apportent déjà, "l’envie, l’avidité, la
honte, la colère, le mépris de soi même", pour vous citer @velosolex. Ensuite, il ne
faut pas croire que la Hunza est coupée du monde, bien au contraire. De haut en
bas, elle est traversée par la Karakoram Highway, axe Nord/Sud tellement vital
pour la Chine, que c’est elle qui en a financé la construction. Ce n’est donc
pas parce que nous ne visiterons pas ces lieux qu’ils resteront préservé. Quant
aux tentations, elles sont là avec la télévision et avec internet. Autant que les jeunes aient cette ouverture sur le monde grâce à des voyageurs responsables, plutôt qu’en s’exilant.
Comme je l’ai entendu souvent : "Les Pendjabis sont bons pour les
restaurants ou les hôtels, c’est tout. Avec le Occidentaux, nous faisions des
expéditions dans les montagnes. Nous étions guides, cuisiniers, porteurs. Nous
utilisions nos ânes et nos yaks". La terre ne suffit pas à nourrir tout le
monde. Un tourisme maîtrisé ainsi que responsable, et il est encore possible de l’organiser, peut
limiter l’exode vers Islamabad, Lahore, Karachi, voire Londres, qui ne sont pas
des « vallées heureuses ».
Ensuite, il faut préciser que le touriste-gros-beauf que vous voyez généralement à « Bali, Goa, Ibiza, Koh Samui et bien d’autres lieux », voire en Galice, aux Asturies ou en Andalousie ;
n’est pas l’occidental que vous croiserez, pour l’instant, dans la Hunza. L’accès est, relativement, « difficile ». Les conditions sont spartiates. Le touriste moyen, il ne fait pas dans le détail : « Au Pakistan, ce sont tous des terroristes ». Le touriste moyen, il ne connait que le français et ceux qui ne le parle pas sont des cons (entendu si souvent). Le touriste moyen, il n’aime pas prendre des risques. Il en veut pour son argent. Et plus gravement, le plaisir ne s’achète pas dans la Hunza. Il est la récompense d’un effort accompli. Parlons donc de « voyageurs » occidentaux plutôt que de « touristes ». Il faut avoir entendu un vieux Monsieur parler de son ami Haroun Tazieff et d’autres villageois rappelant les grands alpinistes internationaux avec qui ils ont monté des expéditions pour comprendre que l’on est dans un autre monde. Il faut entendre le très respecté Alam Jan Dario et ses proches parler de Matthieu Paley, qu’il considère lui, sa femme et ses enfants comme faisant partie de leur famille. Je n’invente rien. Lisez ici les mots de l’épouse de Matthieu Paley. Regardez, ici, le travail de Matthieu Paley. Cela explique, en partie, l’aura que peuvent y avoir les Occidentaux.
Cette région est délaissée par le pouvoir central qui préfère s’offrir la bombe atomique, acheter des armes
et entretenir une situation de guerre larvée avec son voisin indien, sans même
parler du double jeux avec les Taliban. Le support international est nécessaire.
On l’a vu, la principale route a été payée par la Chine (non sans y trouver son
intérêt), les dispensaires sont tenus par des ONG, la scolarisation est assurée
par la fondation Aga Khan. C’est aussi pourquoi les responsables de communautés
locales souhaitent recevoir les étrangers.
J’ai visité deux écoles. Les
ordinateurs, les microscopes électroniques(!), voire les livres sont offerts par
des étrangers, bien souvent japonais. Le mythe du bon sauvage est, un mythe
justement. L’éducation est une nécessité et un droit (en théorie) pour tous.
Les Ismaéliens donnent la priorité à l’instruction des filles quand ils n’ont
pas assez de moyen, afin que l’enseignement passe aux générations futures. Les
classes sont mixtes. Les femmes ont leur place dans la vie sociale. Il n’y a
pas de bons sauvages dans la Hunza. Il y a des gens civilisés, instruits, qui
parlent trois ou quatre langues, y compris les enfants. Autrement dit, ils font mieux que nous. Je vous passe les commentaires reçus sur ce site même alors que j’ai eu, initialement, le malheur de poster cet article dans laquelle je l’ai rédigé, c’est à dire en anglais.
Les sauvages, ils sont ailleurs, ce ne sont pas des bons sauvages, car justement ce sont les moins instruits les
plus fermés sur le monde, qui sont les plus manipulables. Ils sont dans d’autres endroits du Pakistan et aussi chez nous. Pas dans la Hunza.