Au pied du mur, le gouvernement a annoncé, ce mardi matin, un
« moratoire » de six mois sur les taxes sur les carburants et les prix de
l’énergie. Réalisé en pleine crise des Gilets Jaunes, le dernier
baromètre BVA-La Tribune indique que les priorités d’une large majorité
de Français sont plutôt une revalorisation des petites retraites, une
hausse du salaire minimum et le rétablissement de l’ISF.
cf. Grégoire Normand : https://www.latribune.fr/economie/france/gilets-jaunes-ce-qu-attendent-les-francais-799800.html#xtor=EPR-2-[l-actu-du-jour]-20181205
Alors que le gouvernement a annoncé, ce mardi, un moratoire de six
mois sur la hausse de la taxe sur les carburants, prévue le 1er janvier,
ainsi que le gel des tarifs de l’électricité et du gaz, les attentes
des Français vont bien au-delà de cette première réponse à la crise
sociale des gilets jaunes. Selon le dernier baromètre BVA réalisé pour La Tribune avant les annonces d’Edouard Philippe ce mardi, 82%
des Français attendent en priorité une revalorisation des petites
retraites, 77% réclament une valorisation du SMIC et 71% le
rétablissement de l’impôt sur la fortune (ISF). Soit les
revendications des gilets jaunes. Viennent ensuite, quand même, le
report de la hausse des prix des carburants pour 70% des répondants et
une revalorisation des aides au logement (59%).
Si le
gouvernement tente désespérément de désamorcer la crise, les mesures
annoncées risquent pourtant d’aggraver la fracture entre les Français et
le pouvoir. Déjà sous pression, l’exécutif semble toujours dans
l’impasse et l’incompréhension alors que de multiples appels ont déjà
été lancés sur Facebook par des membres des « gilets jaunes » pour se rassembler à nouveau pour un « acte IV » à Paris et en régions ce samedi 8 décembre et accentuer le rapport de forces.
> Lire aussi : « Gilets jaunes » : l’exécutif suspend la hausse des prix du carburant et de l’énergie
71% réclament une hausse de l’impôt sur la fortune
Parmi
les mesures testées, la plus clivante au niveau des catégories sociales
est la suppression de l’impôt sur la fortune. En effet, il y a 17 points d’écart entre les classes populaires (81%) et les classes aisées (64%).
Cette mesure, hautement symbolique, fait partie des revendications
exprimées par des membres des « gilets jaunes ». De nombreux messages « Paie ton ISF ! » ont ainsi circulé sur les réseaux sociaux.
De son côté, l’opposition réclame le rétablissement de cette imposition pour financer des mesures en faveur du pouvoir d’achat et de la transition écologique.
Mais l’exécutif continue pour le moment de défendre cette décision qui
continue de nourrir le sentiment d’injustice fiscale. A ce sujet,
l’économiste du Collège de France et conseiller d’Emmanuel Macron,
Philippe Aghion, a proposé, dans les colonnes du Monde, un rétablissement temporaire « d’une taxe de solidarité sur les patrimoines mobiliers pour financer la transition écologique ».
Forte désapprobation de la politique économique
D’après les réponses collectées par BVA, 75% des Français jugent que la politique économique menée actuellement par le gouvernement est « mauvaise ».
Cette désapprobation gagne 8 points par rapport au résultat à la même
question posée cette-fois en septembre. A l’opposé, la part des
répondants qui approuve ses réformes économiques est en chute libre.
Elle est passée de 32% en septembre dernier à 24%. Chez les employés et
ouvriers (85%), les classes moyennes modestes (79%) et chez les classes
populaires (92%), ce sentiment de défiance est particulièrement marqué.
Pour BVA, la comparaison avec les résultats de décembre 2017 illustre
un vrai basculement de l’opinion publique. Il y a encore un an, 49% des
Français jugeait que la politique économique était favorable contre 48%
qui la jugeaient favorable.
Les Français soutiennent les « gilets jaunes »
Malgré
la baisse des chiffres du nombre de « gilets jaunes » diffusés par le
ministère de l’Intérieur chaque semaine, les Français approuvent de plus
en plus ce mouvement. En effet, la part des répondants soutenant les
« gilets jaunes » a grimpé de six points par rapport au début du mois de novembre dernier pour atteindre 71%.
Dans
le détail, les résultats mettent en évidence de véritables clivages au
sein de la population française. Les gilets jaunes sont soutenus par 76%
des moins de 35 ans, 78% des employés et ouvriers, 77% des habitants de
communes rurales. Au niveau des catégories sociales, 75% des personnes
interrogées appartenant aux classes moyennes modestes et 87% de ceux
appartenant aux classes moyennes populaires adhèrent aux revendications
de ce mouvement protéiforme.
A l’inverse, le soutien aux
protestations est bien en deça des niveaux précédents chez les 65 ans et
plus (62%), dans l’agglomération parisienne (60%), chez les cadres
(56%), auprès des Français des classes moyennes supérieures (54%) ou des
classes aisées (52%).
Craintes sur le pouvoir d’achat
Sur
le front du pouvoir d’achat, les inquiétudes des Français sont loin de
s’apaiser. En dépit de la multiplication des mesures censées doper la
consommation des Français (suppression des cotisations
d’assurance-chômage et celles d’assurance-maladie, taxe d’habitation),
ces derniers se montrent très pessimistes. "Alors qu’en février
2018, 24% des Français se déclaraient optimistes pour l’évolution de
leur pouvoir d’achat d’ici à la fin du quinquennat d’Emmanuel Macron,
ils ne sont aujourd’hui que 18% (-6 points) alors que 81% se déclarent
pessimistes (+7 points)« souligne BVA.
Si la fronde des
»gilets jaunes" a démarré en réponse à la hausse des prix des
carburants, cette exaspération trouve ses racines dans des causes bien
plus profondes. En effet, la hausse de la fiscalité écologique n’est
responsable que d’un quart environ des hausses des prix des carburants
et du fuel alors que l’évolution des prix du pétrole sur les marchés
mondiaux a joué un rôle bien plus important. Surtout, les prix du baril
ont déjà bien chuté depuis plusieurs semaines.
> Lire aussi : « La fiscalité écologique sert de bouc émissaire à un ensemble de mécontentements »
Les risques d’un quatrième week-end agité à venir
Au
pied du mur, le gouvernement a consulté ce lundi 3 décembre de nombreux
représentants de l’opposition avant de formuler ces propositions. Mais
cette stratégie ne semble pas efficace au regard des résultats collectés
pour ce sondage. Par ailleurs, les conséquences économiques des
différentes mobilisations pourraient affaiblir la crédibilité du
gouvernement. A la suite d’une réunion de crise ce lundi matin à Bercy,
le ministre de l’Economie, Bruno Le Maire, a signalé que tous les événements de ces dernières semaines avaient eu un « impact sévère » et « continu »
sur l’activité économique à l’échelle de tout le territoire, avec des
pertes de chiffre d’affaires significatives dans différents secteurs.
Plusieurs organisations professionnelles ont réclamé un retour au calme.
Mais, à lire les commentaires et les réactions sur les réseaux sociaux,
les dernières annonces du Premier ministre Edouard Philippe pourraient
encore décevoir une bonne partie des manifestants appelant déjà à un
acte IV le week-end prochain.
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