@arthes
Une révolution n’est-ce pas un coup d’État ?Bonne question.
Oui et non. Question complexe qui mêle origines, circonstances, déroulé des événements.Putsch, coup d’état et révolution : Voici bien 3 mots bien à acception bien similaire mais comportant quelques menues nuances :
Le coup d’état est une prise de pouvoir souvent de manière brutale par la force des armes.Le putsch est quant à lui un coup d’état militaire.La révolution est une prise de pouvoir populaire, d’où sa légitimité a posteriori.Les
3 mots sont donc différenciés par le nombre de protagonistes y prenant
part. Plus ce nombre est restreint et plus la légitimité de l’action est
contestée.Ajoutons pour être complet les termes de révolte et d’insurrection qui sont des phases menant à la révolution.La révolte est un soulèvement contre un ordre établi.L’insurrection est un soulèvement contre un pouvoir établi.Rébellion et sédition en sont les synonymes.
Une intéressante notice et un coup d’oeil sur l’histoire : 1789, révolution ou coup d’Etat ? http://www.autochtonisme.com/2015/02/1789-revolution-ou-coup-d-etat.html
Le
naufrage de la situation financière, la dette qui augmente, l’échec de
ministres successifs (Necker, Calonne, Brienne…) vont forcer Louis XVI,
mis dans l’impossibilité de gouverner, à réunir les « Etats Généraux ».
Les États Généraux font partie du système politique du Royaume. Ils sont
convoqués par le Roi, notamment en période de crise. C’est une
institution monarchique importante qui s’est réunie plus de 30 fois
depuis Philippe le Bel, souvent pour traiter des finances, pour voter
des subsides extraordinaires, pour approuver une guerre ou simplement
donner un avis.
Les États Généraux se réunissent une nouvelle fois à Versailles le 05
mai 1789. Le Roi parle refonte des impôts, budget : il faut trouver une
solution à la dette. Ce n’est cependant pas la préoccupation première
d’un certain nombre de député du Tiers.Ceux-ci, dans le sillage de Sieyès, vont très vite s’affirmer
« représentants de la nation ». Cela est faux : juridiquement et
statutairement ils ne représentent pas la « nation » mais l’Ordre qui
les a élus (la Noblesse, le Clergé ou le Tiers État). De fait, les trois
Ordres délibèrent séparément et chaque député vote au sein de son
Ordre. Celui qui représente la nation, qui incarne le Royaume, c’est le
Roi (théorie des deux corps : le Royaume est un corps mystique incarné
par le corps du Roi). Cependant le 15 juin, passant outre, les députés
décident illégalement de la délibération en commun et du vote par tête.
Le 17 juin, ils se constituent même, tout aussi illégalement, en
« Assemblée nationale ». Leur objectif ? : marquer, au nom du peuple
français qu’ils disent représenter, leur prééminence sur le Roi,
affirmer que ce n’est plus le monarque qui incarne le Royaume mais la
« représentation nationale ». Dès lors, les députés de l’Assemblée
captent la légitimité pour légiférer et gouverner en lieu et place du
Roi. Il s’agit véritablement d’une prise illégale de pouvoir, le corps
de l’Assemblée remplaçant celui du Roi à la tête du Royaume. Le
23 juin, le Roi semble vouloir réagir et casse les décisions du 17. Mais
le 27 juin, il recule et entérine le fait accompli : le Roi vient alors
de perdre sa légitimité, il perdra bientôt sa tête. L’Assemblée dite
« nationale » prend alors le nom de Constituante et s’apprête à changer
le régime. Le 14 juillet c’est la prise de la Bastille, le 17 le Roi
accepte la cocarde tricolore, c’est le début de la Grande Peur et la fin
proche de la Monarchie.
Que
s’est-il passé ? Si l’on s’en tient objectivement aux faits, nous
constatons qu’un groupe de personnes exerçant des fonctions à
l’intérieur de l’appareil étatique (ils sont députés), transgressent la
loi en vigueur pour renverser l’autorité en place et prendre
illégalement le pouvoir. C’est exactement la définition du coup d’Etat !
On aurait parlé « révolution » et non « coup d’Etat », si ces personnes
avaient été extérieures à l’appareil étatique, ce qui n’était
évidemment pas le cas puisqu’elles en étaient un rouage important.
Pour
légitimer le coup d’État, la théologie républicaine affirme que les
députés étaient les représentants de la nation. Répétons-le, cela est
faux : les députés, élus au sein de leur Ordre, sont les représentants
de leur Ordre. Juridiquement, c’est le Roi, et lui seul, qui représente
alors la nation.
Sieyès (Qu’est-ce que le Tiers-Etat ?)
conscient par avance de la supercherie décrète que les Nobles ne font
pas partie de la Nation et que le Tiers étant « Tout », les députés du
Tiers sont fondés à se vouloir non pas représentants d’un Ordre mais
ceux de toute la nation. Juridiquement, avant le coup de force tout au
moins, cela ne tient pas. Et puis quelle hypocrisie ! En quoi ces
députés du Tiers, conseillers d’Etat, avocats (plus de 200 sur 598 !),
négociants, marchands, procureurs, notaires, receveurs des finances,
greffiers, notables…. représentent-ils une France agricole ? Combien de
laboureurs et de vignerons ?
Le coup d’État va instituer une « représentation nationale » qui sera surtout
celles des notables, bientôt des trafiquants de biens nationaux, puis de
la grande bourgeoisie d’affaire. Elle va donner de nouvelles règles au
jeu politique. Sous prétexte de droit on va décomposer le peuple en
individus, puis on va le recomposer mécaniquement, en emboîtant des
éléments standardisés. Le sujet concret du Roi, devient sujet abstrait
de droit. L’homme enraciné dans un terroir devient une catégorie
juridique interchangeable (le citoyen), la nation devient un corps
politique atomisé, une communauté civique composée juridiquement
d’individus esseulés.Rationalisation politique dira-t-on. Bien plutôt désintégration d’un
peuple qui laisse l’individu, privé des « corps intermédiaires » qui le
protégeaient, seul face à un État omnipotent. Il faudra se battre pour
faire admettre à la « représentation nationale », aux mains
d’affairistes, ces nouveaux corps intermédiaires que sont les syndicats,
ou même les « conventions collectives » dans le droit du travail.
La
« Révolution française » relève donc de la mythistoire racontée par un
Pouvoir qui entend se perpétuer. La réalité est qu’il y a eu un coup d’État qui visait les autorités en place. Quelles ont été les
motivations profondes de ce coup d’État ? L’influence des Lumières
(théorie du contrat), la composition sociale des députés du Tiers
(principalement des hommes de loi), expliquent sans doute cette volonté
originelle de ramener l’appartenance à une catégorie juridique (la
citoyenneté) et le peuple français à un « corps d’associés » (Sieyès)
dont la souveraineté (toute théorique) serait subtilement déléguée à une
pseudo « représentation nationale ».La
République, en ces fondements, est négatrice des peuples identitaires.
Elle ne connaît que des masses composées d’individus si bien calibrés et
standardisés qu’on peut les empiler à l’infini, qu’ils soient d’ici ou
qu’ils viennent de l’autre bout de la terre. Le creuset républicain,
cette machine à désintégrer des identités pour intégrer des citoyens,
n’est pas une perversion de la République : c’est l’essence même de la
République. La raison d’être du coup d’Etat ?
Antonin Campana
Voir aussi :
https://savoirs.rfi.fr/fr/comprendre-enrichir/histoire/octobre-1917-un-coup-detat-et-en-meme-temps-une-revolution