@Claudec
« Elle illustre le fait social en tant que tel, sans le
moindre présupposé ni autre croyance que celle résultant d’une observation de
ce fait social ».
------> Très bien, là nous partons sur de bonnes bases.
« Quant aux “nombreuses
sociétés sans riches ni pauvres”, pourriez-vous en citer une seule qui l’ait
été naturellement ? Et pour ce qui est de celles qu’i l’ont été
artificiellement, laquelle n’a pas été éphémère ? »
------> Avant de vous répondre, il me faut des précisions car de mon
point de vue votre question n’a aucun sens. Qu’entendez-vous par « naturellement » et par « artificiellement ».
Et plus largement , pouvez vous me donner une définition de « nature » ? Car on
a vite fait de confondre deux types de contenus à donner à ce mot :
-D’un
côté il s’agit des choses telles qu’elles se donnent à voir (nature naturée , monde
des phénomènes), c’est celle que l’on peut étudier par la méthodologie
scientifique.
-De
l’autre il s’agit de l’essence véritable des choses, qui ne se découvre que
difficilement (nature naturante, monde des choses en soi), celle que l’on
déduit par des spéculations métaphysiques.
Lorsque moi j’utilise le mot
nature , c’est dans la première acception. En tant que membre d’une espèce
naturelle, l’être humain a des traits qui le caractérisent qui sont
irréductibles. Par « nature », on peut entendre toutes ces
caractéristiques que nous possédons du simple fait de notre appartenance au
genre humain, c’est inné car programmé biologiquement.
Par exemple, par nature l’homme est un bipède. En effet quel que soit l’époque, le
lieu ou le contexte social, les humains marchent sur leurs deux pieds et si
nous rencontrons un homme qui marche constamment à quatre pattes, nous soupçonnerons un
handicap (qui par définition est un obstacle à la réalisation de sa nature). Et
s’il n’est pas handicapé , c’est un choix qu’il va payer physiquement , par des
douleurs , voir une déformation anatomique.
Seulement, les Hommes
ne sont jamais strictement limités par leur nature biologique, des faits de
culture, se surajoutent à notre nature car il est de la nature humaine de
développer des cultures. On peut définir la culture comme l’ensemble des
comportements sociaux, des rites, de cérémonies, de règles et de choix non
biologiquement déterminés. Pour reprendre mon exemple,
l’homme est bipède par nature. Mais la démarche (comprendre la façon de
marcher) peut être un choix individuel (ex : un adolescent va marcher d’une
façon parce que son idole marche de cette façon , un autre va plutôt imiter son
père , un adulte va se faire conseiller une démarche par des communicants parce
que c’est un responsable politique ).
Je
conçois et anticipe l’argument « puisque produire de la culture est dans
la nature de l’homme, alors la culture est un fait de nature ». Mais c’est
le fait de produire de la culture qui est dans la nature de l’homme, pas le
contenu de cette culture qui est elle de l’ordre de l’acquis et non de l’inné.
C’est une nuance importante. Ce qui est
naturel relève de lois nécessaires et est universel. Ce qui est culturel relève
de normes conventionnelles et est relatif.
Donc, la
question que je vous pose, c’est : entendons-nous la même chose par « nature » ?
Si la réponse
est « non », alors qu’entendez-vous par ce mot ? Si la réponse est « oui »,
il vous sera facile de comprendre pourquoi je dis que votre question sur la
naturalité et l’artificialité des sociétés qui n’ont pas connues d’inégalité de
richesses n’a pas de sens , puisque la propriété elle-même est un phénomène socioculturel , elle
n’a pas existé dans toutes les communautés humaines.