Bonjour à tous les enquêteurs en pantoufles derrière leur écran,
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En 2008, Jack Z. Bratich propose la première analyse du discours sur les théoriciens des théories du complot. Dans Conspiracy Panics : Political Rationality and Popular Culture30, Bratich date l’apparition du discours actuel sur le conspirationnisme à la parution de l’ouvrage de Richard Hofstadter, The Paranoid Style in American Politics and Other Essays, en 1965 (publié en français sous le titre Le style paranoïaque. Théories du complot et droite radicale en Amérique)31. La notion de « style paranoïaque » renvoie à la psychiatrie, mais s’en distingue radicalement : « En
employant l’expression « style paranoïaque », je ne m’inscris pas dans
le champ clinique ; ma démarche consiste plutôt à emprunter un terme
clinique à d’autres fins. Je n’ai ni la compétence, ni le désir de me
pencher sur le cas de telle ou telle figure du passé ou du présent pour
tenter ensuite de diagnostiquer chez elle la folie [...]. C’est l’usage
même de modes d’expression paranoïaques par des individus plus ou moins
équilibrés qui donne toute son importance au phénomène »31. Pour Richard Hofstadter, les idées de John Robison « illustrent
les poncifs qui forment le cœur du style paranoïaque : l’existence d’un
complot organisé autour d’un vaste réseau international, procédant de
façon insidieuse, doté d’une efficacité surnaturelle et visant à
perpétrer des actes diaboliques »32.
Dès lors apparaît un « changement dans la problématisation [du
conspirationnisme]. La problématisation ne cherche plus à catégoriser
différents « acteurs », mais à établir une manière de penser qui
pourrait être adoptée par n’importe quel acteur politique. [...] Il s’agit d’une imitation
de la raison, qui demande donc une vigilance constante. [...] Le style
paranoïaque dans sa forme intérieure populiste n’est pas simplement
exilé à l’extérieur du discours politique normal, c’est un danger qui
menace constamment de l’intérieur. Bien qu’il soit relégué à la marge de
la pensée officielle, il est également parmi nous, tapi au sein de la
nation, dans son cœur, au sein la population. Ce n’est pas « quelqu’un
parmi nous », mais cela pourrait être n’importe qui. » (Bratich, 2008, p. 32-33)33.
Pierre-André Taguieff a identifié quatre grands principes de base des croyances conspirationnistes : « rien
n’arrive par accident ; tout ce qui arrive est le résultat d’intentions
ou de volontés cachées ; rien n’est tel qu’il parait être ; tout est
lié, mais de façon occulte34. »
Taguieff expose d’autres aspects de la théorie du complot : postulat du
complot comme force motrice de l’histoire, illusion de découvrir ses
secrets, hyper-rationalisation, importance du soupçon, explication
totale et donc rassurante, véhicule de la haine populiste des élites3. Les croyances identifiées par Taguieff concordent[réf. nécessaire] avec la sémiologie du délire paranoïaque
qui est généralement fondé sur une intuition délirante, faisant ensuite
appel au mécanisme interprétatif ; centré sur un seul thème (la
jalousie, le préjudice, le complot, l’érotomanie,
etc.) ; hautement systématisé : les prémisses sont délirantes ;
ensuite, le délire se déploie de manière parfaitement organisée,
logique, claire, cohérente, pouvant même emporter l’adhésion
d’auditeurs.