Je trouve plutôt qu’avec le film il s’est grillé tant il a l’air d’y être en campagne promotionnelle...
Beaucoup de maladresses sont avancées au fil des interviews et
mr Ruffin a essentiellement l’air d’être en campagne de séduction chez
les sans-dent et autres « riens » où il est déjà d’office bienvenu. Chaque
intervenant/e a un temps d’antenne honorable et défend sa maigre
écuelle en nous contant son histoire perso et ses turpitudes d’un
misérabilisme décomplexé. Mr Ruffin (qui vient de payer 350€ pour
l’entretien de sa bagnole) s’invite chez l’habitant et est d’une écoute
irréprochable, toujours un bon mot, un éclat de rire complice et une
empathie à toute épreuve.
Il termine même en romance semble-t-il ou est-ce la patte du cinéaste et
le script qui l’a poussé à finir son tour chez une charmante inconnue
qu’il emmènera jusqu’à la mer (sans n’y avoir rien de spécial à faire)
en échangeant des regards de plus en plus émoustillés ?
Le film est pour moi une grosse déception et une illustration de
l’instrumentalisation qui peut avoir cours dès que des ambitions
politiques sont en jeu, ce qui est bien sûr le cas pour FR (initiales
prédestinées ?) Ce qu’il met en lumière relève plus de l’ego de son/ses
réalisateurs, offrant aux petites gens leur minute de gloire par le
biais de la caméra et d’un réseau de diffusion digne de ce nom, contre
une audience GJ pré-conquise et en divers festivals, avec un prix ou
l’autre, des interviews, de la visibilité et l’expansion de son propre
réseau.
Car le film ne propose rien de constructif, il donne la parole "au
peuple" et montre la solidarité qui est née sur les ronds-points fin
2018, ce qu’on a de suite pu trouver en nombre vu la quantité de vidéos,
témoignages,interviews, etc qui depuis lors s’accumulaient déjà sur le
net. S’il n’ont ici pas hésité à entrecouper ces interviews
d’interventions du bouffon royal, ils auraient aussi pu les entrecouper
de réflexions d’ordre sociologiques et psychologiques concernant cette
incommunicabilité avec le pouvoir qui ressort de cette mise en balance.
FR souligne ce qui ne va pas, développe peu et se montre surtout « sympa »
et « cool » et « politiquement très correct ». C’est donc un peu vide.
Il n’ y avait vraisemblablement pour ce road-movie, pas d’autre idée
que de surfer sur la vague, prendre sa veste, sa bagnole et un pote
vidéaste, accumuler des interviews (dont "Et si j’étais macron, que me
diriez-vous ?") car c’est là, maintenant, que ça se passe. Le choix parmi
les intervenant/es, le blabla au volant, les musiques du terroir, le
montage avec une sous-narration (romance :) et hop, c’est dans la
boite...
Ces gens cherchaient et cherchent encore des solutions au
déséquilibre social qui va croissant, avides de suivre qui s’avançait
avec des idées, des plans d’action, Nicole, Chouard, Branco, Boulo, etc.
Leur offrir cet effet de miroir, le raz-le-bol de quelques-un/es dit
sur un écran, peut certes les conquérir à sa propre ambition d’en
devenir humblement un représentant emblématique mais on sent bien que
« j’veux du soleil » ne va pas beaucoup plus loin et ne s’est pas
embarrassé de penseurs ni de réflexion.