Pour citer d’autres spécialistes que chez nous....Daoud Boughezala. Après l’explosion survenue sur le port de Beyrouth,
Emmanuel Macron a imposé un ultimatum à la classe politique libanaise
dont il dénonce ouvertement la corruption. Comment expliquer cette
démarche ?
Fabrice Balanche. Depuis la fin de la guerre civile
en 1991, le Liban a reçu énormément d’argent de la part de la communauté
internationale pour sa reconstruction. Différentes conférences à
l’initiative de la France – Paris 1 en 2001, Paris 2 en 2002, Paris 3 en
2007, et Cèdre en 2018 – ont drainé des milliards d’euros vers le
Liban. Cela n’a pas empêché l’Etat libanais de se retrouver en faillite
aujourd’hui. En fait, cela fait près de trente ans que les dirigeants
libanais détournent à leur profit les finances publiques. La paix
sociale était assurée par des embauches dans une administration
pléthorique et corrompue, de généreux taux d’intérêts sur les comptes
bancaires grâce aux emprunts d’Etat et la redistribution d’une partie de
ses détournements de fond aux clients des différents dirigeants
politiques.
Comment la classe politique libanaise détourne-t-elle cet argent ?
Prenons l’exemple de La Caisse des Déplacés, destinées à indemniser
les Libanais dont les logements furent squattés durant la guerre civile.
Pour obtenir la restitution des logements sans provoquer de nouveaux
affrontements, l’Etat libanais a payé les squatteurs pour qu’ils
déménagent et indemnisé les propriétaires pour réparer les maisons. Dans
le Chouf, région à majorité druze et fief de Walid Joumblatt, les
druzes qui occupaient les maisons des chrétiens chassés durant « la
guerre de la montagne » en 1983, reçurent de très généreuses allocations
pour restituer les logements. Elles étaient d’autant plus généreuses
qu’ils étaient loyaux à Walid Joumblatt, le ministre des déplacés, qui
utilisa les milliards d’euros de La Caisse des Déplacés pour maintenir
sa mainmise sur le Chouf. Dans le Sud Liban, il est difficile d’obtenir
un poste dans la fonction publique sans être membre du Mouvement Amal de
Nabib Berrih, l’éternel Président du Parlement. Je pourrais multiplier
les exemples du népotisme, du clientélisme et de la corruption
généralisée. Mais, à mon sens, le plus grand corrompu et celui qui
institutionnalisé ce système au détriment d’un véritable état de droit
était Rafic Hariri, Premier ministre libanais de 1992 à 2004. Il serait
trop long de décrire comment les Hariri, père et fils (Saad Hariri a été
premier ministre de septembre 2009 à janvier 2011, puis de décembre
2016 à janvier 2020), ont mis le pays en coupe réglée, je vous renvoie à
un de mes articles sur le sujet qui est en accès libre : « The reconstruction of Lebanon or the racketeering ruling ».