@samy Levrai
Bonjour et merci pour ce commentaire.
Deux observations :
-L’OTAN a vécu. Le moment est venu non seulement de se retirer du commandement intégré de cette organisation mais encore de la remplacer par une organisation exempte de toute liaison et inféodation avec les USA, ce que la France peut et doit faire eu égard à son statut de puissance nucléaire.
-Quant à l’Euro, je vous renvoie au papier de J. Sapir dont j’adopte l’analyse comme les conclusions.
Cordialement,
Renaud Bouchard
https://francais.rt.com/opinions/93662-euro-a-20-ans-jacques-sapir
20 ans après la mise en
circulation de l’euro, Jacques Sapir dresse le bilan économique peu
reluisant de la monnaie unique. Pour l’économiste, le choix de rester
dans la zone euro est avant tout politique.
Le 1er
janvier 2002, il y a 20 ans de cela, nous faisions connaissance avec les
premiers billets en euro. Ce dernier existait déjà depuis 1999 en
réalité. Les comptes bancaires étaient déjà comptabilisés en euro et les
parités des monnaies des pays de la zone euro étaient bloquées, afin de
respecter leur valeur en euro. Mais c’est bien la date de 2002 qui est
symboliquement restée dans les mémoires.
Des promesses non tenues
Bien
des promesses entouraient la nouvelle monnaie. On annonçait
l’unification des marchés. Il n’en fut rien. Même pour les actifs
financiers, les écarts de taux d’intérêts entre les pays membres sont
restés substantiels.
Des dirigeants européens, Jacques Delors et
Romano Prodi, avaient affirmé à l’époque que l’euro allait favoriser la
croissance européenne. Certains avaient même prétendu que la monnaie
unique devait engendrer, de par sa seule existence, un taux de
croissance plus élevé de 1 % à 1,5 %. En fait, la croissance fut
constamment plus faible dans la zone euro que dans les autres pays
développés. Les écarts furent importants par rapport aux pays européens
qui sont restés hors de la zone euro, comme la Norvège, la Suède et la
Suisse ou le Royaume-Uni.
Ce fut aussi le cas pour la France. Le
statistiques de l’INSEE montrent bien le freinage important de la
croissance, et ce dès avant la crise de 2008-2009. Ce freinage a été
fort bien décrit dans l’ouvrage collectif publié par Biböw et Terzi en
2007 [1]. Les données disponibles montrent que la crise de 2008-2009 a
de plus cassé la croissance, et que les politiques mises en œuvre à
partir de cette crise ont eu un effet très délétère sur l’économie. Les
pertes en richesse furent importantes. Si l’on calcule le PIB sans
l’effet de l’euro, ce dernier était en 2017 plus élevé de 12,5% que le
PIB « réel » obtenu avec l’euro. On constate aussi que l’écart s’est accru
progressivement à partir de 2003 et qu’il avait atteint, en sommes
cumulées, 2025 milliards d’euros en 2017, soit environ 94% de la valeur
du PIB réel pour cette année. L’euro nous aurait donc, sur 20 ans, fait
perdre l’équivalent d’une pleine année de PIB. Ce n’est hélas pas tout.
L’euro, le chômage de masse et la balance commerciale
L’euro
a eu des conséquences funestes sur l’emploi. D’abord, lors de la
période dite de « convergence » où la France, pour se « qualifier » pour
l’euro, a dû mettre en place des politiques restrictives dont l’impact
sur l’emploi a été dramatique.
Ensuite, si la France était restée
hors de l’euro et avait connu une plus forte croissance, le nombre de
chômeurs serait passé de plus de 5 millions à 1,5 millions, autrement
dit une réduction de 70% ! Bien entendu, ce calcul est théorique et ne
tient pas compte des problèmes de formation professionnelle. Mais l’on
peut penser que le nombre des « chômeurs » tel qu’estimé à travers les
catégories A+B+D de Pôle Emploi se serait stabilisé autour de 1,8/2,0
millions et non de 5 millions comme aujourd’hui.
Sur le commerce
extérieur, les conséquences de l’euro ont été calamiteuses. Les études
du FMI [2] le montrent bien. L’écart potentiel avec l’Allemagne apparaît
bien dans ces études. L’économie française souffre d’une surévaluation
liée à l’existence de l’euro que l’on peut estimer entre 26% et 43% avec
l’Allemagne. Cela est dû à la fois à la surévaluation générale
impliquée par l’existence de l’euro, mais aussi à la sous-évaluation
qu’entraîne l’euro spécifiquement pour l’Allemagne. On voit que le
montant de l’écart est tel qu’il ne peut être combattu par des
changements dans la structure de la fiscalité (et de la parafiscalité)
en France, car ces changements jouent au maximum sur 5% à 10% du coût.
Ce décalage explique, dans une très large mesure, l’ampleur actuelle du
déficit commercial de la France, alors que le pays était à l’équilibre,
voire en léger excédent, au début des années 2000.
L’euro peut-il évoluer ?
L’euro
a été en crise, de fait, dès sa naissance. Mais les évolutions
actuelles, du fait de la pandémie de la Covid-19, sont-elles de nature à
changer cette situation ?
La Banque centrale européenne a mis sur
pied un programme spécial de rachat des dettes publiques, le PEPP
(Pandemy Emergency Purchasing Program). Les rachats de titres auxquels
l’Eurosystème, soit le réseau des Banques centrales des pays de la zone
euro, s’est livré dans le cadre de la lutte contre la crise sanitaire,
soit 1 063 milliards d’euros en un an, portant ainsi les avoirs à
3 695 milliards d’euros contre 2 632 milliards en 2019 soit un
accroissement de 40%, et en particulier les rachats au titre du PEPP
pour un montant de 754 milliards, ont été techniquement faits par les
Banques centrales de chaque pays, sous mandat de la BCE. Est-il
imaginable que cette forme de décentralisation de la politique monétaire
soit consolidée, voire approfondie ?
De fait, la BCE ne peut
soutenir les politiques économiques générales de l’Union que si cela ne
porte pas atteinte ou n’entre pas en conflit avec l’objectif de
stabilité des prix. La BCE est supposée se cantonner aux soutiens des
politiques et n’a pas la compétence d’élaborer une politique de manière
autonome dans le domaine de la politique économique [3]. Enfin, le
soutien de la BCE aux politiques économiques générales de l’Union ne
peut être accordé que conformément à ses missions fondamentales [4]. Les
possibilités d’évolution apparaissent ainsi comme des plus limitées.
Le
choix de rester dans l’euro est un choix essentiellement politique, qui
sous-tend un objectif implicite, jamais présenté aux Français, de
dissolution de la Nation dans un cadre fédéral. Il est plus que temps de
remettre en cause ce choix et de forcer le gouvernement à un débat
honnête sur cette question, au nom de laquelle il sacrifie aujourd’hui
la vie et le futur de millions de gens.
Notes
[1]
Bibow J. et A. Terzi (dir.), Euroland and the World Economy : Global
Player or Global Drag ?, New York (N. Y.), Palgrave Macmillan, 2007
[2] Voir http://www.imf.org/en/Publications/Policy-Papers/Issues/2017/07/27/2017-external-sector-report et http://www.imf.org/en/Publications/Policy-Papers/Issues/2016/12/31/2016-External-Sector-Report-PP5057
[3] Ioannidis
M., Hlásková Murphy S.J., Zilioli C., « The mandate of the ECB : Legal
considerations in the ECB’s monetary policy strategy review »,
Occasional Paper Series, n° 276, septembre 2021, Frankfurt am Main,
European Central Bank, 2021, p. 17.
[4] Article 127, paragraphe 2, TFUE et article 3 des statuts du SEBC et de la BCE