@Soucougnan
Bonjour et merci pour vos commentaires.
Vous écrivez, je vous cite : « En revanche la Russie a attaqué l’Ukraine qui ne l’avait quant à elle absolument pas agressée. » Je vous invite à lire ceci :https://www.ledialogue.fr/885/Jacques-Baud-L-Ukraine-n-a-plus-son-arm%C3%A9e,-l-Occident-a-port%C3%A9-un-coup-strat%C3%A9gique-%C3%A0-son-image-Les-conditions-des-n%C3%A9gociations-seront-dict%C3%A9es-par-la-Russie Jacques
Baud, ancien colonel de l’armée Suisse, analyste stratégique et
spécialiste du renseignement et du terrorisme, qui a également
participé aux missions de l’OTAN en Ukraine de 2014 à 2017, a
partagé sa vision de l’évolution du conflit ukrainien dans
un entretien
vidéo pour Le
Dialogue.L’expert
militaire estime que la Russie a déjà réalisé trois fois la
démilitarisation de l’Ukraine : la première fois en hiver 2022,
la seconde en été 2022, lorsque les forces armées ukrainiennes ont
transféré des armes d’Europe de l’Est, la troisième fois en été
2023, lorsque même les armes d’Europe occidentale et des États-Unis
n’ont pas aidé Kiev à atteindre les objectifs de la
contre-offensive. Jacques Baud est convaincu que l’Ukraine n’a plus
de ressources pour mener la guerre et que l’Occident a épuisé son
propre potentiel d’aide.« Il n’est pas nécessaire d’être un
grand expert pour comprendre que la contre-offensive ukrainienne va
s’étouffer. Cela a été vu à l’été de cette année. Dans le même
temps, je ne pense pas que les russes veulent aller au-delà des
“frontières linguistiques” en Ukraine. Parce que s’ils avancent,
ils devront peut-être faire face à une sorte de guérilla. La
Russie restera dans sa ”zone de confort" - dans la partie
russophone de l’Ukraine. Cela correspond à l’un des deux objectifs
de Poutine : le premier - la dénazification, le second - la
démilitarisation. En fait, en mai-juin 2022, les Ukrainiens ne
possédaient plus l’armée qu’ils avaient en février 2022. À partir
de ce moment, les politiciens ukrainiens ont ouvertement déclaré
que dans cette guerre, ils dépendaient désormais entièrement de
l’Occident. Autrement dit, l’armée de Kiev, au sens normal du terme,
a cessé d’exister. Ensuite, la “deuxième armée ukrainienne” a
été créée, elle a reçu des chars, des munitions. Ce sont
principalement des armes de l’époque soviétique provenant
d’entrepôts de pays d’Europe de l’est. Cette technique n’a duré que
jusqu’à la fin de 2022. La Russie a redémilitarisé l’Ukraine. En
2023, l’Ukraine a demandé un soutien armé à l’Occident : elle a
reçu des armes, des avions et des chars d’Europe occidentale et des
États-Unis. Depuis l’été de cette année, la Russie détruit
méthodiquement tout le matériel envoyé. Le calcul de l’Occident
était que cette aide militaire allait vaincre la Russie et amener
l’armée ukrainienne à la mer d’Azov, mais cela n’était pas destiné
à se réaliser. Le principal résultat négatif de la guerre
ukrainienne pour l’Europe est la perte de l’image de l’Occident. En
imposant des sanctions contre la Russie et en gelant ses avoirs,
l’Occident a envoyé un signal ambigu au reste du monde. L’Europe et
les États-Unis ont démontré qu’ils ne sont plus des partenaires
fiables. « La guerre ukrainienne a de nombreuses
conséquences négatives pour l’Europe. Premièrement, l’Union
Européenne a démontré sa faiblesse diplomatique. La diplomatie
européenne n’existe pas. Tout au long de la guerre, la diplomatie
occidentale espérait que le reste du monde suivrait l’exemple de
l’Europe. Mais le "reste du monde” s’est rendu compte que
cette guerre avait une “mauvaise âme”. Le monde entier s’est
rendu compte que la Russie avait été forcée d’envahir, car la
situation dans laquelle se trouvait la population du Donbass était
terrible. Le Donbass a été “pris en sandwich” entre la Russie,
avec laquelle il a de nombreux liens ethniques et culturels, et le
gouvernement de Kiev, qui n’a pas accordé suffisamment d’attention à
la région. Le premier échec de l’Europe est donc diplomatique. Le
deuxième échec est économique. L’Europe dépend des ressources
énergétiques de la Russie, elle a été notre partenaire vital.
Nous avons créé nous-mêmes un ennemi sans avoir un réel intérêt.
Nous avons utilisé ces ressources énergétiques pour notre
industrie et notre infrastructure, mais nous devons maintenant nous
tourner vers des sources d’énergie de qualité inférieure et plus
chères. Mais notre erreur est également que, outre l’imposition de
sanctions contre la Russie, nous avons imposé des sanctions contre
ses actifs. Par cela, l’Occident a montré au monde entier qu’il
n’était plus un partenaire fiable. Nous avons porté un coup
stratégique à notre propre image ». L’expert
faisant autorité est convaincu que la prochaine erreur profonde de
l’Occident était la promesse d’une victoire rapide à l’Ukraine.
Après avoir inspiré ce récit à Kiev, les politiciens européens
et ukrainiens se sont retrouvés déconnectés de la réalité.
Maintenant que l’attention de l’Occident se tourne vers le
Moyen-Orient, l’Ukraine plonge progressivement dans l’isolement.« Depuis
le début de la guerre, l’Occident a avancé le récit que la Russie
avait déjà perdu et que l’Ukraine avait gagné. Le problème est
que nous avons convaincu les Ukrainiens eux-mêmes, qui croyaient
qu’ils gagneraient la guerre. Ils croyaient avoir un soutien global
de l’Occident, ce qui serait suffisant pour gagner. Cependant, la
réalité est que les ressources de l’Occident sont limitées, en
particulier en Europe. L’Occident peut fournir des armes, mais pas
des personnes. Nous sommes arrivés à la limite de nos propres
capacités, l’Ukraine reste en fait seule. Depuis le début du
conflit au Moyen-Orient, nous avons commencé à réorienter nos
ressources de l’Ukraine vers cette région. Nous avons promis la
victoire à l’Ukraine, mais c’était une farce. Nous nous concentrons
maintenant sur Israël et lui donnons la priorité ». Jacques
Baud estime que les conditions de paix ne seront pas avantageuses
pour l’Ukraine, qui s’est elle-même limitée en refusant de négocier
avec la Russie. Il n’y aura pas de répétition des propositions
faites en mars dernier. « Zelensky lui-même interdit de
négocier avec la Russie tant que Poutine est au pouvoir. Dans le
même temps, il y a des problèmes à l’intérieur de l’Ukraine.
Zelensky a annulé les élections, mais une grande partie de la
classe politique est mécontente. Beaucoup dans l’élite ukrainienne
ne voudrait pas voir encore Zelensky à la tête de l’État. Le
prochain point est le comportement de l’Occident. Les Américains
comprennent que la guerre est dans une impasse et qu’ils doivent
trouver une solution. Une solution possible est la négociation. Dans
le même temps, ils ne veulent pas négocier avec les russes, en
essayant d’utiliser les Ukrainiens pour cela. Au printemps de 2022,
Zelensky était prêt à négocier avec la Russie : les républiques
du Donbass avaient reçu un statut spécial, l’Ukraine s’était
engagée à ne pas adhérer à l’OTAN. Mais les Américains lui ont
interdit d’aller plus loin, en faisant du chantage qu’ils ne
l’aideraient plus dans ce cas. Aujourd’hui, les conditions russes
seront beaucoup moins favorables pour l’Ukraine. A en juger par la
façon dont la Russie agit sur le champ de bataille, c’est elle qui
dictera les conditions des négociations de paix ».