@Hervé Hum @Marc Dugois
De l’aube du capital industriel à nos jours, les bases élémentaires :
La notion de valeur, dans Le Capital, est tout d’abord associée à la notion de marchandise.
Et la notion de valeur de la marchandise à la notion d’échange, et donc, de valeur d’échange.
Pourtant, ce qui est souligné au départ c’est que la valeur d’une marchandise provient essentiellement de son utilité, répondant à un besoin, quel qu’il soit.
In fine, la marchandise est destinée à être consommée, utilisée. Pour le consommateur, l’utilisateur, la valeur de la marchandise est en fin de compte sa valeur d’usage, la valeur qu’il est prêt à offrir en contrepartie de cet usage.
En fin de compte, donc, selon la loi du marché, loi de l’offre et de la demande, c’est le consommateur qui fixe la valeur d’usage, au moment de l’échange.
Pour le vendeur, au moment où il cède la marchandise, cette valeur est donc aussi pour lui la valeur d’échange.
A priori, il s’agit donc de la même, et on comprend donc bien que Marx, pour simplifier son exposé de la notion de valeur, se soit concentré presque exclusivement sur la notion de valeur d’échange.
Pourtant, les déterminants de l’une et de l’autre ne sont pas les mêmes, et il est donc nécessaire de les comprendre et de les analyser, si l’on veut comprendre les phénomènes considérés dans leur globalité, leur origine et leur évolution historique, ce qui est précisément l’objet du présent article.
Dans les Grundrisse la notion de valeur d’usage est bien davantage présente et joue même le rôle essentiel dans la définition de ce qu’est le capital.
Dans Le Capital cette notion de valeur d’usage ressurgit donc, par nécessité, dans la définition de ce qu’est réellement la plus-value. Ce brusque « retour en force » de la valeur d’usage perturbe bon nombre de lecteurs, même les plus attentifs, au point que certains, surtout parmi ceux qui n’ont pas lu, ou pas compris, les Grundrisse, y voient une sorte d’incongruité, et parfois même carrément d’anomalie ou d’ « erreur » dans la théorie marxiste du Capital !
Alors qu’en réalité, ce qui détermine la valeur d’usage, c’est avant tout le besoin, sous toutes ses formes, qu’il soit vital ou non, social ou non.
Ainsi une entreprise productive, pour vivre, a besoin de vendre sa production. Mais elle ne peut la vendre qu’au prix du marché, fixé par la demande, et qui est pour l’entreprise la valeur d’échange de sa production.
La notion de besoin, pour l’entreprise, ne réside donc pas essentiellement dans la valeur d’échange de sa production, qu’elle ne maîtrise pas, mais dans les besoins de sa production, dans les besoins de son processus productif.
Dans tous les achats et dépenses liées à son processus productif, elle se trouve en réalité elle-même dans la position du consommateur. Elle est dans le besoin des biens, bâtiments, machines, matières premières, composants, énergies, etc... nécessaires à son processus productif.
C’est donc l’adéquation entre les valeurs d’usage, pour elle, de tous les ingrédients de son processus productif et la valeur d’usage, pour le consommateur de sa production, qui détermine sa capacité d’adaptation au marché ou non, son potentiel de survie.
Dans la mesure où la capacité du processus n’est pas déterminée seulement à l’instant T de chaque vente de produit mais dans la durée, par rapport à un investissement initial à amortir et à rentabiliser, on comprend donc d’autant mieux la notion de besoin dans lequel l’entreprise se trouve pour chacune de ses dépenses, que ce soit en termes d’investissement, de fourniture ou de fonctionnement.
(à suivre)