@Marc Dugois @Hervé Hum
Les bases élémentaires, suite (2/4) :
Et le travail, dans tout ça ?
Dans Le Capital Marx passe donc assez rapidement de la notion de valeur de la marchandise à celle de la valeur du travail. Il en définit même un principe d’équivalence. A chaque étape du processus productif la valeur du produit est l’équivalent de la valeur du travail socialement nécessaire à sa production.
L’économie moderne a introduit la notion de « chaîne de valeur ». Même d’un point de vue marxiste, elle est donc appropriée, particulièrement au sens du travail nécessaire à chaque étape du processus productif.
Le travail est nécessaire à l’étape d’extraction des matières premières, de construction des bâtiments, de production de l’énergie, de fabrication des machines, de fabrication de tous les composants, et en fin de compte, de fabrication du produit fini.
Le travail est donc un ingrédient de base de toute production, tant qu’elle n’est pas entièrement automatisée et robotisée.
Le degré d’automatisation des processus productifs est donc un des déterminants essentiels du rapport entre valeur du travail et valeur de la production.
Dans les Grundrisse, Marx se place davantage dans une perspective globale d’analyse historique des processus productifs de la société humaine, et cela va donc des tribus de chasseurs-cueilleurs à l’automatisation la plus totale des processus productifs. Même si l’essentiel du sujet reste le processus industriel en voie de développement à son époque, cela débouche donc, à partir des observations concrètes qu’il est déjà possible de faire en son temps, sur une prospective concernant l’évolution d’une industrie que l’on qualifie aujourd’hui de robotisée. A tel point que nombre d’économistes systémiques actuels font de cette prospective une référence pour comprendre les processus en cours, à notre époque actuelle.
Dans la « chaîne de valeur », à chaque étape du processus productif, et quelle que soit la proportion dans laquelle il y rentre, le travail est donc un ingrédient parmi d’autres, et il a donc et une valeur d’usage et une valeur d’échange.
Dans la chaîne de valeur du processus productif, le « vendeur » de l’ingrédient travail, c’est le travailleur lui-même, qui vend sa force de travail contre un salaire, qui est donc, pour lui, la valeur d’échange de sa force de travail.
La valeur d’échange de cette force de travail est donc déterminée par le rapport entre l’offre et la demande, sur le marché du travail, au moment de la signature du contrat de travail. Les proportions dans lesquelles elle peut varier résultent de multiples facteurs, sur lesquels on reviendra plus loin.
Pour l’employeur la valeur d’usage de cette force de travail, répondant aux besoins de son entreprise, est donc réalisée par l’emploi de cette force de travail dans une phase particulière du processus de fabrication du produit, une phase au cours de laquelle elle y ajoute donc une quantité de valeur particulière et déterminant la « valeur ajoutée » à ce stade du processus productif.
Au cours de cette phase particulière du processus, l’entreprise « consomme » donc littéralement, en fait, la force de travail.
Pour l’entreprise, la force de travail est donc bien une valeur d’usage, à priori parmi d’autres, qu’elle a acheté à sa valeur d’échange, parmi d’autres marchandises dont elle a le besoin et l’usage pour survivre en tant que processus productif.
Pour autant, la force de travail, par nature, n’est pas un objet ni une substance plus ou moins inerte, mais bien, par nature et par définition, une substance vivante, une énergie qui fait donc littéralement « corps » avec son vendeur, le travailleur !
Les limites dans lesquelles elle peut varier, en tant que valeur d’échange, sont donc déjà biologiquement celles de la survie physique du travailleur, et même, plus précisément, celles de sa survie dans les conditions qui permettent une reproduction optimum de sa force de travail.
Et de plus, ces conditions ne sont pas déterminées uniquement de manière biologique, mais aussi socialement, par la capacité d’adaptation du travailleur à la société de son époque et donc aussi à son environnement culturel, éventuellement déterminant en termes de formation professionnelle.
Tous les déterminants de la reproduction de la force de travail, pour le travailleur, sont donc des valeurs d’usage, correspondant à ses divers besoins de consommation, sur tous les plans, que ce soit alimentaire ou autres.
Au moment de la signature du contrat de travail, tous ces déterminants deviennent donc ceux de la valeur d’échange de la force de travail, sous forme de salaire.
Dans la mesure où le prix du kilo de steak est l’un de ces déterminants, par exemple, nécessaire à la reproduction de la force de travail de l’ouvrier, on peut effectivement résumer symboliquement le processus de la chaîne de valeur, en termes de valeurs d’usage, en exposant simplement que le patron consomme la force de travail de l’ouvrier comme l’ouvrier consomme le steak !