@Marc Dugois @Hervé Hum
Les bases élémentaires, suite (3/4) :
Autrement dit, si la valeur ajoutée à la production par la force de travail est supérieure à la valeur du steak et autres biens consommés par l’ouvrier, il y a donc production d’une plus-value au bénéfice du patron, détenteur, par contrat, de la force de travail de l’ouvrier.
C’est pourquoi, selon Marx, on peut définir la plus-value comme la différence entre la valeur d’échange de la force de travail, le salaire, et la valeur d’usage de cette force de travail, au cours du processus productif.
Mais comme on l’a vu, la capacité de survie d’une entreprise réside essentiellement dans son adaptation au marché, qui finalise le niveau des prix pratiqués, dans les limites du libéralisme, mais cette limite est un autre sujet, sur lequel on reviendra également.
Concrètement, la réalisation de la plus-value n’est donc possible que si le prix du marché, pour la production, est supérieur au coût de production, dans l’entreprise.
Le prix de la force de travail, lui-même, ne peut varier que dans des limites compatibles avec les prix du marché, au moins pour un certain nombre de biens et produits essentiels et socialement vitaux.
Et le prix du produit, en fin de compte, ne peut pas être durablement inférieur à son coût de production.
Le coût de production, incluant la force de travail, est donc l’élément le plus déterminant du prix, en réalité, tant que dure la vie de l’entreprise.
Et ce coût de production lui-même est déterminé par le prix de marché de ses composants, incluant la force de travail.
Si l’essentiel des prix du marché est donc structuré par les coûts de production, il y donc néanmoins une interaction dialectique constante entre la loi du marché, loi de l’offre et de la demande, et la fixation des coûts de production, qui en déterminent l’essentiel, toujours en tenant comte du coût du travail, du prix de la force de travail, donc.
La proportion dans laquelle intervient la force de travail est donc le déterminant essentiel de la quantité de plus-value produite.
C’est donc, entre autres, ce qui fait une très grande différence entre l’époque de Marx et la nôtre.
L’époque de Marx, c’est la pleine époque de la première révolution industrielle. C’est l’époque du passage d’une civilisation agraire à une civilisation industrielle basée presque exclusivement, outre la force de travail, sur la force motrice de la vapeur.
C’est donc aussi la pleine époque de la naissance et de l’expansion du prolétariat industriel, en tant que nouvelle classe sociale. Pour Marx, c’est essentiellement de cette classe, et même, presque exclusivement, dans les conditions sociales et économiques de l’époque, qu’est extraite la plus-value qui permet l’expansion du capitalisme industriel et l’élargissement du capital investi dans la production.
Mais en son temps déjà la modernisation technologique constante des forces productives induit le phénomène de baisse tendancielle du taux de profit. Ce phénomène est néanmoins constamment compensé, en son temps, à la fois par l’augmentation de la productivité, en volume, et par l’expansion de l’industrialisation, qui induit une expansion constante du prolétariat industriel. De sorte que la masse de la force de travail employée continue de croître, et avec elle, la masse de plus-value, fût-elle relative, selon la baisse tendancielle du taux de profit.
L’expansion du capital, au sens réellement marxiste du terme, est donc liée à l’expansion du prolétariat industriel productif.
A partir du moment ou la masse du prolétariat industriel commence à se contracter, il peut y avoir encore un léger décalage du à l’augmentation de la productivité, en volume de production, mais la masse de plus-value produite commence inexorablement à se contracter elle-même, en proportion de la masse du capital investi, et la lutte contre la baisse tendancielle du taux de profit, pour le capital, passe déjà par la financiarisation du système et donc le développement du capital financier « fictif ».
Cette phase, en Europe occidentale, est typiquement celle des années 70 du siècle passé. 1975, en France, est le point optimum de l’expansion du prolétariat industriel. C’est aussi la période optimum de la productivité du travail et du capital, en termes de production de plus-value.
Mais la rétractation de la masse de plus-value produite, en proportion du capital investi, ne signifie pas pour autant la rétractation du développement des forces productives.