Une réflexion
de fond pour nous délasser des propagandes à deux sous. Nous valons tous mieux que
cela.
→ L’identité au service du racisme (une soirée en forme de tables rondes autour du livre de l’Institut la Boétie sur l’extrême droite se
tenait dans deux amphis des Arts et Métiers).(21/09/2024).
https://melenchon.fr/2024/09/21/lidentite-au-service-du-racisme
Extraits : Un texte qui mérite d’être lu
en entier.
« J’ai dit pour ma part ici même
combien le racisme doit être compris comme une idéologie globalisante.
C’est-à-dire incluant dans son champ d’application et de réponses toutes les
questions posées à une société. Les mots « racisme » et
« extrême droite » désignent alors une même entité idéologique :
l’essentialisation de l’inégalité. Ces rapports très étroits sont prouvés dans
toutes les études récentes et enquêtes de terrain sur ce thème : la
dimension raciste est centrale dans la décision de vote pour l’extrême droite.
Comment cela se construit-il ?
« Avant tout autre chose, dit Palheta, la bataille de l’extrême droite est identitaire ». Le terme
d’identité – commun à
presque toutes les variantes connues de cette famille politique – a été
introduit dans les années 1970. Ce fut le travail des idéologues de la
« Nouvelle Droite » d’alors. Ils concentraient leurs analyses sur la
façon dont la gauche avait selon eux gagné la partie intellectuelle en dominant
le champ des mots en usage sur la scène publique et donc matricé les débats
eux-mêmes. L’introduction de ce mot « identité » devait remplacer
celui de « race », devenu beaucoup trop compromettant pour les
héritiers du fascisme voulant sortir de la marginalité politique. Le triomphe
de leurs efforts vint avec la création d’un ministère de « l’Identité
nationale » décidé par Nicolas Sarkozy et mis en œuvre par un transfuge de
la gauche hollandiste, Éric Besson. « Ils ont alors culturalisé le racisme, explique Palheta, il ne s’agissait plus d’affirmer la
hiérarchie des races mais de proclamer l’incompatibilité des cultures ».
En 1996, ce discours est pris en charge mondialement par le manifeste de Samuel
Huntington. C’est le fameux « Choc
des civilisations ». Il s’agissait de construire une nouvelle conflictualité
mondiale remplissant la fonction de l’anticommunisme avant l’effondrement de
l’URSS. Elle désignait alors, à la fois un ensemble d’États dans le monde et un
ennemi politique de l’intérieur dans chaque pays. Dans ce nouveau tableau
d’ensemble, le conflit israélo-palestinien fournissait un modèle central pour
illustrer et diffuser la thèse du « choc des civilisations ». Selon
cette thèse, les peuples s’identifient eux-mêmes par leurs cultures, et
celles-ci sont toujours ancrées dans une religion. Ainsi est délimité un
antagonisme insurmontable entre « eux et nous ». Dans ce tableau, le
nouveau vecteur, c’est la stigmatisation des musulmans, par l’islamophobie.
Alors peut être proclamée l’urgence de
préserver une identité (française ou européenne par exemple) mise en danger par
le choc des civilisations. Cela n’oppose pas des conceptions politiques, mais
des antagonismes culturels. Ils fonctionnent comme une essentialisation
ethnique de « l’identité » des parties mises en conflit sur le mode
du choc des « races » dans les idéologies traditionnelles de
l’extrême droite. Alors le caractère globalisant de ce racisme peut fonctionner
dans toute son étendue. Si large que soit l’éventail des catégories que le
nouveau fascisme racialiste vise, l’islamophobie les englobe toutes dans son
champ d’application. C’est le cas bien connu du voile opposé au féminisme, ou
de la République opposée au modèle théocratique de l’Islam, comme si celui-ci
menait naturellement tous les musulmans au modèle politique islamiste. »
« Parvenu à ce point de la
démonstration, il faut noter un point essentiel. Le nouveau schéma d’extrême
droite, comme l’ancien, n’est pas non plus de génération spontanée. Il résulte
d’une proposition explicative venue « d’en haut », relayée par des
moyens de propagation et des stratégies d’entrée dans les domiciles privés
autant que dans les consciences. C’est le rôle des médias, et spécialement des
médias audiovisuels. Ils sont en effet souvent les seuls points de contact
social des individus quand ils sont condamnés à la mobilité routière comme
seuls moyens d’accès aux réseaux éparpillés qui rendent la vie possible. Tels
sont les habitants des « déserts » nécessaires à la loi du marché
capitaliste quand elle guide la « gestion managériale des
territoires » : désert médical, désert scolaire, désert administratif
et même désert alimentaire. »