Il flottait, cet été, comme un air de fin de règne sur Brégançon.
Rendant
visite à celui qu’il avait contribué à faire roi, et qui n’avait pu
refuser le renvoi d’ascenseur en le nommant à Matignon, François Bayrou
lui a fait entériner un projet de vraie fausse question de confiance
dont il n’est pas interdit de penser qu’il a pu être mûri avant "Le
moment de vérité" du 15 juillet.
Avec
cette tragi-comédie, il fait coup double. D’une part, il soigne une
sortie lui permettant d’échapper à un sort couru d’avance, avec la
censure annoncée urbi et orbi de son projet de budget pour 2026. D’autre
part, il entraîne dans sa chute tous les membres de son gouvernement.
Si Bruno Retailleau, empêché par le couple exécutif comme par le Conseil
constitutionnel de conduire une politique plus affirmée, avait eu la
velléité de partir « à la Chirac », sous Giscard, en expliquant qu’il ne
disposait pas des moyens de sa politique, le Béarnais vient de lui
couper l’herbe sous le pied. Comme quoi, en politique comme dans la vie
courante, il ne faut jamais remettre au lendemain ce que l’on peut faire
le jour même.
C’est toujours sur les
bords de la Méditerranée que le président de la République - à qui
François Bayrou a sûrement reproché de prendre des vacances ! - a donné
dans le chœur des vierges outragées
en s’offusquant que des opposants aient pu réclamer sa démission, et en
refusant de faire ce qu’il a appelé « de la politique-fiction ». "Le
mandat qui m’a été confié, a-t-il dit, sera exercé jusqu’à son terme".
Là
où le bât blesse, c’est que M. Macron oublie, ou plus certainement
feint d’oublier, qu’il a lui-même montré l’exemple en matière de
politique-fiction lors d’un « Grand débat » organisé à l’Elysée en 2019.
Certes,
ce temps paraît bien éloigné. C’était avant le Covid qui, comme la
guerre en Ukraine, a grandement facilité une réélection alors loin
d’être acquise. Venant d’être élu deux ans plus tôt sur la promesse d’un
« nouveau monde » encore introuvable, le chef de l’État n’imaginait sans
doute pas que son passage à la magistrature suprême serait tout sauf un
lit de roses.
Mais, ne lui en déplaise,
c’est lui et personne d’autre qui déclarait à l’époque qu’"un président
de la République ne devrait pas pouvoir rester s’il avait un vrai
désaveu en termes de majorité", et qui enfonçait le clou afin que nul ne
s’y méprenne : "En tout cas, c’est l’idée que je m’en fais et qui est
la seule qui peut accompagner les fonctions qui vont avec« .
»La
seule« , je souligne le propos. Et je rends grâce à ce discours qui est
»le seul« conforme à l’esprit de la Vᵉ République. »La confiance que se
portent mutuellement le pays et le chef de l’État est à la base de nos
institutions", disait le général de Gaulle.
Le
problème, c’est qu’il y a le discours, qui est toujours facile à tenir,
et le passage à l’acte qui est, comme disait Simone (pour parler comme
F. Bayrou), une autre paire de manches.
M.
Macron ne saurait cependant reprocher à ses opposants de lui rappeler
ses engagements. Ils ne sont d’ailleurs pas très nombreux à le faire,
trop occupés qu’ils sont - pour la plupart - à ébaucher des stratégies
censées les amener à l’Élysée. Oubliant d’ailleurs qu’en politique,
l’avenir s’écrit souvent d’une manière bien différente de la prévision.
Il
est clair, en tout cas, que M. Macron - je reprends son propre discours
- « ne devrait pas pouvoir rester », pour la simple et bonne raison que
le peuple français lui a infligé "un vrai désaveu en termes de
majorité". Il est ainsi passé d’une majorité dite relative (qui n’a rien
d’une majorité) lors des élections législatives qui ont suivi
l’élection présidentielle de 2022 à l’absence de majorité, et à la perte
d’une centaine de députés, au scrutin de juillet 2024 consécutif à la
dissolution de l’Assemblée nationale.
La
démission du président de la République ne serait donc rien d’autre que
le simple respect de la parole donnée. Même s’il s’en tient aujourd’hui
au « j’y suis, j’y reste » de l’été 2024, il n’est pas certain pour autant
qu’il aille « jusqu’au terme » de son mandat, alors que François Bayrou
vient d’annoncer son intention d’aller à la rencontre des Français.
Peut-être entend-il, lui aussi, choisir sa sortie, et tenter de peser
ainsi sur le choix de son successeur.
Que les deux hommes aient évoqué l’avenir à Brégançon est plus que probable. Les murs du fort ne peuvent, hélas ! parler…
Alain Tranchant